4
mar

Statement(s) @ Chantier(s) + atelier(s).

Statement(s)2 par Mathias Domahidy
Du 11 mars au 30 avril / @ Chantier(s) Art House

Un geste


Il y a une joie du monde, éthérée et solitaire, sans signe, ouverte et absorbée, un rien qui s’ouvre par l’œil sur une totalité sans nom et sans sens.
Mais c’est l’essence de notre vivre ensemble qui se détermine par ce que l’on se signifie et le médium que l’on oppose à l’autre pour se dire son langage et tenter de le transmettre sans trop de secondes décalées.
Tout est sous-tendu par le sème et l’émerveillement primal n’en transparaît que l’écho. A quel degré de précision est-ce que tu me comprends?
On peut imaginer qu’avant le verbe qui dit, il y avait le doigt qui pointe, avant la parole, le geste, avant le mot, l’image nue.
La richesse qui interprète est alors un vertige où l’échange rampe dans des canaux de nuit et d’argile.
La bouche alors cherche à cesser de creuser pour avaler un vouloir et le recracher.
Et c’est le mot qui montre et le verbe qui agit descendant de cellule en cellule nous ouvrir une perspective par une histoire.
La critique est dans le mythe parce que, dans tout ce qu’elle ajoute, elle retire un même pour s’ouvrir le monde.
Ce que mes images présentent, c’est un nu.
Ma photographie est un geste.
Les titres transfèrent un manque et décuplent l’information, ils participent, dans l’interprétation, des multiplications du vrai. Ils sont dans cette supercherie, la critique d’un monde où le vrai n’est plus seulement un moment du faux, mais où le vrai est devenu une possibilité réel du faux.

De l'artiste Mathias Domahidy.
 
/////

Mathias domahidy.jpg

/////

Autour d’un verre et d’une œuvre d'art, une proposition d’écriture s’énonce.
Une animatrice [Milady Renoir) invite un groupe de participants (entre 4 et 8 personnes,débutantes ou aguerries en ateliers) à intégrer un lieu d’accueil (Chantier[sJ et à écrire entre, autour, avec, sur, pour, contre, dans, face à ce qui s’expose et ses évocations.
Les confrontations, les invitations, les projections, les contemplations seront autant de supports pour l'écriture.

Cet atelier ?
Un temps
se diluant entre écritures, lectures, partages des im- & ex-pressions.

Un rendez-vous avec des artistes, des œuvres, des objets, des espaces de découvertes et un lieu dédié aux arts plastiques, décoratifs, d’intérieur, de la table et de la bouche.
Un point de rencontre entre des cultures, des écritures, des perméabilités, des avis, des gens.
Un espace d’écriture pour entrer dans des formes courtes d’écritures, pour nourrir ses propres projets en cours, pour ‘s’y’ re-mettre, pour le plaisir.

Pour qui ? Toute personne curieuse d'entrer, de rester en écriture, toute personne amatrice d'objets d'art et/ou de mots. Aucun pré-requis n’est nécessaire aux ateliers, à part celui de tenir un stylo et de garder l'esprit et les yeux ouverts.

Dates des ateliers et nom de l'artiste exposé:
19/09 & 24/10 (Isabelle Cochereau)
08/11 & 03/12 (Anto Fils de Pop) / 2013
08/01 & 05/02 (Frantz Plotard)
11/03 & 15/04 (Mathias Domahidy)
07/05 & 03/06 (Pascal Briba)
01/07 & 22/07 (Jeunes Talents Belges) / 2014.

De 18h30 à 22h00 (apéro la première demie heure pour discuter, échanger, découvrir, s'imprégner, bien manger/boire)

Où ? Chantier(s), rue du Bailli 47 - 1050 Ixelles - http: //www.chantier.s-arthouse.com/

Avec qui ? Les artistes invités à exposer et à investir Chantier(s) chaque deux mois seront aussi invités à participer à un atelier durant leur temps d’exposition. Saison 2013/14 des expositions :
o Isabelle Cochereau du 14/9 au 31/10 2013- http://www.isabellecochereau.fr/
o Anto Fils de Pop du 03/11 au 31/12 2013 - http://www.antofdp.com/
o Mathias Domahidy du 11/03 au 30/04 2014 - http://letheatretransitoire.blogspot.be/
o Pascal Briba du 07/05 au 26/06 2014 - http: //www.pascal-briba.com
o Jeunes Talents belges en 07/2014 (Concours de Jeunes Talents Belges lancé par Chantier(s)
Voir le site de Chantier(s) pour les dates de vernissage

PAF : 20€ par séance ou 35€ par atelier (2 séances autour du même artiste exposant) - apéro, thé, café compris.

Inscriptions obligatoires et renseignements éventuels auprès de Milady Renoir :
miladyrenoirmiladyrenoir@gmail.com

16:56 04/03/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

non mais allez quoi

ce blog a plus de dix ans, quand même.

IMG_6558.jpg

16:44 04/03/2014 | Lien permanent | Tags : place net |  Facebook

FRANCE CULTURE - ATELIER INTERIEUR (merci Amélie) - Sérendipité

23h et s’ouvre l’Atelier intérieur…au mot serendipity. Serendipité en français. Il est inventé le 28 janvier 1754. Puis oublié pendant un siècle. Puis ré utilisé. Et maintenant prononcé, écrit, dit, répété. Serendipité. Il célèbre dans nos vies, l’inattendu. Comme si on en avait soudain besoin. Comme si d’ordinaire on s’attendait à tout, comme si on était fatigués. C’est l’anglais Horace Walpole qui créé le mot, on pourrait le définir par : découvrir par hasard ce que l’on ne cherchait pas. Des découvertes, beaucoup, ont été faites par des hommes partis à la chasse d’autre chose. Mais voilà la question : est ce que la serendipité, ça arrive à n’importe qui ? Est-ce qu’il faut un talent pour s’ouvrir au hasard ? On a assez de sagacité ? Il faudrait oui, avoir l’esprit préparé. Savoir lire les signes. Y prêter attention. Il faudrait un effort, et tant pis pour les fatigués. L’image de départ ce soir serait celle là : fabriquer un monde à partir du néant. Scène vide. Petit à petit il faut recomposer. Découvrir la lumière, le langage. Antoine Defoort dans Germinal déterre un micro. Le micro fait entendre un bruit. Une voix. Des mots. La parole. Un peu plus tard c’est un ordinateur qui est trouvé, « par hasard ». Aujourd’hui il existe une serendipité programmée. Nos machines tentent de savoir, de faire des liens, de nous faire croire que par hasard on cherche ça mais pourrait cliquer ici. Si on tape une lettre dans un moteur de recherche par exemple : Ceci. Google propose : ceci est mon corps, ceci dit, ceci est la vérité, ceci est une révolution, ceci est un test, ceci est une fiction, ceci est un poème qui guérit les poissons, ceci est un spectacle d’improvisation, ceci est un statut en manque d’inspiration. Nouveau poème avec toutes nos recherches accumulées. Qui a écrit : ceci est une révolution. Qui a écrit assez de fois : ceci est une fiction pour que cela apparaisse ? Ta recherche peut donc être mon hasard. Tu peux être mon hasard. On peut se rencontrer, voilà ce que le hasard permet. Si un mot fait parler son époque, celui-là dit quoi de nous ? Serendipité. Les mots ont de la vérité. Les fictions les inventent et les poussent dans la réalité. Serendipité maintenant ça existe. Nous sommes en chasse de quelque chose, les hommes chassent, sans cesse, peut être à s’épuiser, c’est pour ça qu’il y a des fatigués. Ce soir nous allons déterrer par hasard un micro, apprendre un nouveau mot, et par serendipité, réinventer une façon de parler, pour se rencontrer."

http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-interieur-numero-26-serendipity-2014-03-03

 

11:14 04/03/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

3
mar

j'ai dit oui

à Christine Aventin
pour remplacer quelqu'une
qui devait
avec Christine Aventin
faire corps et écriture
je remplace la quelqu'une loin d'être quelconque
et me retrouve en travail autour de ma matière favorite
corps&texte
nous nous voyons cette semaine
pour dire quoi comment pourquoi
ce sera en tout cas au prochain FiEstival des éditions Maelström
Christine Aventin & moi

++++
Pierre Cendrin propose une dissémination ayant pour thème "le corps dans tous ses états". Il écrit :"Écrire le corps est l’un des enjeux les plus pri­mor­diaux auquel se confrontent les auteurs les plus divers. De Monsieur Bloom dans ses cabi­nets au goût de la made­leine de Marcel, en pas­sant par le vieil Achab qui a son mal che­villé au corps, les pro­blèmes de foie de l’homme du sous-​sol, ou encore l’attente fébrile de Julien Sorel devant la porte de Mme de Raynal.

Objet his­to­rique, le corps est sou­mis à des normes qui peuvent variées plus ou moins for­te­ment. Châtiments cor­po­rels. Hygiène. Façons de table. Apparence phy­sique conforme, non-​conforme, valo­ri­sée, stig­ma­ti­sée. Corps qui se pare, se cache, entre osten­ta­tion, dis­cré­tion et dif­fé­ren­cia­tion. Corps har­ce­lés, bru­ta­li­sés, frus­trés, malades, dimi­nués, empê­chés, mou­rants. Désir, pas­sion. Corps qui s’aiment, corps dans l’attente de s’aimer, qui se recon­naissent, s’affrontent, se récon­ci­lient, se domestiquent.

Le corps est le pre­mier signe exté­rieur d’appartenance sociale que l’on offre aux regards d’autrui.

Réceptacle des émotions. Gêne, exul­ta­tion, rou­tine. Incorporation des savoir-​faire et des savoir-​être.

« Apprendre par corps » : dis­ci­pline sco­laire, récep­tion docile du savoir et du pou­voir dans leurs formes douces et bru­tales. Attente aux gui­chets. Répression des indis­ci­plines. Corps enfer­més dans des ins­ti­tu­tions totales où l’esprit ges­ti­cule. Le corps-​outil, dis­ci­plines pro­fes­sion­nelles, divi­ser les gestes, à la chaîne et à l’atelier. Le corps spor­tif qu’il faut domp­ter et faire tenir. Capital de force phy­sique qu’il faut entre­te­nir et mettre en dan­ger de façon rai­son­née. Usage ratio­na­lisé du corps.

Le corps et l’esprit. L’hostie.

Le corps en terre.

Ce mois-​ci, ce sont les corps que nous disséminons."

Rosaleen-Ryan-The-Birth-Of-Suburbia.jpg

ART: Rosaleen-Ryan-The-Birth-Of-Suburbia

 

23:26 03/03/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Jean-Pierre Brisset et les hommes-grenouilles

Article de Jérôme Solal

 

Jean-Pierre Brisset (1837-1919) a exercé diverses professions : pâtissier, militaire puis professeur de langues vivantes. Il a montré des talents d’inventeur et a fait breveter en 1871 la ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur, et en 1876 la planchette calligraphique pour enseigner l’écriture et le dessin. C’est une fois devenu chef de gare en 1879 qu’il prend enfin conscience du rôle qui lui échoit sur terre : il lui faut révéler les origines de l’espèce humaine et du langage. Telle est donc la mission à laquelle il se voue désormais.

Ce visionnaire solitaire crée alors une mythologie qui puise aux grandes religions, notamment le christianisme. Au commencement était l’eau - les mers, les rivières, les lacs, les étangs, les marais où les grenouilles, ancêtres des hommes, vivaient en paix. Puis est venu le temps des transformations. Tout change peu à peu, les corps, les règles, les mœurs. Bien avant le latin (une langue tardive mise au point par des usurpateurs), on se met à parler le français, véritable langue originelle.

Brisset faisant le récit du devenir-homme des grenouilles met en avant le rôle de la sexualité et de la violence. Dans ses révélations sur le développement chaotique de l’humanité, il progresse grâce à une méthode originale qui exploite les multiples ressources de l’homophonie : il décèle les vérités cachées des paronymes, homonymes, holorimes et calembours. Son anthropogenèse est donc aussi une poétique. Par l’inventivité de ses analyses linguistiques, il établit un discours sur les origines et, à une époque marquée par l’apport du darwinisme, élucide à sa manière les mystères de l’évolution du vivant.

Publié en 1900 à dix mille exemplaires sous la forme d’un grand in-folio de quatre pages que Brisset finit par faire distribuer gratuitement faute d’avoir trouvé des acheteurs, le texte de La Grande Nouvelle (La Véritable Création de l’Homme, La Résurrection des morts, Tous les mystères expliqués) se présente comme la synthèse de ses travaux.

La Grande Loi cachée dans la parole

Toutes les idées que l’on peut exprimer avec un même son, ou une suite de sons semblables, ont une même origine et présentent entre elles un rapport certain, plus ou moins évident, de choses existant de tout temps ou ayant existé autrefois d’une manière continue ou accidentelle.
Soit, comme exemple, les quatre sons :

Les dents, la bouche. On peut écrire : L’aide en la bouche, lait dans la bouche, laid dans la bouche, laides en la bouche, etc.

Or, tout cela nous dit avec évidence que les dents sont seulement une aide : on peut s’en passer. Elles sont un lait ou blanches comme du lait ; à l’occasion elles sont aussi laides et alors c’est laid. L’étude de cette propriété de la Parole qui est Dieu, amène l’esprit à analyser chaque mot et à retrouver les idées qui l’ont formé, et ainsi on a devant les yeux les actes que faisaient nos ancêtres avant que l’homme fût créé, le premier langage humain. Certainement est formé de : Ce air t’est, ne mens ; certes est, ne mens. Ne mens signifiant : je ne mens pas. Tu mens, forcé ment ; tu mens forcément. J’accepte, part faites-m’en ; j’accepte parfaitement. Tu parles parfait, te ou tu mens ; tu parles parfaitement. Du suc c’est ! Le premier qui cria : Du suc c’est, eut du succès. Le mot suc est le premier nom du sucre et on lui donne encore ce nom.

Dans la langue primitive, qui était la langue actuelle en formation, les auxiliaires avoir et être se mettent souvent après la partie invariable du verbe.

En feu l’ai, c’est enflé. Mords ce l’ai,, il faut le morceler. Je mords c’est le, je morcelle. C’est l’ai, sel ai, scellé. On scella le sel. En bouche ai, je l’ai embouché. Happe l’ai, appelé. Ai l’eu = l’ai eu, ai lu, élu. Chêne est, c’est du chêne, la chênaie. Os ce l’est, hausse-les, osselets.

Les démonstratifs : le, les, ce, cette, mon, ton, son, etc., se placent souvent après le nom : Vois-le, le et la voile. Rond ce, ronce. La ronce se contourne en rond. Ce m’ons ce, ce mon-ce, semonce. Cela se disait en reprenant vivement son bien. M’ons = j’ons ou j’ai. Boure cette. Bourcette. On se bourrait de bourcette. La bourre fut un manger. Pour manger il faut qu’on laboure. Le lit mon. Le limon fut le premier lit. Le saut mon. Regarde le saumon. Le premier saumon fut un ancêtre sauteur. Le bout ton, le bouton. Le premier bouton fut une extrémité. Buis son, son buis, le buisson. Au but y sont, aux buissons. On aimait les buissons, c’était un but à atteindre.

Le mot ist = est. C’ist me, c’est moi. Cri de celui qui se montrait sur une cime. C’ist té, c’est toi ; sis-té, sieds-toi. Origine de la cité. Te rends qu’ist le, laisse-moi tranquille. Ce c’ist, ceci. Comme ai dit ist, comédie. La parole s’est formée avec les cinq idées premières exprimées par les mots suivants : ai, aie, est, à, ce. Ce, que l’on peut écrire ceu, désignerait, sous cette orthographe, la bouche de l’ancêtre, car tous les mots ont été mis dans la bouche sous une forme sensible, et sont devenus des esprits avec la disparition des êtres et des choses qui servaient à la formation de la parole. J’ai c’est ? J’essaie. Je l’ai c’est ? je l’essaie. In c’iist, ce aie ; ainsi c’est. À que c’est ? accès, Ai que c’est ? Excès. Jeune est, je nais. Éteinds, c’est le ; étincelle.

Le tends, le temps. Le temps a pour origine une tension. In ce temps, instant. In ce temps t’en ai, instantané. A vec, in ce temps-ce, avec instance. A vec = au bec. J’arriverai en temps dû, c’est entendu. L’est neige dans temps. L’ancêtre était sensible au froid et sentait les neiges dans temps avant qu’elles fussent visibles. Où sont les neiges d’antan ? disaient les simples, croyant qu’il était question des neiges de l’année précédente, comme si les neiges éternelles n’étaient pas à cheval au moins sur deux années. Lecteur, entends en temps les vérités éternelles. Avant que l’homme fût, j’étais.

Nous ouvrons donc le livre fermé, dès la création du monde. Il donne la vie éternelle. En vérité, si tu en veux hériter, il faut être pour la vérité. Envers y t’ai, en vérité, c’est l’envers du langage courant.

Le français, formé des meilleurs dialectes du centre de la France, se parle donc ainsi qu’il se parlait dès la création du monde. Depuis que l’homme existe, nul son étranger n’a pénétré dans le langage du peuple. Chaque contrée a conservé son patois propre et son accent particulier. Les mots étrangers qui sont entrés dans notre langue, ne l’ont fait qu’en se transformant en sons parfaitement français, aptes à être analysés avec des éléments français.

Au commencement était la Parole et la parole était Dieu. Tout a été fait par elle et rien n’a été fait sans elle. C’est elle qui éclaire tout homme venant au monde. Maintenant que l’esprit a bien voulu nous donner la clef des mystères de la parole, nous allons parcourir la création de l’homme, dès la fondation du monde.

Extrait de La Grande Nouvelle de Jean-Pierre Brisset, Jérôme Solal éd., Paris, Mille et une nuits, 2004 (1ère éd. Paris, Chamuel, 1900), p. 8-11.

Dans le passage qui précède, tiré des premières pages de La Grande Nouvelle, Brisset développe ses analyses linguistiques. Le texte joue le rôle d’un préambule où l’auteur livre quelques rudiments d’archéologie linguistique avant d’entreprendre, dans les pages suivantes, son anthropogenèse. Le Verbe avant l’Histoire, les mots avant les maux, les mots en leur force la plus concrète, la plus vitale, en leur émail le plus physiologique : les dents, la bouche. Brisset évoque la construction des auxiliaires avoir et être, s’intéresse aux démonstratifs, ces mots qui montrent la réalité là, toute proche. Malgré son approche sensualiste, il a conscience que les mots, ce sont aussi des idées, toutes primitivement recueillies dans ce bouquet verbal : ai, aie, est, à, ce. Un tel discours sur les origines ne peut se dispenser de la notion de temps, mise en relation avec la place que l’homme peut y trouver dans sa subjectivité de descendant direct des grenouilles : Avant que l’homme fût, j’étais. J’étais, mais qui dit « je » : moi le temps (d’avant l’humanité), moi l’étant (la nature naturée), moi l’étang (le réservoir à grenouilles) ? Qui sait ?

Pour que les lecteurs captent parfaitement son message et prennent avec lui le chemin vers la vérité cachée, Brisset leur propose de se laver les oreilles en intégrant l’envers du langage courant. Seule cette indispensable inversion, qui fonde sa poétique et récure les tympans, leur permet d’entendre le son-Brisset, de comprendre vraiment les mots tus sous les mots dits. Ainsi peut-on accéder à la vérité éternelle, celée depuis toujours, et dont lui seul détient la clé. Ajusté de la sorte à ces paramètres nouveaux d’un langage certes inaudible pour l’homme du commun, mais transparent pour les initiés qui auront su écouter, c’est Dieu que Brisset manifeste, verbe et loi. Dès lors la parole inspirée du prophète rétroactif peut lancer son récit (l’authentique histoire enfin révélée de l’humanité) et claironner la grande nouvelle de notre destinée ontologique d’hommes-grenouilles.


Voir aussi « Le langage des grenouilles » de Jean-Pierre Brisset.

 

P.-S.

Quelques éléments pour mieux connaître son œuvre :
De Brisset : La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l’analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain, Paris, Baudouin, 1980 (1ère
éd. Paris, Leroux, 1883) ; Les Origines humaines, Paris, Baudouin, 1980 (1ère éd. Angers, chez l’auteur, 1913).
Sur Brisset : André Blavier, Les Fous littéraires, Paris, éd. des Cendres, 2001 (1ère éd. Paris, Veyrier, 1982) ; Marc Décimo, Jean-Pierre Brisset, prince des penseurs, inventeur, grammairien et prophète, Dijon, Les Presses du Réel, 2001.
Brisset adapté au théâtre : Les Grenouilles qui vont sur l’eau ont-elles des ailes ? par Catherine Beau et Eugène Durif (2002) ; Mots à lier ou le Brisset sans peine par Gilles Rosière et Pako (2004).
Brisset sur la toile : http://perso.orange.fr/chambernac/brisset.htm (site entièrement consacré à Brisset).

Portrait de Brisset : Charles-André Picart Le Doux

23:17 03/03/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

27
fév

lettre à une mère dans une bouteille

Chère Maman,

je vais bien. La famille d'accueil est gentille. Elle aime bien cuire du chou rouge toute la journée et des boulettes de viande des chiens de chasse trop vieux pour chasser mais la sauce hollandaise qui les recouvre est vraiment onctueuse. Parfois, elle déborde de nos gamelles et ça colle un peu à la table.

Papa et toi manquez mais je sais que votre voyage aux Seychelles était prévu depuis avant ma naissance, que vous avez besoin de vous retrouver. Je patienterai, ici, même si le froid m'empêche d'attendre dehors.
J'espère que tes nouveaux seins te feront moins mal et que du coup, tu sauras me prendre enfin dans tes bras dans un an, quand on se reverra.

Je pense à vous. Je ne vous écrirai pas trop souvent vu que je dois payer le timbre et que pour l'argent de poche, je dois couper trois stères de bois. Je ne suis pas encore douée pour manier la hache mais je fais des efforts. Comme tu m'as toujours dit. L'effort fait vivre.
Je t'aime maman.

Emmeline

jugend revue 1896.jpg

20:29 27/02/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

20
fév

Jean-Pierre Brisset

Old French postcard. 1910s.jpg

L : La langue

L est la consonne des lèvres et de la langue; elle appelle vers le sexe, le premier lieu, l'yeu.
Le langue à-jeu, le l'engage, le langage. Son origine est un appel au léchement.         

M : La mamelle

Le son meux appelle le bec sur le sexe qui est la première mamelle, puis à prendre le manger sur les seins, et de bouche à bouche.
Mame ai hèle, mamelle.
Mame l'ai on, mamelon.
Le môme mame la mamelle de la maman. On mamait ce que l'on aimait.                                            

N : Le noeud

C'est d'un noeud que tout naît, tout noeud est, et non d'un oeuf, comme le disent les princes de la science dans leur argot latin. Pas de noeud, pas de naissance...
Le noeud fut le premier objet neuf, la première nouveauté. Ceux qui avaient le noeud disaient, je noeud acquis, tu noeud acquis... ce qui est devenu : je naquis, tu naquis... 

Q : La queue

Nous avons indiqué spécialement la valeur de queux à la lettre C.
Les queues réelles causaient des querelles.
Tu ma queue use, tu m'accuses.
La queue use à sillon, l'accusation.

Qui sexe queue use, sa queue use.

http://chambernac.pagesperso-orange.fr/dictionnaire.htm

http://www.larevuedesressources.org/le-langage-des-grenouilles,765.html

 

21:14 20/02/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

17
fév

Thanks Mr Finch!

OH LA CLAQUE.

http://www.thisiscolossal.com/2014/01/vintage-textiles-transformed-into-flora-fauna-and-fungi-by-self-taught-artist-mr-finch/

Mr Finch butterflies.jpg

Mr Finch crow.jpg

Mr finch canari.jpg

20:27 17/02/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

12
fév

Allen for Ever

Le 5 avril 1997, à New York, Allen Ginsberg, icône de la Beat Generation, décédait des suites d'un cancer du foie, en laissant derrière lui un dernier poème listant ces choses qu'il n'aura pas réalisées dans sa vie. Mais après tout, peut-être que l'écrivain bouddhiste entendait bien y remédier dans une prochaine vie. Le cinéaste lituanien Jonas Mekas était là pour immortaliser l'âme du poète à sa façon.

 

 

 

 

 Le dernier poème de Ginsberg, Nostalgias

 

 

Jonas Mekas, qui se présente comme un ami d'Allen Ginsberg, était adepte du journal filmé. Pendant trois jours, en avril 1997, l'écrivain-réalisateur a filmé quelques images des derniers jours du poète, et reccueilli les commentaires de ses proches. 

Le documentaire, de 67 minutes au total, fait intervenir des personnalités comme Patti Smith,  Gregory Corso, Amiri Baraka, Hiro Yamagata ou encore Anne Waldman... 

 

 

Regarder Allen's Last Three Days on Earth as a Spirit en entier via UBUWEB.

Source: Actualitté & UbuWeb

18:39 12/02/2014 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

10
fév

Laterite&Trottoir

J'ai rencontré Perrine le Querrec dans un livre. Rien d'un corps avec de la peau et des organes, mais quand même un corps avec esprit révélé et coeur avéré. J'ai perçu ça.
J'ai lu le livre. Je l'ai aimé.
Je l'ai dit à Perrine.
J'allais partir au Burkina Faso.
J'avais écrit des correspondenses avec l'amie Karen avant qu'elle ne parle en Sibérie.
J'ai eu envie de correspondre avec Perrine, avec sa gorge, avec ses yeux.
En plus, elle a le voyage comme tension et le Burkina Faso comme souvenir.
Nous nous écrivons, nous faisons rencontre et corps dans un échange qui peut se lire, comme ça, de bas en haut.

http://laterite.tumblr.com/

The Little Prince (Braille edition).jpg


(édition du Petit Prince en braille)

07:30 10/02/2014 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

8
fév

Atelier sur la thématique « Prisonnier » du concours de textes / Adultes 15-105 ans / Samedi 15 février de 10h à 17h

 

« Illimité » © Gilbert Garcin

L'enfermement n'est pas que derrière les murs, il se cache aussi dans le crâne, sur île, au creux d’un territoire, au fond de l'âme, dans notre société, un pays, le monde. Des écrits de prisons aux thèmes du cloisonnement, l'atelier abordera des sujets et des objets déjà perçus par des auteurs qui ont dénoncé, subi, appréhendé, vécu la « PRISON » et proposera quelques tentatives d'abordage du thème, aussi vaste que clos, sans oublier que tout prisonnier possède son plan d'évasion et conserve son ciel intérieur.

 

L’atelier trouvera son espace à travers des textes d’auteurs qui ont subi, fantasmé l’enfermement, décrit les prisons et trouvé des échappatoires, quelles qu’elles soient.  Aucun pré-requis n’est nécessaire si ce n’est celui d’aimer écrire, lire, jouer, expérimenter, écrire encore. Ordinateurs, carnets, Post-it™ bienvenus.

 

Animation : Milady Renoir anime des ateliers depuis dix ans autour de thématiques qu'elle croise dans ses lectures, ses écritures et les rues. Aliénations, bannissements, anomalies, folies, impermanences, fouillis sont des mots clés qu'elle aime diluer, étendre en ateliers, quels que soient les lieux et les temps d'exploration.

 

PAF : 35€ (25€ pour demandeurs d’emploi)

 

Lieu : Maison de la Francité, rue Joseph II, 18 – 1000 Bruxelles (Métro Arts/Loi ou Madou)

 

Inscription : mdlf@maisondelafrancite.be / L'atelier est confirmé à partir de 5 participants. (Maximum 12.)

 

Les autres ateliers dans le cadre du concours de textes de la Maison de la Francité se trouvent ici.

17:02 08/02/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

Glass talks

" Society is breaking apart, which is always a good sign because that’s when the best things happen. I mean, when Allen Ginsberg and William Burroughs began writing during the days of the McCarthy era here in America, it looked like this country was pulling itself into an early grave. When society becomes unhinged, the arts get really good. I’m old enough to have seen that three times.”

-

Philip Glass donne une longue et dense interview à Bryce Dessner de The National. Il y parle de Terry Riley, de la vie en tournée, du temps où on l’accusait de jouer trop fort pour le vénérable Carnegie Hall, de la désintermédiation à l’œuvre entre musiciens et publics et de sa collaboration avec Angélique Kidjo.

muse-hic, arts, humoeurs

 

 

(art by E.V. Baumgarten  1896)

17:00 08/02/2014 | Lien permanent | Tags : muse-hic, arts, humoeurs |  Facebook

7
jan

Atelier(s) en Chantier(s) - en 2014 aussi.

Ateliers chantiers II.jpg

ateliers CHANTIERS I.jpg

15:55 07/01/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

Annie MIGNARD / C’est physique, écrire

lis tes raturesAnnie MIGNARD

 

 

          C’est physique, écrire

 

J'ai publié “C’est physique, écrire” dans Écrire Aujourd'hui, sous-titré Autoportraits d'écrivains sur fond de siècle, que j'ai conçu et dirigé chez Autrement, revue n° 69, 1985.

 “C'est physique, écrire” se trouve, pp. 75 à 79, dans la 2è partie intitulée FAIRE, laquelle a pour titre courant:

     “Chaque fois je me dis: ‘Est-ce que je sais encore?’, c’est-à-dire: ‘Est-ce que je suis là?’”

 C’est physique, écrire, une dépense vitale grande. L’effort de travail en cours se fait sentir très fort dans le corps, fait naître des images corporelles, des sensations d’évidence, d’une présence plus vraie que le réel. Ces images ne mentent pas, elles disent, voilà où on en est.

La première longue chose que j’ai écrite, je me suis comme sentie plongée dans un fleuve puissant, un Missouri dans les palétuviers. La violence, la profondeur du fleuve me terrifiaient. Pendant assez longtemps, j’ai eu le sentiment de nager au bord, où j’avais encore à peu près pied, m’accrochant aux branchages, aux troncs morts. Manque d’audace. Puis, un jour, je me suis retrouvée nageant en plein milieu, dans l’ample du fleuve, avec le plus grand courant sous moi, qui me portait comme une main, la force du courant. Lâchée.

                         Je suis une loco emballée

 Mon premier roman, La Vie sauve, je l’ai écrit à une allure accélérée. Vers la fin, me couchant le soir, épuisée du corps, dormant debout et me disant, j’ai bien travaillé je peux dormir, j’avais la sensation d’être une loco emballée à plein régime, qu’on ne peut plus arrêter. Qui fonce, fonce, en surchauffe. Ca me réveillait en sursaut tout au long des nuits, à intervalles très rapprochés, pour me faire écrire des phrases entières, sans pitié, sans répit, sans que je puisse rien faire pour calmer cette chose. Envoyait une phrase, une image, dès que je posais la tête sur l’oreiller. Je relevais la tête, allongeais le bras, notais la phrase. Reposais la tête, dormant à l’instant. Hop, re-impulsion, re-phrase, re-réveil, lever la tête, tendre la main, noter la phrase, et encore, et encore, en instantanés. Quelquefois plusieurs à la file sans que l’aiguille du réveil ait bougé sur la minute. Je sautais dans mon lit comme une carpe saisie au bleu, je suppliais à voix haute dans le noir, suffit la machine! Suffit la machine!

 Tu parles. Les neurones ne s’arrêtent jamais, leurs cliquetis, leurs circuits, leurs impulsions électriques d’une nanoseconde. Si on les excite trop, ça emporte tout, une puissance formidable lâchée, libre, terrifiante. Le soir du jour où j’ai fini de corriger ce roman, en me couchant, un déchirement de tout mon corps, comme si une pierre, une granite gris de la forme et de la taille de mon corps, s’en arrachait, sortait de moi et me quittait, du côté gauche, s’arrachait de chacune de mes cellules, un dédoublement qui part. En dix fois pire, les déchirements internes qu’on ressent ivre mort. J’ai su que j’avais terminé.

 On ne s’embête pas. En général, je me sens une chose de la nature.Un pommier qui fait des pommes. J’ai les racines enfoncées dans la terre, la sève monte, là-haut dans mes feuillages les pommes sortent à profusion de ma bouche. Je fais partie du grand cycle. Ou je suis une terre, épuisée quand j’ai fini un roman, comme après des moissons qui m’auraient tiré tous mes phosphates, mes sels minéraux. Il faut que je m’assole; ou que je me donne un grand coup d’engrais généralisé.

                   Je suis un pommier, je suis une huître

 Durant mon dernier roman, Le Père, j’étais une huître, sortie de sa coquille au fond de ses eaux. (Tout cela varie, bien sûr, en fonction de ce qu’on écrit.) Je restais trois jours sans voir personne en échange réel, à clapoter mes branchies dans mes abysses marins. Toute chose extérieure me faisait l’effet d’un jus de citron. D’un coup de fil inoffensif d’un copain racontant dix minutes ses histoires, il me fallait trois jours pour me défaire. L’évacuer. Le sortir de mon monde.

 Le mouvement de concentration est double, et contradictoire. Il faut écarter les ennuis du monde extérieur, les désirs autres, faire barrage, tourner le dos, se clore aux excitations, tiraillements, tensions, à la vie en somme. Faire sa coque. Cela accompli, il faut faire l’inverse: s’ouvrir entièrement, se dissoudre, se déplier, être entièrement réceptif vingt-quatre heures sur vingt-quatre à ce qui est en train de se faire. C’est ça l’huître sans coque. Tout ce qui, de la vie, même un détail, ne peut s’absorber dans ce qui est en train de se faire, attaque et révulse comme un jus de citron.

 Le plus long est de se rincer les méninges du monde extérieur. Décanter. Ca prend trois heures en général, après tout contact avec le réel, un rendez-vous par exemple. Tous les jours, on se rince avant de commencer, de pouvoir entrer dedans. A moins qu’on soit déjà à toute allure dans ce qu’on fait, poussé au cul par l’énergie même du roman qui n’attend pas et qui fonce, et vous porte.

 Parfois, sans qu’on s’y attende, on se retrouve comme un alpiniste qui se redresse sur une corniche, en surplomb au-dessus du vide, qu’il vient d’escalader à mains nues sur une paroi de l’Himalaya. On se dit: avant j’étais en dessous, me voici au-dessus. On est effrayé rétrospectivement. On ne s’en rendait pas compte pendant. Ni avant. C’est le résultat qui donne cette image.

Ca n’a rien d’intellectuel, c’est sensitif, ce sont des sensations profondes qui rendent tranquille quoi qu’il se passe par ailleurs, ou qui au contraire remuent le corps de peur malgré tous les raisonnements. Qui remettent les choses à leur place. On croit avoir fini son roman, juste deux, trois poussières à enlever ici et là, pour le chic, on le reprend à partir de la fin pour juger la seule écriture - et on se retrouve comme un moussaillon sur une goélette à trois cents voiles, à qui on a dit: “Tu retends les voiles à partir de la poupe.” Monté pour deux jours, et qui trime des semaines, accroché dans la mâture là-haut, le nez sur sa toile. De près, ce n’est plus ce qu’on croit, du tout. Et on tire à deux mains les cordages, à en avoir mal aux bras, les sequins, les bouts de ficelle tombent des voiles - relâchées, godillantes, tavelées, dégoûtantes, ça, une voile? - que d’en bas on voyait blanches, dressées au ciel.

                      C’est athlétique de se faire sentir

 Tout ça sur une chaise, mais c’est athlétique. Ca chauffe. C’est une transformation physique d’énergie. Une énorme dépense d’énergie. Heureusement, personne ne nous voit au travail; on s’inquiéterait. A essayer des phrases à la voix. A s’exciter, se monter, si l’écriture le demande, pour atteindre le ton, avec une mauvaise foi jubilante, se rendre euphorique ou salopard. Et soupirer, souffler d’angoisse quand on a trop réussi à se faire sentir. Là encore, tout dépend de ce qu’on écrit. L’acuité de sentir qu’il faut concentrer pour que le mot sorte juste. C’est le plus épuisant, se faire sentir. A la longue, il semble qu’il y ait un entraînement. Les sensations, les émotions accourent, pressent plus vite, plus massives; ce qu’on cherche à sentir, éprouver, voir, vient à la présence avec plus de force et de sûreté. (Du coup, dans la vie, on éprouve tout plus fort.)

 Ou encore, on est en train de monter les mots, ça marche, bien, ça roule, c’est ça - il faut tout lâcher, sortir comme en courant, dans l’état de nature, hirsute, puant, suivi d’un vol de mouches, sortir marcher, sortir courir, faire le tour du quartier au pas gymnastique pour lâcher la vapeur. Surchauffe. Ou il faut aller faire la sieste, tout soudain, s’allonger par terre, ou se jeter sur son lit pour un sommeil brusque, et ça peut être 10 heures du matin ou 3 heures de l’après-midi, parce qu’il y a du limon d’angoisse qui bouge, ou simplement de la fatigue, quelque chose qu’on sent comme de la fatigue, à tomber par terre en quelques instants. Et quand on se relève, c’est reparti, on travaille bien, avec aisance. On ne sait pas pourquoi, mais c’est ça qui marche. Alors c’est ça qu’on fait.

 Aussi la soudaineté avec laquelle on part acheter un bouquin, dont on n’a pas besoin du tout, qu’on n’a jamais lu, auquel on ne pensait même pas l’instant d’avant, et qu’il faut lire à la seconde, toutes affaires cessantes, alors qu’il n’a aucun rapport avec ce qu’on écrit, le Journal de Jules Renard par exemple. Pourquoi lui, mystère. Et quelle chance que ça vous fasse jaillir du lit à l’heure justement où les librairies ouvrent. On court. On revient avec sa proie. On la grignote un peu, ici et là, on la mâchouille. Puis on la laisse. On la range sur une planche. On a bien constaté que ça n’avait aucun rapport avec ce qu’on écrit. On a eu son suc dans la bouche. Qui n’a rien à voir avec le suc de ce qu’on fait. Mais il fallait. Le besoin était là. Et c’était bien le besoin du goût du Journal de Jules Renard, puisqu’on est rassasié, tranquille, on repart avec aisance.

                           Se battre contre sa peur

 Inutile de chercher à comprendre la nécessité interne des impulsions. C’est l’intuition qui a raison, c’est elle qui mène. On fait son miel de tout, on ignore comme on le fait, si on a tel besoin c’est qu’il est nécessaire sur le chemin. Mais ceci quand on sent que ça marche très profondément. Car il y a en même temps une sorte de friction permanente, un ripage intérieur entre tensions contraires - et il est essentiel, sinon rien ne sortirait. Son intensité, devenue insupportable, se transforme en mouvement. Il y a le renâclement constant au travail, énorme dans la première période d’écriture, la mise en route du roman, où en même temps on déverse toute son énergie dans ce qui n’existe pas encore, on le fait naître, on l’évoque, on le regarde surgir peu à peu comme une construction fantôme des brumes d’un marais (souvent, il n’y a que brume et vase, et on s’enlise, on sombre, on pédale dans la boue), et tout en le voulant, en l’appelant, en mourant de langueur, en même temps on le nie, on ne le veut pas. Il n’existe pas encore, il prendra tout, on le tasse au placard.

Faire durer des heures la lecture d’un journal. Donc, plus de journaux. Qu’à cela ne tienne, on téléphone, on met de la musique. Plus de musique. Excellente idée, on s’en va pisser, on fait la vaisselle, on fait les carreaux, on se fait un café, tiens. Pauvres bêtes, on a des ressources insoupçonnées. On peut y passer la journée en un éclair, commencer à travailler à 7 heures du soir, dans les débuts (puis 6, puis 4, puis 2 heures de l’après-midi), alors qu’on y est, sur le chantier, depuis le matin. A en baver. Ecrire une phrase, ça marche, hop, on se lève faire autre chose. Ca fait trop trembler, ça trouble trop. C’est trop intense, que ça existe.

Le lendemain, ça recommence, toujours cette nausée de peur de se jeter à l’eau tout en en mourant d’envie. Et puis au moins, si on voyait où se jeter; dans cette brume, comment distinguer. On perd une énergie monstrueuse à se battre contre sa peur, son désir; on est en face d’elle, comme si on cherchait à s’échapper, ne plus la voir. Trouver à l’aveuglette, bêtement, une voie de sortie, l’échappatoire qu’elle vous laisse entrouverte, en adversaire intelligent. Ne pas oser, ne pas oser. Et tout en n’osant pas, dans cette bataille de surface, les choses se font dans la cale, il faut laisser l’écoutille ouverte. On voit souvent, dans les soixante, cent premières pages des romans, cahotiques, maladroites, qui n’ont pas encore atteint leur vitesse de croisière, l’arrachement de cette énergie.

                               La germination

Le temps de maturation. Ce n’est pas ce qu’on croit, vu du dedans, une germination. Je suis sûre maintenant que ça crie au printemps dans la nature, parce que ça fait mal quand ça pousse. Le temps se distend, et on se distend avec lui. Attendre, aider le temps. Lui apporter les matériaux. Les agencer de façon qu’il les avale. Se mettre en situation qui rende possible ce qu’on ignore encore. Inutile de chercher à faire son malin, sa maligne. On n’est pas malin quand on travaille. Il faut trouver un sentiment plus fort que la peur, et qui la dépasse. Une autre peur, plus forte. La rage. La nécessité. Tantôt on se laisse partir comme on s’envole de dos dans le vide, tantôt on se bataille comme on tape au bâton un âne récalcitrant - tu vas y aller. Et de rages en abandons, de langueurs en ferveurs, on s’enfonce pas à pas dans les périls et le labeur de l’imaginaire. Tandis que peu à peu naît l’amour de ce qui existe là, de ce matériel qui est là et qui vous a apprivoisé, avec qui on dialogue, qui vous connaît jusqu’à l’os, qu’on a envie de retrouver tous les jours, vers qui on court. Devant lequel le monde ne tient plus.

                     © Annie MIGNARD

15:52 07/01/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Le mot (concept) du jour - à trifouiller encore!

Cratylisme

 

Le cratylisme est une théorie naturaliste du langage selon laquelle les noms ont un lien direct avec leur signification, comme c'est le cas pour les onomatopées, qui miment les sons produits par tel ou tel être, animal ou objet. Cette thèse s'oppose à celle de l'arbitraire du signe de Saussure1.

 

Origine du concept

 

Le terme vient du Cratyle de Platon. Dans ce célèbre dialogue, Socrate, soutenant que les mots sont attribués aux choses par la décision d'une sorte de législateur de la langue, s'oppose sur un mode ironique au héros éponyme qui, pour sa part, défend la théorie d'une relation motivée entre les mots et les choses. Ainsi, selon Cratyle, « il existe une dénomination naturelle pour chacun des êtres (...) Un nom n’est pas l’appellation que certains donnent à l’objet après accord, en le désignant par une parcelle de leur langage, mais, il existe naturellement, et pour les Grecs et pour les Barbares, une juste façon de dénommer qui est la même pour tous2

 

Cratylisme et poésie

 

Un des problèmes que soulève le cratylisme, c'est qu'il établit un rapport constant et absolu entre un son et une signification, postulant la possibilité d'une langue universelle, donnée une fois pour toutes. À l'époque moderne, ce questionnement devait tout naturellement être relayé par la poésie, surtout dans les recherches autour de la métaphore et de l'image poétique (Francis Ponge, entre autres, qui analyse et interprète les choses sous l'angle du mimétisme) ou encore dans l'œuvre de Raymond Roussel3. On en trouve plus récemment la manifestation dans la poésie phonique, qui demeure cependant une expérimentation ludique et marginale en poésie.

 

Quoique cela apparaisse de façon on ne peut plus aléatoire, le sonnet des Voyelles de Rimbaud établit un lien entre son et signification. Ainsi donc, il associe librement une couleur à chaque voyelle : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes ». On cite également à ce propos Le Dur Désir de durer de Paul Éluard, titre d'un recueil dans lequel la consonne « d » produit manifestement une impression de dureté, alors que dans le vers de Verlaine: « De la douceur, de la douceur, de la douceur », elle produit l'effet opposé. Comme on peut le voir, même à l'intérieur du champ poétique, ce rapport n'est pas constant. En effet, la signification des sons est étroitement liée à d'autres facteurs (contexte, sens lexical, etc.) et ne saurait par conséquent être fixée de façon immuable. On peut également citer à ce sujet le vers de l"Andromaque de Racine: « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » dans lequel la consonne « s » reproduit le sifflement caractéristique des reptiles évoquant la menace.

 

Quoi qu'il en soit, on peut dire que le cratylisme correspond au vieux rêve idéaliste de faire concorder la langue et le réel, menant à la création d'une langue à la fois naturelle et universelle, c'est-à-dire capable de remonter aux sources du mythe d'une humanité une et unie. On retrouve par exemple cette notion chez Saint-John Perse4.

 

Notes

 

  1. Voir Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, éditions Payot, (1913)1995
  2. In Platon, Garnier-Flammarion, Paris, 1967, traduction, notices et notes d'Émile Cambry
  3. Voir Raymond Roussel, Comment j'ai écrit certains de mes livres, NRF, Paris, 1935
  4. In Saint-John Perse, Vents, éditions Gallimard, Paris, 1946

 

15:31 07/01/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

6
jan

Un striptease... Atelier intérieur.

Ecoutez l'émission 59 minutes

Numéro 44. Un striptease 2

24.06.2013 - 23:00

Orléans, Virgil Vernier  © DR

L'Atelier intérieur s'ouvre à la mise à nu. Et avant ça … au « plus intérieur », à l’intime. Hans Carossa auteur allemand écrivait : L’homme est la seule créature de la terre qui ait la volonté de regarder à l’intérieur d’une autre. Sur cette volonté, de regarder ce qu’on ne voit pas, ce qu’on ne doit pas voir, se forment d’étranges rêveries tendues. On ferait, ce soir, entendre ces rêveries humaines… qui devinent. Pour qui voir ne suffit pas. Je suis face à toi et ça ne me suffit pas. Je te regarde et je ne te vois pas. Répondre : d’accord… et suggérer et ne pas tout montrer. Ne pas tout dire de soi. Manier l’art subtil de l’effeuillage. Dénuder juste ce qu’il faut. Dire non à l’exhibition.  Ce serait au contraire, re théâtraliser les choses. Scénographier. Mettre en scène son corps. Et pas forcément avec l’air du temps. Aller chercher plus loin. Repartir du mythe. L’image de départ ce soir serait celle-là : Joane est stripteaseuse, ou du moins elle apprend, dans un club d’Orléans. Joane regarde droit le visage de Jeanne d’Arc. C’est un corps à corps avec l’image. Les flammes et le rouge. Le nu et l’armure. Les deux sont une cérémonie, dans le film Orléans de Virgil Vernier. On s’excite, on rêve d’un temps de chevaliers. De bûchers. Où la frontière entre : ça boue à l’intérieur  et à ça brûle l’extérieur est infime. Joane fait du striptease mais vise autre chose. Virgil Vernier filme ça. Le corps qui fait / la tête qui pense. Pour atteindre, non pas ce qui est caché mais, plus loin, le plus retiré. Les événements discrets du visage. Au-delà de la nudité. Le mot intime au 18è était utilisé à côté du mot ami. Un siècle après, avec le mot journal. Aujourd’hui on le colle à « vie ». En trois siècles on est donc passé d’un ami à la vie. Nos vies sont intimes, oui. On cherche tous un endroit où être soi. Et on cherche tous à regarder à l’intérieur d’un autre > ce qu’on ne doit pas voir. La mise à nu est aujourd’hui à inventer, elle n’est pas littérale, elle n’est jamais au premier degré. Je ne peux pas être intime seule. Je suis intime avec toi. Nous sommes intimes. En trois secondes on repasse de la vie à l’ami. Mise à nu silencieuse, et à deux et progressive. Et ne te déshabille pas. Je suis face à toi, je te regarde, je te vois et ça me suffira.

Le chemin ce soir regarde par la serrure, pour voir la vie, celle des filles, celle des corps, celle de l’Histoire, le studio se fait boudoir et ça commence maintenant. Pour l’effeuillage ce soir, voilà ceux qui sont là : …

Virgil Vernier, cinéaste, pour son film Orléans entre documentaire et fiction…  deux stripteaseuses sur fond de célébrations de la figure de Jeanne d’Arc. Avec Julie Auchynnikava, comédienne.

Gaëlle Bourges, chorégraphe, pour Strip, Je baise les yeux.

Séquence avec le Cabinet de Curiosités féminines : mini atelier sexualité féminine en direct.

LIVE : Bertrand Belin 

Amélie Bonnin dessine l'émission en direct

Les bols érotiques de Yael Mandelbaum ©

 
 

 

Invité(s) :
Virgil Vernier, réalisateur
Bertrand Belin
Gaëlle Bourges

21:03 06/01/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

Jean Rustin est mort.

voilà, Jean Rustin est mort.

Rustin8.JPG

J'ai eu l'honneur de le rencontrer.
On (moi + participants d'ateliers d'écriture) avait même monté un projet écritures, de textes écrits en ateliers et à côté d'ateliers autour de ses toiles mais sa fondation avait été rétive, quinteuse et terriblement condescendante à l'égard du projet (projet que Monsieur Rustin avant cependant apprécié).

Sa peinture, puissante, intestine, vulgaire au sens du vivant. (ici, quelqu'un qui dit du bien)
Merci à Monsieur Rustin de ne pas avoir arrêté de peindre.

Certaines de ses toiles sont à voir au Musée du Dr Ghislain à Gand, entre autres.

Là, un texte écrit en 2005 (année du "projet" avorté) autour d'une toile et un article présentant qqs impressions.


10:27 06/01/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

2
jan

dédicaresse à une fille et un garçon qui rendent le nid doux, si, si.

2013 dec 030.JPG

2013 dec 031.JPG

Empreinte de la marche où comment reconnaître ses pas à un endroit qu'on ne connait pas.
Simplement passer là et dire, tiens, lieu, je te reconnais. L'image préconçue, le fantasme de s'y trouver bien, l'esthétique de la poésie de l'espace, l'intention de l'horizon qui se glisse entre les lignes du pas qu'on vient de planter, là. Et puis ce qu'on arrache à ce lieu. Son image, sa précision (qu'on détériora ensuite à coups de subjectivité émotive), les sens qu'il a éveillés, et le temps qu'on a pris quand on y était, en plein dedans, dedans ce lieu, aussi ouverte ou vaste soit-il.
Tous ces instants qu'on passe à regarder ce qui vient devant et à confondre avec ce qui vient de se passer, de nous passer dans le corps.
Bref, il y a des lieux qui ont cet effet là, de nous mettre exactement où l'on est, de nous appeler à nous rappeler ce qu'on est et de nous inviter à être encore plus ce qu'on aimerait être.
Et il y a des gens comme ces lieux, j'en ai deux qui partagent mon antre et mon creux, je les remercie ici.

23:23 02/01/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Johanna Reich - Line III, 2009 (pour relire)

 

Johanna Reich IV.jpg

Johanna Reich III.jpg

Johanna Reiche II.jpg

Johanna Reich I.jpg

11:45 02/01/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

Clifford Ross - pour écrire.

HURRICANE SCROLL I
Archival Pigment Print
36 x 17" (paper) 2001

HURRICANE SCROLL II
Archival Pigment Print
36 x 17" (paper) 2001

HURRICANE SCROLL VI
Archival Pigment Print
36 x 17" (paper) 2001

 

Clifford Ross - Hurricanes, 2009

See more Clifford Ross posts here.

- See more at: http://arpeggia.tumblr.com/tagged/clifford-ross#sthash.k9Ym8wrq.dpuf

11:28 02/01/2014 | Lien permanent | Tags : place net, humoeurs |  Facebook

31
déc

Archives de catégorie : Knud Viktor

danois-provençal

Jacob Kirkegaard, disciple du précurseur danois et provençal de l'art sonore, Knud Viktor ?

Publié dans France Culture, Knud Viktor | Laisser un commentaire

 

« Car le silence n’existe pas… »

"Car le silence n'existe pas..." cette phrase souvent attribuée à John Cage, est aussi attribuable à Knud Viktor, modeste "peintre sonore" qui la prononçait fréquemment... tapi dans l'herbe ou juché sur les rochers du Lubéron, depuis lesquels il était, il est vrai, moins audible que le grand maître zen New-Yorkais, élève de Schoenberg, admirateur de Satie et de Duchamp et de Joyce, inventeur-du-piano-préparé, ami de Merce Cunningham, David Tudor, Klaus Schöning, etc.
C'est pourquoi ce titre s'est imposé pour l'article que je lui ai consacré dans le numéro 11 de la Revue Art Nord, parue en 2012 et dédiée aux artistes sonores du nord de l'Europe..(1). Une autre façon (radiophonique cette fois) de savoir si le silence existe ou s'il n'est qu'une vue de l'esprit, est d'écouter, demain 30 octobre, sur Radio Campus Paris, la nouvelle émission "Silence on coud" de la branche parisienne de l'Internationale-Bruitiste-et-Vocaliste  née à Arles en juillet 2012 et qui détourne les ondes de leur bon usage, sous le nom de code apparemment innocent et inoffensif de "La radio cousue main".

(1) toujours disponible sur commande à Phonurgia Nova, par Internet et dans les bonnes librairies d'art.

 
Publié dans Alessandro Bosetti, Ateliers de création, Knud Viktor, stages | Laisser un commentaire

 

Knud Viktor à podcaster

Nouveau rebond. Télérama (n° 3325 du 05 au 13 octobre), invite en page 160, à découvrir l'oeuvre de Knud Viktor et à podcaster l'émission que Thomas Baumgartner a consacrée au pionnier de l'art sonore dans son Atelier du son. "Un être émouvant, insatiable de sons vivants et vibrants qui, avec humilité, nous donnait à entendre ce que l'oreille ne pouvait voir" commente avec pertinence une auditrice de Bruxelles."

"Sa voix de mage était déjà sa signature sonore, une signature unique. On a beau dire et entendre, mais ça nous rend juste tristes, sa disparition furtive.. comme je regrette à chaque automne, l’extinction du doux “Hoot” de la chouette hulotte, au lointain dans la forêt des Hautes-Alpes. Chouette Knud…" écrit pour sa part, dans un autre commentaire sur ce blog, le compositeur Michel Redolfi.

 

Publié dans France Culture, Knud Viktor | Laisser un commentaire

 

Knud Viktor fait son nid dans les Nuits de France Culture

Ce n'est pas courant, et c'est à la mesure de l'émotion suscitée par la disparition au début de l'été, dans un total silence médiatique,  de celui que France 3 avait baptisé en 1979  Le Chantre du Luberon.

France Culture a donc décidé de bouleverser son programmes nocturne de demain pour faire re-surgir "la voix de mage" (l'expression très juste est du compositeur Michel Redolfi) et l'oeuvre furtive de l'artiste sonore danois-provençal, disparu le 10 juin dernier...,  auquel Libé consacrait cependant un papier, le 15 août, dans le creux de l'été,  bientôt suivi de deux émissions, l'une à l'initiative de Thomas Baumgartner, le 13 septembre dernier, sur France Culture, et l'autre le 20 septembre, signée de Thierry Génicot dans Oui-dire sur les ondes de la RTBF la Première (voir billets en date des 16 et 20 septembre sur ce blog).

Ce n'est pas courant, et ceci explique que vous ne trouverez pas, même avec de bons yeux, l'annonce des rediffusions suivantes dans les colonnes tassées des pages radio de Télérama  :  mercredi 25 septembre à 23h,  l'Atelier de la création met le cap sur le Sud du Luberon en proposant deux archives exceptionnelles, à podcaster et partager autour de vous :

1 /  Le monde insolite de Knud Viktor (1974) - durée 26'33
Documentaire de Michel Bichebois enregistré auprès du "berger danois", peintre et enregistreur de sons : sa "thébaïde", les enregistrements des bruits de la nature qu'il effectue de jour comme de nuit et qui lui ont inspiré des "peintures sonores".
2 / Photographie/phonographie (une émission de presque 10 ans postérieure, 1982), signée du jeune Jean-Loup Graton (qui venait du GRM pour atterrir à la direction de France Culture). Trente minutes de sons et d'entretiens que les archives de l'INA rangent étrangement dans la catégorie "musique électroacoustique". Un bien curieux classement à vrai dire, quand on sait la revendication têtue de Knud Viktor d'être considéré non comme musicien mais comme un... "peintre sonore"... Il faut admettre cependant, à la décharge des classificateurs hâtifs, que les "peintres du sonore" comme les "artistes du sonore" n'étaient pas légion en ce temps-là, et qu'il n'existait aucun vocable adéquat pour désigner une approche plus plasticienne que musicale des sons du réel, démarche qui aurait pu être qualifiée de "concrète" si ce terme n'avait été précisément pré-empté par les héritiers de Pierre Schaeffer. On se souvient qu'un peu plus tard, confronté à la même épineuse question du "genre de travail" qu'il effectuait en marge de la radio, Yann Paranthoën préféra lui aussi se définir comme "peintre" ou "sculpteur" puis finalement comme "tailleur de sons" pour échapper aux classifications musicales. C'est sous cet intitulé du reste que paraitra - d'abord dans la revue L'Autre Journal, puis en 1990, chez phonurgia nova éditions - Propos d'un tailleur de sons : son fameux entretien avec Alain Veinstein, qui tente de cerner une approche radiophonique du réel, qui elle aussi refuse de se laisser enfermer dans le champ lexical de la musique.

Cette seconde émission de la soirée tente donc de cerner cet "extra-terrestre musical", ce "mutant" (à l'évidence inclassable alors) qu'est Knud Viktor quand le jeune compositeur Jean-Loup Graton (accompagné de Madeleine Sola et de Michel Créïs) franchit le seuil de sa thébaïde provençale. Graton, visiblement très intrigué, l'interroge sur ses drôles de machines qu'il découvre entassées dans la pièce principale d'une bastide "en ruine", dressée dans la pinède, au débouché des Gorges du Régalon -  terrain d'investigation privilégié de l'artiste. Avec son beau phrasé nordique - d'une précision millimétrique - Knud répond au compositeur ébahi qui le toise : il y décrit et explique le fonctionnement  des appareils (micros, paraboles, console de spatialisation) qu'il a inventés et construits (un peu par la force des choses) pour capter des sons pour la plupart "inouïs" des bêtes et des insectes, qu'il fait peu à peu entrer dans sa série Images sonores, des tableaux de dimensions parfois "symphoniques", numérotés de 1 à 10, dont la "composition" a commencé en 1962. Des outils faits maison, tenus parfois par des bouts de ficelle ; des dispositifs techniques inusités, mais performants ; toujours "conçus sur mesure" pour répondre à des besoins précis, et devenus au fil du temps aussi indispensables à l'artiste sonore que la plume pour l'écrivain,  le boîtier pour le photographe ou la caméra du cinéaste. Il faut du reste rappeler que Knud fut aussi photographe, cinéaste (Truffaut lui offrit une caméra) et vidéaste : en témoigne sa Chambre d'images, une installation vidéo basée sur 4 écrans, formant une boîte géante dans laquelle le spectateur pénètre pour se retrouver confronté à la vision fantastique - et quelque peu kafkaïenne - d'insectes géants et muets qui l'observent du haut de leurs pattes. Une boîte à insecte inversée en somme, où le spectateur se trouve pris au piège, que les Provençaux purent découvrir - médusés - tout d'abord au Centre Culturel de Cavaillon en marge du Festival d'Avignon (en 1979 ou 80 ?), et dernièrement, durant l'été 2010,  à Digne-les-bains (04), où elle fut présentée par le Musée Gassendià l'initiative de Nadine Gomez, sa conservatrice, qui entreprend aujourd'hui l'inventaire de la production de cet artiste inclassable et rare. Une démarche de sauvegarde indispensable quand on sait d'une part que les supports divers de son oeuvre (pellicules, négatifs, tirages, mini-cassettes, bandes 1/4 de pouce stéréo et quadriphonique, bandes-vidéo analogiques, etc) sont périssables, et que d'autre part,  l'ermite Provençal n'a jamais eu  grand souci - c'est là un euphémisme - d'un archivage rigoureux de son travail ; toujours tendu vers le prochain projet à démarrer, l'expérience à poursuivre, et ce, jusque dans ses derniers jours, où il s'était équipé en son numérique (lequel comme chacun sait, ne va jamais sans déconvenues). Si les moyens financiers sont trouvés, un chantier de numérisation suivra cet inventaire, passage obligé d'un accès public futur à cette oeuvre insolite de celui que l'on retiendra demain peut-être (pas seulement à cause de ses origines nordiques), comme "le Van Gogh du son". Souhaitons que les institutions culturelles et les autorités politiques ne soient pas sourdes à cette urgence et facilitent la réalisation de ce qui s'annonce assurément comme un travail de... fourmi !

Marc Jacquin

 
Publié dans France Culture, Knud Viktor | Laisser un commentaire

 

j’ai mis un micro dans son terrier…

Après France Culture la semaine dernière (l'Atelier du son de Thomas Baumgartner),  la RTBF ce soir nous gratifie d'une émission en hommage à Knud Viktor disparu en juin dernier dans un grand silence radiophonique, phonographique et muséal.

C'est à Pascale Tison productrice de l'émission Par oui-dire sur La Première et au réalisateur sonore Thierry Génicot, auteur et activiste belge de la scène radiophonique créative depuis longtamps, que l'on doit cette belle initiative. Une émission charpentée, truffée de documents.

C'est ce soir de 22h05 à 23 h, mais en avant-première sur "Le Son fait art" le blog de phonurgia nova, qui aurait pu s'appeler... le son fait tôt ou tard !

Car le son fait toujours ce qu'il faut pour arriver jusqu'à l'oreille...

Ce programme exceptionnel sera ensuite disponible durant six semaines en écoute différée et téléchargeable en podcast sur le site www.rtbf.be en suivant ensuite les onglets : Radio / La Première / Emissions / Par ouï-dire / Knud Viktor, 200913.

A noter aussi que le périodique alternatif El Batia Moûrt Soû / Le Bateau Ivre publie dans sa livraison de ce mois de septembre 2013 un long article consacré à Knud Viktor. Si vous ne trouviez pas cette publication chez votre meilleur marchand de journaux, vous pourriez aisément commander votre exemplaire à peu de frais en contactant la rédaction par un simple courriel : poliartserge@yahoo.fr

Bonne écoute et bonne lecture !

 
Publié dans Knud Viktor, RTBF, Thierry Génicot | Laisser un commentaire

 

Knud Viktor for ever

L'émission spéciale Knud Viktor de Thomas Baumgartner est désormais en ligne sur le site de France Culture, qui rediffusera prochainement (le 25 septembre) plusieurs archives d'émissions consacrées à cet immense artiste auquel on commence (enfin !) à s'intéresser.

En attendant cette date, on peut se faire une petite idée du travail de Knud Viktor en parcourant les billets de ce blog publiés depuis 2009.

Ainsi, on pourra l'entendre ici évoquer Image 10, la dernière pièce de la série commencée en 1962,   dont un fragment figure, sous forme de CD, dans le catalogue de l'expo Chambres d'écho proposée en 2009 par Michèle Moutashar, alors conservatrice du Musée Réattu.
L'entendre encore, toujours en 2009, conduisant une visite à tâtons dans ce Musée. Une visite qui s'achève dans la Chambre d'écoute : un cocon ouaté,  dressé à l'aplomb du Rhône, que j'ai imaginé en 2007 en complicité avec le Musée pour accueillir les artistes sonores du monde entier, et que Christian Lacroix a superbement habillé de moquette en 2008, pour lui donner son visage définitif.

A lire : peu d'ouvrages sont consacrés à l'exceptionnel artiste danois qui vécut 50 ans dans le Luberon, sa deuxième patrie, dans une relative solitude adoucie par la fréquentation et l'observation patiente de la faune. Néanmoins on peut mentionner :

- un numéro récent de la revue d'art contemporain Semaine publiée par les éditions Analogues (excellente petite maison arlésienne) à l'occasion d'une présentation de La Chambre d'images, une installation vidéo de Knud Viktor, au Musée Gassendi de Digne.

le roman de Bertrand de la Peine publié en 2011 aux éditions de Minuit, dont le héros est un artiste-contemporain-danois-spécialiste-des installations-sonores, largement inspiré (avec la licence et la part d'amplification romanesque inévitables) par le personnage éminemment Van Goghien de Knud Viktor...  dépeint ici comme "un grand Vicking adepte de vodka et harengs aimant traquer les tâtonnements des taupes...", etc. Un roman qui se lit "tout ouïe" précise Télérama, qui, selon Le Monde, "se rit des outrances de l'art contemporain et de l'appétence des gens du nord pour le sud provençal..."

- un numéro spécial bilingue (11) de la revue Art Nord (Contemporary Art from the North) paru en 2012, et coordonné par Asdis Olafsdottir et Emeline Eudes, à l'occasion de l'exposition Horizonic dédiée aux artistes sonores du grand nord.

- la "nécro" publiée par Eric Loret (dans l'assourdissant silence culturel de l'été) en page 24 de Libération du 16 août 2013.

Disques : peu de titres édités à l'exception de deux 33 tours de Images sonores et de Image 6, sous-titrée La Symphonie du Luberon, parus sous le label L'Oiseau musicien, et qu'on voit parfois passer sur les sites de vent en ligne

Archives : mentionnons pour finir un assez grand nombre d'émissions en sommeil dans les archives de l'INA, produites par France Musique (du temps où Louis Dandrel en était le responsable) ou par France Culture (dans une moindre mesure)

Vidéo : signalons l'existence  d'une vidéo de France 3, filmée à Cheval Blanc en 1979 sous le titre de Le Chantre du Luberon, disponible depuis le début de l'année sur le site www.ina.fr

Cette liste n'est pas exhaustive et nous vous invitons à nous aider à la compléter.

M.J.

 
Publié dans Knud Viktor, La Chambre d'écoute, Musée Réattu | 2 commentaires

 

Knud Viktor commémoré dans l’Atelier du son

oeuvre photographique

@ Knud Viktor

Ce vendredi 13 septembre à 23h dans l'Atelier du son sur France Culture, il sera question de Knud Viktor, grand absent, depuis longtemps, des ondes et du disque. Thomas Baumgartner m'y reçoit pour évoquer la figure de l'artiste danois, pionnier de l'art sonore,  qui vint en Provence en 1962 pour peindre la lumière qui avait tant fasciné Van Gogh et fut - à son insu - "pris par le son", lequel ne le lâchât plus jusqu'à sa mort (le 10 juin dernier) dans sa 89ème année. "Ermite" (plaçons tout de même des guillemets) à l'écoute du Luberon, Knud Viktor, qui se définissait comme "peintre sonore" et non comme musicien, a ainsi consacré sa vie à enregistrer les sons de la Terre dans une oeuvre singulière qui inaugure, il y a plus de 50 ans, une approche plasticienne non musicale du sonore, et annonce un nouveau rivage de l'art : l'art sonore, dont la vitalité aujourd'hui saute aux oreilles. La rareté de ses apparitions publiques, ajoutée à sa quasi absence de l'édition phonographique et des collections publiques des musées, (à l'exception notable du Musée Gassendi à Digne-les-Bains qui possède 3 des cabines de son installation Allo, la Terre ? et de la Ville de Melle en Poitou-Charente, proche du Futuroscope, qui lui a commandé une installation de grande dimension, toujours audible dans les mines d'argent), font de lui un artiste "connu des artistes" mais largement inconnu du grand public.

Marc Jacquin

 

 
Publié dans France Culture, Knud Viktor, La Chambre d'écoute | Laisser un commentaire

 

L’oreille rebondit

La revue de presse du 16/08 de Laetitia Gayet sur France Inter cite Libération (qui cite phonurgia nova) pour regretter "la disparition du Danois Knud Viktor". C'est un joli quizz audio, situé dans la dernière minute de la revue.

 
Publié dans Knud Viktor | Laisser un commentaire

 

L’oreille éberluée

Agile comme l'écureuil, l'âme de Knud Viktor s'est hissée ce matin dans les hautes branches des pages culture de Libération et jusque dans la revue de presse de France Inter. Un conservateur de musée était-il à l'écoute ? Rêvons avec lui...  d'un terrier-musée qui réunirait son bestiaire sonore, son oeuvre photographique solaire et ventée, et ses films  ! Où donc est ce terrier ? Sur Mars ?

 

 

Publié dans Knud Viktor | Laisser un commentaire

 

 

le peintre sonore a rangé ses micros

 

musée Réattu, Chambre d'écoute

Knud Victor, est parti. Mais les cigales, particulièrement volubiles cet été, se souviendront de lui et nous avec elles.

Sa notoriété est déjà grande, mais son oeuvre de "peintre sonore" reste à découvrir.
Né en 1924 à Copenhague, « pris par le son » en 1962, ainsi qu'il me l'expliqua, alors qu’il venait dans le Midi pour peindre la lumière qui avait fasciné Van Gogh, il est parfois considéré comme le « père » du Field Recording.
Désargenté, inventant par nécessité ses propres outils de capture sonore à partir de composants électroniques et d'ustensiles récupérés dans la Durance, posant son atelier dans une ancienne bergerie du Luberon sur la commune de Cheval Blanc (Vaucluse), il a vécu et travaillé là pendant près de 50 ans, le plus longtemps en solitaire, à la manière d'un ermite, dans une osmose grandissante avec la nature sauvage qui l'entourait.

Son œuvre sonore porte  sur l'observation de ce coin de nature dont il décide très vite de faire son studio, un studio phonographique et photographique à ciel ouvert  : à partir de là il consacre son temps (et finalement sa vie) à enregistrer et à filmer l’imperceptible (la vie secrète des insectes,  le rêve du lapin au fond de son terrier,  l'activité des frelons invités dans sa maison), l'infinitésimal (l'action lente et obstinée de l'érosion, les mouvements des vers dans le fruit ou dans le bois) et l’éphémère (le cycle des saisons, la mue de la cigale). C’est en poète émerveillé par cet opéra naturel, plus qu’en entomologiste ou géologue qu’il mène ses explorations, avec une ingéniosité technique et une persévérance hors du commun.

Il est important de souligner que sa série « Image sonore » commencée en 1963, précède le travail sur le « paysage sonore » initié par Luc Ferrari souvent considéré pourtant comme précurseur en ce domaine.

 

Hélas, très peu de titres de son catalogue sont disponibles pour le public car peu ont été édités (deux vinyles pressés en 1972 par le label L’Oiseau-musicien, introuvables sauf chez les collectionneurs, aucun CD par la suite, sauf une édition "pirate"), ce qui paradoxalement n'a pas nui à sa renommée. C’est principalement la radio  de service public – singulièrement France Culture et France Musique – qui l’a fait connaître, dans les années 70 et 80. Grâce notamment à la vigilance de Louis Dandrel et à Laure Adler. Plus tard, dans les années 2000, la Ville de Melle (Haute-Garonne) lui a commandé deux installations, les seules à ce jour toujours audibles : « Eclats d’argent » et « Allo la Terre ». La première est présentée dans une ancienne mine d’argent. La seconde s’écoute dans trois cabines téléphoniques alimentées par l’énergie solaire, trois niches écologiques. En décrochant le combiné, on communique avec des rythmes de vie en pleine activité : un lapin qui rêve, ronfle et soupire ; le chant d’amour des mouches de vinaigrier ; deux escargots qui mastiquent leur salade. Le musée d'art contemporain de Digne (Alpes de Haute-Provence) possède aussi trois de ses cabines.
En 2009, le musée Réattu d’Arles publie  « Chambre d’écho » (le catalogue de l’exposition éponyme dans laquelle sa "Symphonie du Luberon" est présentée conjointement avec 10 "sons de la terre"), ouvrage dans lequel est inséré un CD contenant un extrait de " Image 10" - une pièce étonnante sur l’érosion qui clôture la série inaugurée en 1963.
Bien que très rarement diffusée, son oeuvre jouit d'une aura importante, s'étendant hors de nos frontières. Sa démarche pionnière - que les praticiens de la musique concrète ont d’abord regardé de haut parce qu'elle tourne le dos à l'idée de composition – est maintenant une évidence pour tous les artistes du monde qui s'intéressent au sonore dans sa globalité, sans présupposé musical.

 

Les historiens de l'art devront se pencher sur Knud Viktor pour lui faire une vraie place, comme le fit récemment la très belle exposition itinérante "Horizonic"  venue d'Islande et accueillie en France par l'école des beaux-arts de Caen. En attendant, il faut faire circuler son nom et son oeuvre, pour que ses cigales ne se taisent jamais.

 

Demain mardi, en fin d'après-midi, ses proches et ses amis lui rendront hommage dans le Vaucluse, à Cheval-Blanc, dans ce lieu d'une grande beauté qu'il habitait et duquel il a tiré la substance sonore et visuelle de toute son oeuvre. On trouvera des précisions sur cette cérémonie sur la page Facebook ouverte récemment par ses enfants, Kamilla et Mark (ce dernier, ingénieur du son).

 

France Culture annonce qu'elle lui rendra hommage à la rentrée en rediffusant l'une des émissions dont ses archives gardent trace. Mais les émissions passent et les sons trépassent... Rêvons maintenant d'un musée où sa patiente collecte trouverait refuge... Il doit bien exister quelque part en Provence un conservateur imaginatif et volontaire, faisant fi des cloisonnements académiques et des obstacles administratifs, prêt à accueillir l'oeuvre unique du pionnier ? Quelle ville - ou quel village - du Luberon qu'il à tant aimé offrira à Knud Viktor sa première "Chambre d'écoute" ?

 

Marc Jacquin

21:00 31/12/2013 | Lien permanent | Tags : arts, muse-hic |  Facebook

allez, hein, c'est qu'un mauvais moment à penser...

là, https://archive.org/details/LuisAnteroJay-deaLopez-TimePa..., des ondes captant le temps qui passe...
avec toi et/ou toi, cette année, j'ai:

aimé traverser un pont, pris le temps de mater un lynx, joui, été tatouée, appris une option de sérendipité, écrit un morceau de texte inabouti, détesté un aéroport, mangé un pastei de nata de dieu, changé la litière des chats, changé une serrure, serré une main douce entre les miennes, cru en l'avenir, mangé des boulettes à la marocaine épicées, reçu des biscuits russes, fait rire trois enfants dont deux blonds dont trois aux yeux bleus, écouté de la musique qui fait bouger le cul sans  cesse, animé un débat sur l'entrée en écriture, gardé mon sang froid, vibré de la culotte, senti un degré supplémentaire de culpabilité ancestrale, pêté une durite et un plomb, amplifié une colère juste, allumé mon feu intérieur avec le souffle de Colin http://www.blogotheque.net/2013/04/30/colin-stetson-3/, écouté un sublime moment de silence, subi un concert mort, dansé devant des lesbiennes metalliques, bouffé une pizza démente, dit oui, répondu non par principe, assimilé le mal, rencontré Lily La Tigresse, vu le diable dans des détails, appris un truc, mâché un chewing gum fraise menthe, franchi un cap, débouché un évier, raconté des conneries de filles écervelées, ri en Alsace, grignoté un sentier, visité une bonneterie, appréhendé la douleur des retours, vécu mieux, su ce que je ne voulais pas devenir, écouté ça http://www.subrosa.net/en/catalogue/electronics/alireza-m... et cru en l'impermanence, comparé HEMA à Monoprix, parlé de la chance d'être noir/black, adoré Pigalle, combattu un moulin, mangé un grillon gaumais, viré mes écoutilles, perdu le sens de ma voix, pleuré comme jamais, revêtu mon habit de bile noire, trempé mon séant dans une baignoire à pieds de lion, bu trop de mojitos dans un bar à salsa (comme quoi), senti mes seins comme des volcans, figuré que tout était vain, mis une culotte sans penser au soir, épilé mes sourcils au fil rouge, vagabondé un creux de nuit, vu un ragondin enflé d'eau flotter sur son dos, visité un château de cartes, compris la notion d'Apocalypse rédemptrice, fugué, subi une crise d'angoisse de premier ordre, pêché ou péché, eu envie de fuir, cru que j'allais te quitter pour de bon, vérifié qui était derrière tous ces complots, applati mon ego, longé le cours d'eau qui n'était plus que ru, abattu des parois, rêvé de retirer du quickstep, projeté y vivre, bronzé sur ta terrasse de rotin, senti la poussière, observé comment on isole un grenier, senti la main de ton nouveau né contre ma glotte, pris un billet d'avion pour le Burkina Faso, animé un autre et un autre atelier, envoyé tout chambouler, regardé comment tu faisais pour être naïf, utilisé l'huile de tournesol plutôt que l'huile de colza, gémi de gêne, énoncé un projet sans me confondre, embrassé ta calvitie, goûté à ton foie gras trop cuit, collectionné des natugraphies, menti pour ma bonne cause, pas répondu à ton SMS qui disait la mort de ta mère, écouté la symphonie des grillons (pas mangés eux), fêté mes 38 ans, lesté ma perte, vrillé ma cellulite, donné du temps pour se dire, dit pardon, pensé à revenir à l'enfance, usurpé une identité, signé un arrêt d'épagneule bretonne, juré de ne plus m'y attarder, joué avec la suprématie du monde, rigolé de mes ventres, écrit, écrit un peu plus, lu Lettre à Helga, humé le jus de ton corps, sali mes draps, filé doux, durci mes yeux, bordé tes tempes contre mes lèvres, senti le roussi, saigné, pissé du haut des marches d'une roulotte, cuit des potirons comme des citrouilles, brûlé l'intérieur de mes cuisses en marchant sous le chaud, charmé un vieux con, cassé un ongle rouge, estimé le temps de pause, compris, vécu, aimé, perdu, appris...

merci.

à bientôt

Emmeline

juillet 2012 02.jpg

20:31 31/12/2013 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

29
déc

Résumé de la 43ème Soirée Filles avec un Cerveau (chacune) du 27 décembre 2013 @ Sophie's / Daphné's / Adèle's.

Merci (ad lib).

 

Résumé de la 43ème soirée filles avec un cerveau (chacune) – 27 décembre 2013 @ Sophie’s, Daphné’s, Adèle’s… (et les hommes de la maison, absents mais consentants).


Chaque fois que c’est gris et/ou souligné, c’est qu’un lien vers quelque chose attend son clic… cliquez donc et hop, le monde s’ouvre.

girlz

Adèle : Henry Bauchau, passeur d’espérance

Parfois je me réveille avec un goût d’écorce
en bouche, un goût qui vient de la montée des sèves.
Peut-être ai-je connu un grand bonheur là-haut
et dormi dans la cérémonie des branchages
quand se faisait l’accouplement des eaux du ciel
après l’hiver velu dans le tronc paternel.
Peut-être dans l’enfance ou sa vaine poursuite
peut-être en ce délaissement de la lumière
ai-je entendu cela qui me dit à voix basse :
n’espère plus. Tiens-toi ferme dans le silence.
Alors de rien, ainsi qu’un saut de truite à l’aube
je bondirai dans l’espérance, un bel instant.
Peut-être étant sorti du cercle de la lampe
dormeur, ai-je touché la trame de la nuit.
Peut-être ai-je entendu celle qui m’a guidé
depuis l’eau tendre et maternelle, par les fleuves
du temps griffu, vers le lieu où l’on doit se rendre,
disant : il ne faut plus vouloir. A quoi bon !
Être ou vouloir, telle est la question qui se pose (…)

In Géologie, 1958, dans Poésie complète, © Actes Sud, 2009, p 13, extraits

Zoélie :

            Morceau de Geminiani joué à la flûte à bec.

Auréanne :

            Un livre coquille Saint-Jacques des artistes Sylvie Durbec & Natalie GuenSmouroute…

girlz
Alice :

La paralysie du sommeil ou comment trouver des pistes et des réponses… Entre rêve lucide et injonction paranormale ? Reconnaître pour mieux (se) connaître.
Cf. LE MOUVEMENT RÉGÉNÉRATEUR (Katsugen-undo ou seitaï), lequel se pratique par la suspension momentanée du système volontaire.

Sophie M. :

               Geoffrey Gurrumul Yunupingu avec lumières, flammes, bougies, danses, verre blanc cassé, regards et sourires.
Cf. Lhasa, aussi.
girlz

Anne-So. :

            Une journée type en SMS ou comment parler vrai ou faux à travers la langue virtuelle, distanciée… invitation aux quiproquos, aux confusions des genres… relation épistolaire hachée en syncopes et silences.

Isabelle :

         Violoncelle, archet, souffle, bois, vents, craquements, silences, reprises, dehors, dedans, oxymorons.

Linda :

L’amour est le plus beau dialogue de sourds (ULV – 2001) – correspondance(s) avec Marcel Moreau ou comment tuer l’auteur, le père, le vieux et aimer eux et leur contraire… lettres. Tout a commencé comme un jeu, un défi : s'écrire cent lettres autour de l'amour et de l'écriture. Linda Lewkowicz, une écrivain multiforme, écrit à Marcel Moreau, un monstre de l'écriture. Dix mois de correspondance entre la réalité et la fiction, l'insulte et la louange, la séduction et le rejet, la rencontre et la non-rencontre.

Cf : docu de Linda autour de l’illettrisme… podcast de la RTBF

Daphné :

 Court texte de Jean-Luc Lagarce sur les lieux de création : «Nous devons préserver les lieux de la création, les lieux du luxe et de la pensée, les lieux du superficiel, les lieux de l'invention de ce qui n'existe pas encore, les lieux de l'interrogation d'hier, les lieux du questionnement. Ils sont notre belle propriété, nos maisons, à tous et à chacun. Les impressionnants bâtiments de la certitude définitive, nous n'en manquons pas, cessons d'en construire. La commémoration elle aussi peut être vivante, le souvenir aussi peut être joyeux ou terrible.» Jean-Luc Lagarce, in Du Luxe et de l'impuissance (Les Solitaires Intempestifs, 2000) autour d’une question primordiale de Daphné… Lieux de pensées, de créations, d’élans – questions de générations ? de désespoir ? de précarité ? qui veut créer ensemble ? faire symbiose sans amalgame ?...

Célestine :
            Amour et passion du stylisme – créer et s’entourer des dessins, des peintures, des assemblages et faire son tracé, propre à soi.

Florence N. :

Extrait d’un roman en cours… ciselage et mise en avant de ce roman, lequel, dorénavant, sera terminé bientôt (échéance à définir).
&
revue Dyptique
girlz

Cf.  La Supplication, Svetlana Alexievitch,Lattès & Le Cycliste de Tchernobyl, Javier Sebastián,Métaillé.

Florence / Firenze :

            Le souvenir d’un livre… les impressions sans les raisons, l’expression des sentiments sans le souvenir exact… Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier. Ne pas (encore) replonger pour laisser la Madeleine intacte.

Caroline :

            Rencontre, amies, liaisons évidentes. Venir et découvrir. Relier.

Nathalie :

            Escarpins à paillettes… Cadeau d’une fille à sa mère dans une famille où les mères, les filles, les grand-mères entretiennent une passion pour les chaussures.

Cf. Les Rougisseurs récoltent dès à présent des CHAUSSURES ROUGES, en vue de leur résidence à La Fabrique de Théâtre à La Bouverie/Frameries en Hainaut/Belgique du 14 février au 2 mars 2014

Paloma :

            Chant des grillons en deux temps, gammes de nature. Le compositeur Jim Wilson a enregistré le chant des grillons et ralenti l'enregistrement. Cet enregistrement contient deux pistes audio en même temps: Le premier est le son naturel des grillons joué à  vitesse normale tandis que la seconde est la version ralentie du son des grillons. Que ce soit un hoax ou pas, l’idée de cette possibilité est autrement plus enchanteresse.
Cf. Phaune Radio

Pascale:

« Une histoire brûlante, personnelle de syndicaliste sans contrat » ni respect des règles fondamentales du travail et de la collaboration. Argent trop cher ? Quota féminin et raison du plus « fort » ? girlz
Et puis l’aventure humaine trop commune… et aussi, transmission de mère en fille en…

Cf. Bruno LatourModes d’existence

Emilie :

         Voix / voie. Chanter pour être avec. Rencontre pour Daphné. Et Sebben crudele… à capela.

Barbara :

Une vidéo de soi aux autres et d’autres à elle. Intime exposé, amitiés amplifiées. Photographies, vidéos, images intérieures et autres chemins de montrer.

Nathalie :

       girlz     Tall Girls … le documentaire mais la condition des femmes grandes… trop ou pas assez, encore l’équation des tailles et des priorités.

Cf. Hors cadre de Laurence Bibot


Caroline 
(était là mais n’a pas eu le temps de présenter):        

Le livre de la pauvreté et de la mort de Rainer Maria Rilke- en écoute ici

Milady :

            L’after performance « tattoo me, meeting you » (22/12/2013) ou comment la peau couturée a ouvert les combles. Perpétuation du lien jusqu’à un infini dévorant. L’après comme un avant. Difficulté du lien aux autres avec la naïve découverte d’être parmi les autres, quand bien même. Et l’encre comme fil rouge. girlz

Cf. Dévore-moi.

Prochaine au printemps, entre Bruxelles et le Boutan.

Illustrations dans le désordre d'apparition:

  • Eric Drooker, Loisaida, 1995
  • Déchirure de ??
  • Model Jean Shore displays the interior pockets lining a survival jacket, designed to contain every possible item that may be required for urban survival after an atomic bomb blast, 1950
  • Lee Materazzi
  • levitation de Miguel Aguilar

etc.

22:49 29/12/2013 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

Red Red Feet

 

Dans le cadre de INDIVIDU(ELLES) / PLURI(ELLES) /Evénement ¦  120’ @ La Fabrique de Théâtre & Journée internationale des femmes

Red Red Feet
- Ve 7 MARS 19:30

Avec: Nathalie Capart, Muriel Clairembourg, Inès Dubuisson, Judith Faraoni, Bwanga Pilipili, Milady Renoir, Valerie Vanhoutvinck et les habitants de La Bouverie

Mise en scène : Valerie Vanhoutvinck 

Production : Les Rougisseurs

RED RED FEET by Les RougisseurS interroge avant toute chose le rapport des filles et femmes à leurs chaussures. Comment leurs corps, mouvements, états intimes, postures, croyances, manières d'être, façon d'agir, marches, reculs, avancées, inconfort, équilibres, démarches ...se construisent autour du port de l’un ou l'autre soulier.

Au-delà de ces aspects organiques, RED RED FEET veut explorer la mémoire de La Bouverie/Frameries liée aux industries, fabriques, écoles, ateliers et commerces de chaussures très présents sur le territoire jusque dans les années 70.

Le processus et les dispositifs (collectes de paroles, manne à mots, portes à portes, récoltes de chaussures, travail de mouvements, de mise en langage, d’écriture…) donnent lieu à une installation en 7 points dans la cour de la Fabrique le vendredi 7 mars.

Installation poético-participative.

rougisseurs collecte.png

21:39 29/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook

deux plus un égale deux

les fins d'années et les boulets de canon dans le coeur, à force de bilans, d'élans et d'envies d'en finir et d'en commencer, voilà qu'on s'y met malgré soi.

J'ai compris ces dernières semaines comment être deux s'applique. Il ne suffit pas d'avoir été deux pour faire un troisième et de dire, on a été deux et celui qu'on a fait sera le troisième.
Au delà de ce qui arrive aux deux du début, le troisième arrive, d'accord et c'est une équation à sans cesse reconsidérer. On le sait.
La vie, banale ou singulière la vie, on l'adapte avec son quotidien et ses projections d'avenir de sorte que soi vive, survive, avive, avise, révise en fonction de l'autre qui est sorti de soi. celui pour qui on fait, on est, on a.
On pense que c'est un (soi) plus un (l'autre, "petit") et que le deux n'est adéquat que dans les relations amoureuses, qu'elles soient horizontales ou pyramidales, que ce second, troisième arrivé, est un apprenti, un particulier mais pas un égal dans la place qu'il prend, veut prendre dans sa vie.
Et puis, voilà, à un moment, ça marche pas le un plus un avec celui là - qui ressemble à l'autre mais le différencie par sa nouveauté, son entièreté et l'identité qu'il acquiert en grandissant, justement à côté de soi - et il faut ajuster le nombre à deux, un plus un.
Je décide lentement d'être à parts égales avec ce petit de moi, à lui et à moi, en lui et en moi, d'être dans un système binaire, qui alterne selon les moyens et les moments. Lui est. Je suis. Nous sommes.
C'est con d'avoir l'évidence lente... mais je l'écris ici pour marquer mon coup.

2013 dec 006.JPG

18:15 29/12/2013 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

26
déc

Eveilleuse...

Champ libre (2/4) : « Michèle Reverbel, l’éveilleuse d’écriture » 3

24.09.2013 - 17:00 Ajouter à ma liste de lecture

Un documentaire d'Emily Vallat et Anna Szmuc

 

Quelques courriers reçus par Michèle Reverbel © Georges Tho

Pendant 35 ans, Michèle Reverbel, écrivain public n’a cessé d’agir contre l’exclusion, par l’écrit. Après s’être installée à Valence, comme écrivain public en 1978, elle décide de devenir « éveilleuse d’écriture », et part sillonner la France, à la rencontre de tous ceux qui n’écrivent pas ou plus : au bas des immeubles et sur les plages, dans les gares, les prisons, les hôpitaux psychiatriques, les maisons de retraite, les écoles ou les usines.

Des centaines de « présences d’écriture », lors desquelles Michèle Reverbel dresse son petit décor, excitant l’imagination ou la féérie - coffre, papiers et encres multicolores, plumes d’oies ou d’autruches – pour donner envie d’écrire, sans contraintes, ni corrections.

Pour cette militante, écrire est un acte physique, social et de création. Ecrire c’est s’inscrire, c’est exister, offrir son temps, sa trace, son identité. Envoyer une lettre à quelqu’un, c’est « le plus beau cadeau que l’on puisse faire ».

Michèle Reverbel vit aujourd’hui, à Uzès dans le Gard ; collectionneuse d’art postal et d’objets d’écriture, elle a aussi gardé toutes les traces anonymes recueillies lors de ses interventions ainsi que de belles et longues correspondances : les lettres de Clément Porre, jeune homme rencontré à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu à Lyon, milliers de lettres de Marguerite, institutrice à la retraite, ou encore courriers reçus depuis 25 ans de l’artiste et graveur Jean Kohen. Une collection unique, dont le Musée de la Poste a acquis une grande partie en 2012.

Alors que la lutte contre l’illettrisme a été déclarée « Grande cause nationale » cette année, retour sur la trajectoire hors du commun et la démarche novatrice de cette « éveilleuse d’écriture ».

 

 

Avec :

Michèle Reverbel, éveilleuse d’écriture

Mireille Vallat, ancienne bibliothécaire à Uzès

Jean Kohen, artiste graveur

Chantal Raynaud, chargée de conservation au Musée de la Poste.

Archive INA : Emission « Grand Angle » du 11 janvier 1997, Jean Lecourt, psychologue.


Production : Emily Vallat

Réalisation : Anna Szmuc

Prise de son : Georges Tho


Galerie : Michèle Reverbel, éveilleuse d'écriture

20 photos
 
 

22:47 26/12/2013 | Lien permanent | Tags : place net |  Facebook

Noël 2011 - archive irrationnelle

hydrophiles mai 09.JPG2011...


"Vendredi matin, hier, départ prévu en voiture de Bruxelles à Saint Paul, en Corrèze. (près de Tulle où François de Holland trône).
D'abord, la voiture (prêtée par ma grand-mère, immatriculée en France) a été emmenée à la fourrière parce que garée sur un des emplacements des ambulants du marché du vendredi, ce marché pourri au dessus de ma rue. 
Un flic sympa, petit et chauve comme de Funès mais plutôt de Tunis me rend service, esprit de noël ou amour de son prochain aidant. Je n'aurais pas besoin de papier de ma grand-mère, il me fait une fleur et me donne le document de délivrance du véhicule grâce à mon sourire pétri d'embarras de la situation et à sa volonté d'en finir avec sa journée de merde... peut-être était-il juste un bon samaritain coincé dans un uniforme. 

Une marche jusqu'à la déchetterie et 202 euros de moins plus tard... nous partons. Juste Cassius et moi (...).
Cassius chante et crie, nous pleurons tous un peu. Cassius et moi partons. Entre des non décisions et quelques non dits. ça, c'est dit. On y va. En route vers les Mamies.

Nous roulons longtemps, le simple fait de quitter le Brabant nous prend 1h... des poids lourds comme des plaies d’Égypte... par dizaines. La pluie, fine mais lourde. Cassius anime ses marionnettes, construit des objets futiles en Lego, me sourit quand je me retourne, entre deux dépassements de gros culs. Partis de Bruxelles à 12h03 plutôt qu'à 9h.
A 19h, Cassius s'endort, et je crains de faire pareil. Café, froid, vent, marche autour d'une poubelle de station service, musiques fortes et/ou chantantes, je suis fatiguée. Je n'ai pas envie de conduire. Je voudrais trouver un espace et un temps hors du monde, avec Cassius. Ne pas avoir d'urgence, d'obligation, de besoin.

Finalement, à 20h45, je me dis, encore 20 kms maximum et je m'arrête n'importe où. Nous passerons la nuit dans la voiture. 
16 kms plus loin, la Charité sur Loire. La Charité, un des plus beaux devoirs et des meilleurs droits. 
La Loire, mon fleuve favori, celui des bancs de sable, des arrachis, des ponts fortifiés... un fleuve que je connais bien. Et il s'avère que la C. s/Loire est une ville du livre... http://www.lacharitesurloire-tourisme.com/  (Lors de la guerre de Cent ans, Jeanne d’Arc tentera de prendre la ville, elle échouera face au redoutable Périnnet Gressard. Cette seule défaite lui sera reprochée lors de son jugement, « une envoyée de Dieu n’aurait connu aucune défaite ».)

Les deux hôtels à l'entrée de la ville sont fermés. Le troisième: des gens dans le resto de l'hôtel. Je tape mes clés sur la vitre. On n'entend rien, ou on m'ignore. Il pleut fort, j'ai oublié mon manteau à Bruxelles. Cassius dort dans la voiture. La proprio entrouvre la porte. On est fermé. Ah désolée, j'ai vu des gens dans le resto... n'est-il pas possible d'avoir une chambre pour mon petit garçon et moi?non, nous sommes fermés. Pour le prouver, elle referme la porte vitrée, tire le rideau orange et sort de la cuisine, deux grands plats de nourriture (heureusement, nous n'avions pas faim sinon, j'aurais refilé le scénario aux Frères Dardenne (rien à voir avec Michel Daerden, (http://www.youtube.com/watch?v=pBR2jL0lzoE) hein). 

Tant pis, la C. s/Loire n'allait pas être un de ces villages étapes que j'affectionne... Villedieu les Poêles il y a deux ans... Magnac Bourg l'an passé. Des expériences denses et douces. Je quitte la ville et passe sur un pont. 
En me retournant, je remarque un parking tranquille au bord de l'eau. Des arbres, quelques réverbères et un petit parc pour enfant aménagé. Ce serait notre espace de nuit. Demi tour. Je me gare et abaisse mon siège. 
Dans le rétroviseur, une lumière se reflète. Quelqu'un a allumé la lumière à l'extérieur de la maison. Je remarque de suite la coquille Saint Jacques sur le frontispice, éclairé par un spot blanc. Une dame en chaussons, sous un châle sort. Je comprends qu'elle vient vers moi. 
(...)
Ira Schultz a ouvert sa porte, a servi deux parts de gâteau au chocolat, un chocolat chaud à Cassius, un thé citron pour moi. Elle nous propose la chambre du premier. C'est la maison de la Loire http://maison-loire.de/, une maison d'hôte sur le chemin de Compostelle. Ira mentionne son choc d'entendre parler de génocide(s) made in Guéant, Kurdes et Algériens... Elle aime lire l'Histoire et mentionne d'emblée ceci:http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_franco-ottomane. Puis, sans cesser de montrer des jouets de bois de l'Erzgebirge (connu depuis le XVIIè siècle.  Ils sont depuis cette époque toujours fabriqués en Allemagne et à la main, dans cette région de Thuringe dont le centre Sonneberg a longtemps eu la réputation de ville mondiale du jouethttp://www.museedujouet.eu/index.php/jouet/afficherleblog...) à Cassius, lequel finit par lui faire un câlin sur les genoux, Ira se dit, parle, écoute, questionne... Je suis poète, elle aime bien ça.

Ira écrit on récit de vieS. Sa famille a quitté l'Allemagne en 1933, certains ont 'échoué' en Afrique du Sud, en France et aux Etats Unis. Elle dit être la dernière à connaître les liens entre les morts, les vivants de sa famille, qu'elle doit raconter, écrire, faire savoir. Elle travaille dans le médical et aide des personnes âgés, du haut de ses 68-71 ans (je pense), elle crée des tables de conversations qui ont lieu tous les vendredis, elle participe à l'élaboration d'archives socio-culturelles du patrimoine historique de la région, elle est amie avec la directrice du Musée Bibractehttp://www.bibracte.fr/index.php?langue=fr et me parle des découvertes faites dans la région sur les mets raffinés que les Gaulois cuisinaient, elle précise aussi les influences botaniques des savoirs des druides sur la pharmacopée locale et son influence sur la recherche scientifique actuelle.
 Épuisés, Cassius et moi dormons dans ce lit du premier étage, sous un énooooorme édredon recouvert de dentelle de lin... Enfin, nous nous endormons devant Peter Pan. moi d'abord, Cassius ensuite. Nous n'avons plus dormi ensemble, tous les deux depuis trop longtemps. La chaleur de son dos, ses doigts tournicotant dans ses cheveux, son index dans la bouche qu'il suce parce qu'il rêve et ses pieds contre ma cuisse feront que je dormirais que trop peu mais veillerai si doux, si bon. 

8h10. On entend la Loire mener sa vie. Le chuchotement de Henry, le fils d'Ira, avive notre réveil. Cassius descend avant moi car Ira lui a promis la veille, que son fils, Henry, allumerait les bougies du manège de Noël (voir photo). Henry allume les 6 bougies et la manège tourne. Les rois mages et Marie, Joseph et le petit saucisson emmitouflé de Jésus au RDC, les berges et leurs brebis au 1er et les anges de la renommée en haut de la tour, sous les hélices du manège. La magie opère, Cassius hallucine. Un petit déjeuner est servi dans des assiettes de Brême, des sous assiettes et sous bols en argent, des Nussknackers en bois du XIXe. siècle autour de la couronne de l'Avent sur la table. Le sapin (faux mais bien vert) est recouvert de boules, de santons, d'objets qui viennent d'Iran, de Chine, de Turquie et de Grèce, pays où Ira et son défunt mari ont vécu. Enfin, son mari était grec, né à Constantinople. Ils ont vécu sur un bateau dans les Cyclades pendant dix ans... Ira collectionne les grands tableaux de scènes bibliques ou d'inspiration... les poêles réchauffent nos langues, nous parlons des mythes, des cycles et des traditions. Elle montre des objets, des meubles (ici, une bibliothèque de design scandinave, une armoire française, un banc sculpté de Prusse, des runes d'or, des sous verres de Téhéran... et des livres d'histoire et d'architecture en allemand (Henry est architecte). Tout est vieux, chargé, doux. La lumière n'est pas encore entrée et nous sommes dans la grotte de Bethléem. Il me manque un châle bleu ciel. Cassius n'est pas circoncis. Sinon, nous serions des avatars d'une histoire (en constante adaptation) vieille de 2011 ans.  

Ira se raconte un peu. Elle passe un 33T de Mireille Mathieu qui chante des chants de Noël en allemand... Ira chante fort. Cassius touche à tout, rit de tout et s'assied sur les genoux d'Ira. Et il n'y a pas que la convoitise vers le calendrier de l'avent duquel Henry a presque tout mangé les chocolats qui le maintient intéressé. C'est Noël. Elle insiste pour que nous appelions ma mère, M. ... je suis sûre qu'elle a le numéro de Dieu, d'un dieu.

Je visite le reste de la maison, Cassius montre à Ira comment faire pipi, comment fermer une porte, comment allumer une bougie. Et comment ouvrir les petites portes en carton du calendrier de l'avant qu'il ne cesse de "ranger", de remettre à sa place.

Nous sommes partis vers 11h, sans envie de quitter l'esprit de la maison. Ira m'a tenue la main de la maison à la voiture. Elle avait depuis le matin aidé un voisin à appeler un autre voisin et renseigné un passant perdu sur le chemin de l'hôpital en lui permettant de téléphoner de chez elle. 
J'offre des pâtes de fruits (bio), un peu de massepain pour Henry. et je paie 40 euros. Nous nous embrassons, elle caresse mon dos... mieux qu'une séance de Reïki.

Nous levons le camp, sans oublier de passer par la Confiserie du Prieuré où nous achetons des Faïencettes et du thé Sweet Granny pour les mamies. Des librairies jalonnent notre petite promenade. Sous un soleil blanc et chaud. La route vers Saint Paul trace encore quelques lignes. Bourges, Châteauroux, puis l'A20 jusqu'à Tulle. Encore 60 kms, Cassius s'endort. Je suis pressée d'arriver chez Anne-Marie et ma mère. Luna, Rêve et Carrie, les chiennes nous accueillent. Cassius est enfin avec ses mamies, y compris son arrière grand-mère. Nous relatons le périple, du noir au gris, du gris au blanc. 

Comment aurions-nous pu savoir que c'est à la Charité sur Loire que ma grand-mère, alors âgée de 10 ans, accompagnée de son oncle et de sa mère (qui allait mourir 4 ans plus tard, foudroyée de peur sur un quai de la gare de Pont sur Yonne) connaissait très bien le puits et une maison avec un grand porche près de l'église de la ville. Cette même église que Cassius et moi avons visitée et qui s'apprêtait à accueillir la messe de minuit (qui était prévue à 20h) avec la répétition de la naissance de Jésus avec des enfants de 6 à 12 ans, habillés en moutons, âne, bergers, Joseph et Marie (laquelle secouait d'ailleurs fortement le poupon qui devait servir d'ersatz à l'enfant divin). 
Comment aurais-pu savoir que lors de l'exode, pour échapper aux Allemands, ma grand-mère, sa mère et le frère de sa mère, fuyaient dans un Paccar. Ma grand-mère, assise sur un réservoir de 200L de pétrole, au milieu des bombardements, avait du sauter à plusieurs reprises du camion. Une fois, elle avait sauté dans des "toilettes publiques", à savoir les fossés des chemins enflés de merdes, de diarrhées (famine et ...) pour se cacher. 
C'est à Charité sur Loire qu'elle et sa mère ont caché l'oncle sous un matelas près de ce puits, dans un recoin derrière ce porche de cette maison qui avait été squattée/pillée par des français en exode, profitant d'une maison abandonnée par ses habitants eux-mêmes partis avant eux. C'est à Charité que mon grand grand oncle a été sauvé, bien caché, (il n'a pas bronché quand les Allemands ont tapé le matelas avec leurs fusils, de toute façon, y avait trop de détritus, de matelas sortis des maisons pour qu'ils s'attardent sur celui ci spécifiquement). 
Ma grand mère et sa mère ont du rentrer dans l'Yonne, elles, mais c'est à Charité sur Loire que cet oncle n'est pas mort (et qu'il a pu traverser la France). C'est à Charité qu'elles ont été renvoyées chez elles, grâce à l'échange d'un veau que mon grand grand oncle venait de faire tuer et de griller dans un feu derrière l'église (que j'ai visitée ce matin avec Cassius). Aussi parce que mon arrière grand père André Loyer  (père et mari des femmes sus mentionnées) avait disparu à la guerre et que mon arrière grand mère avait sur elle un document de la Croix Rouge suisse qui enquêtait sur la disparition d'André, son mari, et qui allait les tenir au courant s'il était retrouvé. (il le fut l'année d'après, vivant et résistant).

c'est Noël... je crois.

alors, joyeux..."

22:45 26/12/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

non mais allez/allô quoi!

EN RÉSIDENCE – Des écrivains pour repeupler Detroit

Dans un quartier abandonné de Detroit, le 19 juillet 2013. (REUTERS/ REBECCA COOK)

Dans un quartier abandonné de Detroit, le 19 juillet 2013. (REUTERS/ REBECCA COOK)

Offre maison remise à neuf dans une ville sinistrée contre travail d'écriture à domicile. Cette étonnante proposition émane de Write-A-House, une association littéraire fondée en 2012 par le romancier Toby Barlow à Detroit (Michigan). L'idée de la résidence d'artiste prend ici une  signification littérale : "C'est comme une résidence d'écrivain, sauf que les écrivains gardent la maison pour toujours", pour reprendre les mots de l'association.

L'idée est de redynamiser la communauté littéraire de la ville, officiellement en faillite depuis quelques semaines, rapporte le site Publishers Weekly. Le déclin économique de la ville qui fut le symbole de l'industrie automobile a entraîné la perte d'un quart de sa population entre 2000 et 2010. Ce programme est ouvert aux écrivains du monde entier qui accepteraient de s'installer à Detroit pour au moins deux ans. "N'importe quel écrivain recherchant une nouvelle maison et une nouvelle inspiration peut candidater", annonce l'association.

Write-A-House a lancé une campagne de levée de fonds sur Internet ces derniers jours afin de financer son projet. Il s'agit pour l'instant de rassembler l'argent nécessaire à la rénovation de la première des trois maisons déjà achetées par l'association (pour un total de 2 000 dollars), soit entre 50 000 et 60 000 dollars.

Les trois résidences sont situées dans des quartiers voisin, qualifiés de "patchwork de culture et de changement" par l'association. Write-A-House veut à l'avenir acquérir d'autres maisons . "Detroit ne manque pas de maisons abordables, explique Toby Barlow. Les écrivains peuvent profiter de toutes les histoires et des avantages de cette ville, mais aussi d'un mode de vie abordable. Vivre dans ces villes abandonnées est une très belle occasion."

Barlow, qui a vécu neuf ans à Brooklyn et neuf ans à San Francisco, est installé à Detroit depuis sept ans. "Avec Internet, vous pouvez rester en contact avec ce qui se passe à New York ou Los Angeles sans avoir à dépenser des sommes astronomiques pour vous loger. C'est difficile d'être écrivain aujourd'hui." Les candidatures seront ouvertes au printemps 2014.

21:52 26/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u |  Facebook

24
déc

Noël(s)

Noëls…

IMG_0091.jpgUn des premiers souvenu. 1979 (je suis née en 1975). Un petit sapin vrai ou faux, des boules rouges, des guirlandes fanées, les animaux empaillés sur les étagères (héron, chat sauvage et proie faisan dans la gueule, grue, aigrette, chouette chevêche, loir, ...), l'odeur des plumes de l'édredon et une maladie enfantine, n'importe laquelle mais qui donne le droit de rester en pyjama en pilou. Ma grand-mère, nommée depuis mon adolescence la Colonelle, intérimaire de ma mère, me dit joyeux noël en me tendant un paquet lourd et cubique (une boîte de cubes images et lettres), c'est le dernier noël de tes parents mariés, ils divorcent mais nous (grands-parents) allons nous occuper de toi. Quelque chose du genre ou pas, c'est en tout cas la crucifixion et l’épiphanie en un seul court et éternel instant.

Un noël à la maison de campagne de mes grands-parents. Je porte une robe de laine grise, une ceinture verte en cuir, des grosses bottes. Ma grand-mère, comme chaque année, a cuisiné mille heures. Homard à l'armoricaine (mon grand-père et ma mère se battront la fin de la casserole), saumon, boudin blanc, foie gras et brioche grillée, huîtres et pain de seigle eu beurre demi-sel (ma tradition est de m'empiffrer le pain et le beurre) et la mousse au chocolat (que mon grand père prendra un malin plaisir à me tartiner les joues avec en fin de repas). Nous sommes 4 au complet plus un invité et c’est une table à la Brueghel, Picasso et Wim Delvoye… Un des fiancés de ma mère est la pièce de résistance. Un gars qui bosse chez EDF GDF, un cadre (je ne sais pas ce que veut dire cadre pour un humain). Il est grand, large, con. Une coupe de cheveux à la brosse. Lui et un vieux chat roux obèse vivent chez sa (leur) mère et le grand machin voudrait bien venir vivre chez la mienne. Il est fanatique de topographie et m'a déjà emmenée plusieurs dimanches faire des repérages en région parisienne à l'aide de cartes. J'ai crû mourir d'ennui plusieurs fois, même quand il énonçait les dimensions techniques de sa seconde passion, la géothermie.

IMG_0093.jpg

C'est le moment du champagne, je crois que j'ai dix, onze ou douze ans. Mon grand-père fait péter la bonne bouteille. Et là, le gaillard s'agenouille devant ma mère, peut-être a t-il gardé le tablier en plastique du homard. Il demande ma mère en mariage. J'oublie la réponse (mais ils ne se sont pas mariés au final). La marmule se retourne vers mon grand-père (à moins qu'il ait débuté avec mon grand-père) et demande la main de sa fille. Je file dans la cuisine rejoindre ma grand-mère partie chercher du pain grillé. Je pleure de rire. C'est confus pour la suite mais mon grand-père a sorti les képis, les musettes, les animaux empaillés, le cor de chasse, le coq pas empaillé, son épagneule bretonne et tout se retrouve sur la table, sur les chaises, sur nos têtes, dans nos oreilles. Tout se mélange, c'est la fête. C’est l’horreur.

J'ai 18 ans depuis 6 mois. Je suis encore vierge. J'ai touché énergiquement quelques priapes. J’ai vécu quelques avancées à la lisière de l'hymen, mais je me gardais, malgré l'environnement banlieusard trashy-comique sexuel omnipotent. J'ai un meilleur ami qui a un meilleur ami qui habite Bois-Colombes. Valentin, antillais de 38 ans. Beau, je crois. Musicien (pas que du zouk et de la biguine). Sa mère, lui, sa sœur jumelle, la petite sœur vivent dans une tour de 30 étages au milieu d'autres tours de 30 étages. La leur se nomme Rimbaud, pas loin de Verlaine, Apollinaire, Ronsard. Les eaux des vaisselles, les machines à laver la vaisselle, la vaisselle sont des ustensiles projectiles fréquemment lancés des fenêtres jusqu'en bas. Le bas étant une sorte de poubelle floue, jonchée de restes de soirées plein air, de bastons cloniques et de pique-niques sans nappes.

IMG_0132.jpg

J'appelle Valentin. Je suis seule à noël, je peux venir chez toi ?
Je rase ce que je crois nécessaire (trop), je mets le Jeans moulant, le décolleté. « J'emprunte » dans la maison des cadeaux à offrir à la famille, un best of des musiques caribéennes pour la maman de Valentin, un sweat shirt pour Valentin, un carré de soie pour la jumelle, un de mes anciens jouets pour la petite. Je prends le train, le RER, le bus. J'arrive vers 18h. Je rejoins la famille et leurs voisins à la salle des fêtes communale. Une soirée antillaise offerte par le Conseil régional des Hauts-de-Seine. Boudins antillais, Ti' Punch, nappes de madras, paniers tressés, biguines à fond les caissons. Je m’assieds auprès de Valentin à une grande table ronde. Ce soir, il me dépucellera. Il le comprend, aidé de stratagèmes grandiloquents. Il est doux et drôle. Ses mains me tripotent un peu pour me faire comprendre qu’il sera d’accord. Je n’aime pas sa moustache mais il danse bien. Une délégation de la ville s’installe à notre table. Charles Pasqua salue tout le monde. Il balance à Valentin deux mots de créole que son attaché relations publiques a du lui glisser à l’entrée ou qu’il a appris en campagne à la Martinique. Après les danses collectives, la chenille créole, le Joyeux Noël Bons Baisers de Fort de France de la Compagnie …. On rentre dans la tour. La chambre des enfants. Deux lits superposés pour les filles. Et un grand lit pour Valentin. Les deux espaces séparés par des cartons de claviers Yamaha tombés du camion. Doucement, gentiment, longtemps. Je passe la nuit de noël à me dire que je vais me rappeler de cette nuit de noël. Le lendemain, au petit déjeuner, la maman de Valentin me propose un café. J’ai envie de crier CHAMPAGNE, mais je bois mon premier café de ma vie. Un Noël des premières fois.

rage - London 17-19 mars.jpgUn noël londonien. Abdel et moi avons vécu à la rue pendant trois mois. Nous logeons dans un garage aménagé par un pakistanais qui tient un magasin de prises électriques. Des cloisons de deux mètres séparent 5 unités dans lesquelles habitent : - une chinoise sans papier qui collectionne les sacs plastiques de supermarchés qu’elle manipule, range chaque nuit dès 4h du matin. Elle poursuivra Abdel d’un couteau de boucher en pleine nuit, après qu’il ait pêté un plomb après 1 heure de la symphonie en plastique à deux mains d’une asiatique maniaco-dépressive, - un black gigantesque évangéliste (du type Michael Clarke Duncan) qui prophétise dans l’espace cuisine (il ne mange que des pommes de terre et du cheddar et du pain caribéen, pain tressé lourd et dense), dans sa chambre, dans la douche en chantant fort fort Oh Lord, Have Mercy, parfois accompagné d’un lecteur de cassette audio qu’il a accroché autour de son cou avec une corde, - deux frères algériens qui ont quitté la ferme familiale pour réussir à Londres, qui se torchent le derrière avec du papier journal (flyers d'Aldi ou The Loot, pareil au Vlan), acte qui me doit quelques séances de débouchage épiques, et qui me serrent dans le couloir quand j’ose sortir (je n’ai pas le droit d’être là, le propriétaire ne veut louer qu’à des hommes,… rien n’explique alors la présence de la chinoise clandestine mais bon) et Abdel, cet homme là. Le soir du réveillon, nous avons volé du champagne, du saumon, du chocolat chez Selfridge’s. Nous nous offrons nos larcins respectifs. Un Rouge Intense de Chanel pour mes lèvres gercées. Un robot japonais collector pour l’esprit infantile d’Abdel. Un Noël de paradoxes.

textesNoël à Matongé. Matthieu et moi plutôt heureux dans ce grand appartement. La veille de Noël, dans la nuit, alors que nous n'avions pas de co-locataire durant cette période, j'entends marcher dans le salon. Des pas feutrés mais décidés. Je m'auto-éjecte du lit, cours dans le salon et tombe nez à nez avec un homme trapu, manteau de cuir épais, bonnet noir, peau noire et gants noirs. Nous sommes tous les deux surpris, sauf que je prends rapidement le dessus en l'insultant de tout mon coffre. Enculé, dégage de chez moi!!!! Et je hurle si fort que je ne m'entends plus. Matthieu, alors réveillé, croyant que je m'étais fait mal (son sommeil était lourd, il n'avait pas réalisé que je ne disais pas enculé dégage de chez moi à une écharde de parquet ou à un pied de table qui aurait cogné mon pied), hurle à son tour de la force de la peur, tel un Troll des Montagnes enragé.
Le gars file en courant, j'ai envie de croire qu'il était penaud mais ici, mon orgueil laisse parler ma pensée. Matthieu saisit un couteau dans la cuisine et court nu après le gars. Je vérifie qu'aucun acolyte ne soit dans l'appartement. Rien n'a été volé, tout était là à portée de main mais rien. 3 portes d'entrée avaient été enfoncées et ce ne sont que les pas du gars que j'ai entendus. Nous avons regardé le Père noël est une ordure le soir même pour conjurer le sort.

IMG_0109.jpg

Cassius a 6 mois. Son père et moi avons organisé une rencontre au sommet entre les parents. Nous achetons une caméra pour filmer ce que nous croyons vivre. Evidemment, nous nous attendons à un mix entre Festen, Strip Tease et Le noël des Muppets. Seulement, tout se passe merveilleusement bien, comme si l’esprit de noël avait assommé tous les schémas délétères, les non-dits mortifères de nos familles. Un noël avec des jeux, des conversations douces et denses, les souvenirs des noëls précédents, des cadeaux pas trop à côté de la plaque, bref, quelque chose qui ressemble à l’osmose. Finalement, tout tourne autour de Cassius et de la nostalgie. Nous sommes évincés du processus magique et devenons spectateurs d’un Noël fabuleux… jusqu’au réveil. Un noël antidérapant.

 

Un noël, seule, enfin. Un repas léger, une comédie musicale, un film d’amour, un livre ou un autre, nue dans un lit dans un lieu d’accueil monastique dans la campagne perdue. Un vent en rafales, une pluie en drache, un silence digne, une nuit devant moi. Je m’endors à l’aube, transportée par des pensées vers moi et le monde. Je n’ai pas parlé à personne pendant 3 jours avant et 3 jours après. La nécessité du silence comme garde-fou. Un noël en bonne compagnie, la mienne. vision de la dure mère 16 déc 2008.jpg







Là, Ce Lui dormant encore. Quelques petites choses à manger prêtes pour nos bouches et nos doigts. Un américain à Paris sur BBC. Une maison rangée, nettoyée. Des loupiotes allumées à l’intérieur, les rideaux encore un peu tirés. Une demie vue sur des gens s’affairant dans mon avenue. Des pensées vers ceux qui manifestent le lien. Mon bras, juste tatoué par certains, un peu enflé, bien vivant. Des documents administratifs en attente, des projets prévus pour 2013 qui attendront 2014 ou 2046. Des colères sans retenue pour quelques uns. Des amours sans retenue pour quelques autres. Une forme de justesse dans le corps, même si trop gros, trop large, trop dense. Bientôt la vie. Déjà la vie. Une envie de terminer ce texte, de rejoindre ses bras. Simplement. Là.

 

sweet - dec 09.JPG

 

 

 





Emmeline/Milady
24 décembre 2013.

12:57 24/12/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

23
déc

Le lendemain

La cicatrisation et les injonctions sont sous cellophane, pour l'instant.

Les encres s'agglomèrent, le cadavre exquis vit sa vie, je ne devine plus rien de précis.
Une organisation sous vide que je découvrirais plus tard... J'ai depuis ce matin, fait des choses. Conduit une voiture, récupéré mon fils chez une amie à 40 kms de Bruxelles, bu un café à 100 papiers, offert le cadeau de Noël à ce même fils avant qu'il ne rejoigne son père, pris 3 autostoppeurs allant à Strasbourg, bu du jus de légumes, relu le mythe de Sysiphe en résumé dans un hors série du Monde des religions, fait une lessive, embrassé Ce Lui sur son bras doux et dense, habillé mon corps transformé.

Je ne regarde pas le "résultat", il ne m'intéresse pas. Je le sens, sous la manche, vivant, vivace, sans douleur, sans douceur. D'ailleurs, je ne veux pas le montrer, il n'existe que s'il est raconté. Bien sûr, le bras sera vu, montré après, démontré même... mais là, il est en moi, comme si l'épiderme n'avait de réalité que dans l'expérience.

J'ai replacé le plastique pansement en me vêtant ce matin, que cet artifice de sauvegarde préserve tout ce qui est en dessous. Je ressens la sueur, l'encre, les choses, les enjeux, les déceptions, les truchements s'engager entre eux. Petite lutte intestine des éléments organiques et artificiels.

Ce qui est fort encore, c'est la présence de mon bras dans mon corps, la présence de vous (connus, proches et inconnus) dans mon bras, la présence de mon corps au sein des autres corps... vraiment, moments "pour toujours".

Ce soir, je doucherai le corps nouveau, je savonnerai le bras. Du bleu s'épuisera à travers le siphon.Et puis, ce sera le jeu du temps, d'effacements, de conjugaisons aléatoires, d'exactitudes et de similitudes, de disparitions et de transformations. Qui sera le groupe créé par la performance? Que deviendra le lieu d'accueil pour moi, pour Catherine qui y vit. Des questions de liaison, d'archives, de tendres envies arriveront sûrement.

Je remercie d'avoir reçu, je suis fière d'avoir donné, le principe du concept a trouvé corps. J'ai réussi à me convaincre de la légitimité de l'acte après l'acte. Je suis contente. Vraiment.


...

Quelques photos prises par des témoins... hier.

22 12 13.jpg22 12 13 III.jpg22 12 13.jpg




Il Est Une Fois pour longtemps.

13:14 23/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, arts |  Facebook