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mar

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle

Ecoutez l'émission 59 minutes

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle 2

par Kaye Mortley, réalisation Manoushak Fashahi

prise de son et mixage: Jean-Baptiste Etchepareborde, Bernard Lagnel

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle © K.Mortley

Le son vient à l'oreille

L'oreille se tend vers le son...

dit le koan.

Et naît, ainsi,  à l'esprit (à l'âme, dirait Aristote).

Mais sous quelle forme...?

Rythmes... grands espaces... horizons... ciels... routes... plans... taches...couleurs....

Ou bien une image qui n'est pas une image... un film invisible qui compose à l'infini avec le réel inscrit en nous...

disent les uns.

Soit.

Mais... grâce à quelle alchimie...?

Un jour, il y a des années, j'ai rencontré une phrase dans une émission de radio qui parlait de la radio: 

Si je perdais mes oreilles, je deviendrais aveugle.

Je pensais l'avoir comprise.

Je pensais, en fait, qu'elle avait dit le dernier mot - de façon belle et paradoxale - sur le processus alchimique qui transforme son en matière sensible.

J'ai rangé la phrase dans ma tête.

Elle m'a souvent servi de guide dans ces pays hors champs que la radio me fait fréquenter.

D'autres années sont passées.

J'ai fait de nouvelles rencontres, rencontres singulières.

Des gens qui ne voyaient pas.

D'autres qui n'entendaient pas.

Et je me suis mise à réfléchir. 

Alexandre classe les sons selon des couleurs qu'il distingue à peine:

"Du plus grave au plus aigu, l'ordre serait rouge, jaune, bleu, vert"...

Marie (suite à un implant cochléaire) apprend à déchiffrer les sons qu'elle découvre:

" Est-ce que ça existe, des sons humides...?"

 

13 série 2014 © A. de la Selle

Quand Aurélie pose  sa main sur le corps du violoncelle elle entend "l'aiguille qui danse et le vent sur la dune du désert".

 Aurélie, vit dans le silence.

" Comme si j'étais aveugle... aveugle d'oreilles". 

Et voilà que la phrase qui dort au fond de ma mémoire se remue, se réveille, me taquine, me toise, me pousse sur le chemin accidenté/périlleux qui mène vers le royaume de la représentation.

                                    La représentation se distingue de la sensation et de la pensée.

                                   Mais sans représentation il n'y a ni sensation ni pensée.
                                   La représentation serait, toutefois, plus proche de la sensation.

                                   Et, ainsi, susceptible d'être vraie ou fausse.

                                   (Aristote, De l'Ame)

avec:

Aurélie de la Selle / Marie Sage / Roxane Jeseck et

Pierre, Mohammed, Alexandre et d'autres élèves de l'Institut National de Jeunes Aveugles

 Marion de Bergh (orthophoniste à l'Hôpital de la Pitié Salpetrière)

Françoise Michaelis / Michel Créis / Julie Berthier / Hélène Coeur / Emilie Mousset / Aline Pentitot / Chloé Sanchez

voix:

Véronique Brindeau / Chloé

textes:

Aristote: de l'Ame / Aurélie de la Selle: Rien ne sert de parler si fort / Marie Sage: des Bourdonnements

musiques

Improvisations pour violoncelle et voix: Julie Mondor/ Aurélie de la Selle

Arvo Part: Alina / Artur Zimjewsky: Tauber Bach

Lien(s)

Aurélie de la SelleAurélie de la Selle (diplômée de l'école Camondo en 1990) artiste plasticienne et poète De la main droite je manipule le pinceau... Je nage dans un mélange de pigments... Je cherche à rendre visible mon absence de bruits.
Marie SageMarie Sage (diplômée des arts plastiques, visuels et de l'espace de La Cambre, Bruxelles) est artiste plasticienne. "Des sons préhistoriques, venus je ne sais d'où, frappaient mon oreille", cette phrase de Robert Walser pourrait définir son travail en cours, sur sa surdité et sa découverte de nouveaux sons.

 

 

 

10:46 03/03/2015 | Lien permanent | Tags : society, arts |  Facebook

2
mar

Foire.

Chaque année, à la foire du livre (et dans des bureaux sérieux, des lieux néo-/post-cultureux), un éditeur ou une éditrice (*ex-promoteur immobilier requin ou VRP murène en encyclopédies) rappelle à l'un ou l'une auteur-e débutant-e qu'un livre apporte la légitimité, une sorte de mélange entre AmourGloireBeauté et Dallas. Être publi-é-e serait une avancée de type Rolex à la cinquantaine, un siège entre St Pierre et Dieu le Père, une promesse d'un blason ou d'une toison doré-e.
Paroles, Paroles, Promesse, Inconvenance.

Derrière cette idée persiste encore les relents des préceptes (souvent très français/francophones) du "talent", de l'inné, de l'inspiration (cette sorte d'extase réservée aux premiers), de don, d'élite.

Pour moi, écrire souvent, par fulgurances et par dépendances, écrire à des moments clés ou creux ou crus, écrire un peu quand on peut, écrire-réécrire, retravailler, relire, devenir lecteur de son texte, assumer l'édition de soi à soi dans le texte, accepter le deuil de morceaux entiers et de brindilles, visiter la défragmentation de son texte, qu'il soit court, long, hybride, mosaïque, fleuve, ru et terminer, finir, rassembler, définir, circonscrire sans fermer, sans enfler.

C'est le sens du texte pour soi et le lecteur en soi qui "prévaut" puis le sens du chemin vers "un" lecteur, idéal et sensible qui "vaut".
C'est l'écrit traversé du sang, de la chair, de la raison et du phénomène du monde dont il faut prévoir la légitimité.
Un livre n'est rien s'il n'a que la mise en page et le contenant pour corps.
Un livre n'est rien s'il n'a pas la revendication d'un soi pluriel, dense et épaissi de regards stratifiés, modestes et singuliers.

L'obscénité du tout-parvenu, la vulgarité du vite-fait, le prosaïsme du qu'en-dira-ton, la grossièreté de l'à-tout-prix ne doivent pas annihiler les visions fondamentales des travailleurs et des travailleuses du texte, qu'ils soient autrices, qu'elles soient auteurs, qu'ils soient éditeurs, qu'elles soient éditrices.

Courage (Cou & Rage) à ceux qui arrivent...

 

biscuit mode d'emploi.jpg

* je n'ai évidemment rien contre les professionnels qui exercent ces métiers.

11:43 02/03/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, textes |  Facebook

8
fév

Glam' Night.

Mercredi 18 février à 21h
Au Manège de la Caserne Fonck

Dans le cadre des Afters du Festival de Liège

Une soirée inédite mêlant textes et musique électro sur le thème de la sensualité.

* 21h : lecture performée et organique par Milady Renoir
sur fond électronique de Steph Wunderbar

 
Deux corps-âmes :
MILADY RENOIR & PHILOMENE ZELTZ.
L'une boxe-danse-peint-rêve-cherche.
L'autre lutte-écrit-danse-cherche-rêve.

Sur les ondes de Steph Wunderbar, dans l'espace-temps des Parlantes, avant Noblesse Oblige, le public pluriel et volontaire pourra entendre-voir-chercher-rêver sur quelques mots, voix, corps. Tous invités à...

"Viens, on aborde les sommets par le haut
Viens, on serre les dents, les fesses, on rit 
Viens, on conflue
Viens, on pleut dans les gargouilles
Viens, on s’assied sur le bord de (nos) corps
Viens, on ferme nos bouches, le contraire pour nos culs
Viens, on se sent atrocement folles
Viens, on vit des galaxies, toutes ces allégories
Viens, on met nos pieds dans leurs plats"

Depuis une dizaine d'années, apprivoisant l'écriture par les formes de l'hybride, de l'expérimentation, sans léser le classique, sans nier les influences des autres artistes qu'elle respecte, admire ou abhorre selon la météo, Milady Renoir lit, écrit, performe, investit l'espace et le temps, élève un fils et des chats, fait bien la vaisselle, danse le makossa ou le buto, parle aux plantes grasses avec le même corps. Ses performances proposent une élaboration du lien avec le public, plaçant le curseur de la séduction à la provocation, du grandiloquent à l'intime.
 

* 22h : Noblesse Oblige (Berlin) - Live

* 23h : Steph Wunderbar - DJ set

Entrée : 5 euros

En collaboration avec Alliàge et PAC Saint-Léonard.

18:56 08/02/2015 | Lien permanent | Tags : agendada |  Facebook

Résumé de la 47ème soirée filles avec un cerveau (chacune) du 30 janvier chez Aliette

C'était le 30 janvier 2015... au Shabby Chic Palace.

Nathalie F. : Semences, graines de rêves… trouvées chez un ébéniste coiffeur (http://www.touchezdubois.be/?)

Nathalie C. : Catégories, Cases, Pré-conceptions… (Cf. Docu sur famille Empain / RATP / GPA / …)

Amélie  : Bees Coop, supermarché coopératif participatif… à Schaerbeek, d’abord et déjà.

 

girlz

Kate : Collectifs d’écrits, le collectif de la Ligne 10 autour d’Exil de soi, « Même pas peur» (et non pas même pas peur) + CONTRE le format d’un ou des projet-s de « participation citoyenne » de Bruxelles (hypocrisie / malhonnêteté intellectuelle et procédure)

Béatrice: Jeu de plateau « DIXIT » pour métaphores, hallucinations et jeux de penser.

Evelyne : Sur BXFM 104.3, découverte d’auteur-es belges - Un mardi sur deux à 12.30, Evelyne rencontre un écrivain belge autour de son dernier livre. + Recommandations d’ouvrages : Corinne Hoex ‘Décollation’, Véronique Bergen ‘Marilyn’, Caroline de Mulder ‘Bye Bye Elvis’ La déesse et le pingouin’ de Florence Richter

Virginie : Un carnet vide à remplir… - ‘Un été sans les hommes’ de Siri Hudsvedt – Une plume, une vraie, légèreté d’être et d’agir.

Alice : « la manucure de Palolem… » - conditions de femmes, histoires de vies, contrastes et décalages… (+ SweatShop, l’émission qui envoie 3 blogueurs MODE scandinaves dans une usine textile au Cambodge)

Perrine : SAUT comme re-bond de vie

saut nijinski.png

– Danser / écrire. Jean Manzon photographie Nijinski lors de sa rencontre avec Serge Lifar 


NIJINSKI LAST BOND.jpg


« Je lisais Dostoïevski. Dostoïevski me réussissait mieux, c'est pourquoi je le dévorais. Ce dévorement était immense, car en lisant L'Idiot, je sentais que l'Idiot n'était pas un "idiot", mais un homme bien. Je ne pouvais pas comprendre L'Idiot, car j'étais encore jeune. Je ne connaissais pas la vie. C'est maintenant que je comprends L'Idiot de Dostoïevski, car on me prend pour un idiot. J'aime que tout le monde pense que je suis un idiot. J'aime le sentiment, c'est pourquoi j'ai fait semblant d'être idiot. Je n'étais pas idiot, car je n'étais pas nerveux. Je sais que les gens nerveux sont sujets à la folie, c'est pourquoi j'avais peur de la folie. Je ne suis pas fou, et l'Idiot de Dostoïevski n'est pas idiot."

Vaslav Nijinski, Cahiers, (1919), Actes Sud, 1999, p. 161

Lifar rencontre Nijinsky.jpg

Aliette : Texte d’arrivée au Shabby Chic Palace, maison qui nous accueille ce soir là…

Aline : Aventures animales marines (Extrait de ‘le Grand Rêve Flibustier’de Daniel Defoe), obsessions poulpiennes (+ Octopus Garden et Oktapodi)

Joëlle : Exposition (à Paris) pas mièvre, pas « juste NANAS » de Niki de Saint-Phalle, performances, chocs, activisme, tirs, pensée-s de femme-s.

Novella : Mini dialogues « amoureux » en temps de « crise ». Tendances, modes, concepts, couples, trios, poly-amour, méta-distance, fondamentaux, acceptation d’un soi, d’autres, de choix. + Les Fesses de la Crémière

Pascale : L’amouramoureuseamoureux.

Vanessa : Ani Di Franco – 32 flavours.

Frédérique : Peigne à myrtilles comme symbole d’une efficacité agricole intrusive et irrespectueuse + lecture d’un texte court, dense… Cavalcade désenragée.

Antigone : à suivre…

Milady : BD Femme Floue de Dumontheuil et le flou comme valeur sûre, d’existence aux mondes, de traversées des chemins, comme principe et comme perception. Décocher les cases, identités plurielles et indéfinies, brouiller les pistes. + photo cadeau.

girlz



Prochaine, 48ème, le vendredi 20 mars dès 19h07 à Molenbeek (adresse par contact privé).
Toute fille/femme/mère/truc féminin bienvenue.

Google nous rend un bel hommage avec la recherche "soirée filles" en images... Oh oui, vraiment, le rose nous va si bien.

 

girlz

 

17:12 08/02/2015 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

6
fév

18/2 - Liège - Lectures Electroniques

Deux corps-âmes:
Milady Renoir & Philomène Zeltz.
L'une boxe-danse-peint-rêve-cherche.
L'autre lutte-écrit-danse-cherche-rêve.
 
Le 18/2, sur les ondes de Stef Wunderbar, dans l'Espace temps des Parlantes, avant Noblesse Oblige, le public pluriel et volontaire pourra entendre-voir-chercher-rêver sur quelques mots, voix, corps. 
Tous invités à...
 
* "Viens,                        on aborde les sommets par le haut
Viens,                            on serre les dents, les fesses, on rit 
Viens,                            on conflue
Viens,                            on pleut dans les gargouilles
Viens,                            on s’assied sur le bord de (nos) corps
Viens,                            on ferme nos bouches, le contraire pour nos culs
Viens,                            on se sent atrocement folles
Viens,                            on vit des galaxies, toutes ces allégories
Viens,                            on met nos pieds dans leurs plats" *

*Extrait* de Potentia Gaudendi, texte écrit à l'intention d'une performance avec Christine Aventin en mai dernier.

electro glamour night.jpg


13:10 06/02/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, textes |  Facebook

13
jan

Luc Le Vaillant... président? ;-)

Ce que je n’aimerais pas devenir malgré le carnage de mercredi

13 janvier 2015 à 12:06

 

L'auteurLuc LE VAILLANTLuc LE VAILLANTBILLET

Imaginez ! Depuis mercredi, j’ai eu une pensée émue pour les CRS. Je ne me suis pas bouché les oreilles en entendant chanter la Marseillaise. J’ai trouvé Valls consistant. J’ai été ému par Hollande quand il a étreint Pelloux et il m’a fait sourire quand je l’ai vu bisouiller Villepin et lui claquer les fesses sur les marches de l’Elysée. Seulement, il faudrait voir à ne pas trop exagérer. Et il y a quelques panoplies que je n’endosserai pas.

1. Je ne veux pas faire bedeau à Notre-Dame à l’heure où sonne le glas en mémoire de ces bouffeurs de curés, d’imams et de rabbins qu’étaient les Charlies disparus. L’Eglise catholique s’est révélée assez magnanime dans l’affaire en rendant hommage à ses contempteurs les plus féroces et les moins cloches. A tout pardon miséricorde ? J’attends que l’évêché tende l’autre joue aux Femen dépoitraillées qui lui filent le bourdon pour en décider. La séparation de l’Eglise et de l’Etat date de plus d’un siècle et le temps long facilite la coexistence plus ou moins pacifique. N’empêche, il ne faut pas que le projet de paix perpétuelle et d’entente universelle rêvé ce dimanche fasse oublier les légitimes clivages de nos tribus gauloises.

A lire aussiCe que je n'aurais jamais imaginé faire avant mercredi dernier

2. Je ne veux pas faire alpiniste doloriste gravissant la colline du Panthéon derrière les cercueils drapés de bleu blanc rouge des nouveaux héros de la nation morts pour la France. Ils étaient moqueurs permanents des vanités de ce monde, ricaneurs à la barbe des grands hommes, réfractaires revendiqués des honneurs en légion et en grand cordon. Sauf Wolinski qui a pris la médaille. Comme quoi, là encore, ils n’étaient pas unanimes dans le rapport au pouvoir, à la jouissance, à l’ironie.

3. Je ne veux pas faire planton dans la cour des Invalides où le drapeau serait mis en berne et la sonnerie aux morts retentirait pour des antimilitaristes qui chargeaient avec ce sabre en bois qu’on nomme aussi crayon. Remarquez, je ne suis pas le gardien de la mémoire des Charlies. Ce sont autant d’individus avec leurs paradoxes. Il sera fait comme bon le voudront leurs proches. Ce ne sont pas les morts qui enterrent les morts.

4. Je ne veux pas faire boy scout unioniste. Ce dimanche était somptueux de funèbre communion et de tendre ferveur. Mais j’ai bien vu la manœuvre politique de ces réalistes asservis à la reproduction de l’existant qui n’aiment rien tant que se coucher sous le joug de Tina. Ils fantasment une France univoque qui liquiderait droite et gauche, un centrisme de la raison économique qui, comme tout bon centrisme, finira à droite.

5. Je ne veux pas faire censeur de Dieudonné, antisémite récidiviste et délirant. Il faut qu’on arrête de le victimiser ! Liberté pour les ennemis de la liberté ! Le droit à la parole ne se divise pas. Il faut éduquer, débattre, convaincre et non sanctionner. L’école et les associations, l’édition et les médias doivent y prendre leur part à leur guise. Il serait détestable de se servir du meurtre des Charlies pour durcir des lois contre lesquelles ils ont pu batailler. Il faut en finir avec la loi Gayssot et cesser d’aller en justice contre ce blasphème d’un autre genre qu’est l’apologie du terrorisme. Sinon ça va devenir difficile de répondre aux lascars qui s’offusquent qu’il y ait deux poids, deux mesures. Et surtout que Valls cesse de jouer les matamores en ces matières où la loi n’est qu’un rapport de forces à géométrie variable.

6. Je ne veux pas être le «civilisé» face au «barbare». Je ne veux pas être le bon contre le méchant, l’humaniste compréhensif opposé à l’abruti à kalach. Il faut être prudent quand on emploie le mot «barbarie». Sinon, on file tout droit vers la guerre des civilisations. Il y a du barbare en moi comme on doit bien trouver une petite part civilisée chez Kouachi-Coulibaly. Bon, c’est vrai qu’il faut chercher longtemps…

7. Je ne veux être celui qui tuera Jaurès une deuxième fois. Je ne veux pas être Léon Jouhaux, le dirigeant de la CGT d’alors. Voici un siècle et quelques mois que Jouhaux prononçait l’éloge funèbre de Jaurès le pacifiste pour finir par l’enrôler dans le camp de la guerre. Si on pouvait éviter de faire le même coup aux Charlies disparus, ce serait agréable. Même si je reprendrais volontiers le débat avec Bernard Maris sur ce qu’aurait fait Jaurès s’il avait vécu. Bernard pensait qu’il se serait rallié à l’union sacrée, déjà elle. Je veux croire que non. Mais j’aimerais tant en débattre encore avec toi, Bernard…

Luc LE VAILLANT

16:01 13/01/2015 | Lien permanent | Tags : poly-tiques, act-u |  Facebook

Je suis Miladie, Il est Walt, etc.

"Chant de moi-même

 

 

 

Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,

 

Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l’écart d’eux

 

Pas plus modeste qu’immodeste.

 

Arrachez les verrous des portes!

 

Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

 

Qui dégrade autrui me dégrade

 

Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

 

A travers moi le souffle spirituel s’enfle et s’enfle, à travers moi c’est le courant et c’est l’index.

 

Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

 

Par Dieu! Je n’accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.

 

A travers moi des voix longtemps muettes

 

Voix des interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

 

Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,

 

Voix des cycles de préparation, d’accroissement,

 

Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.

 

Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,

 

Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,

 

Brouillards sur l’air, bousiers roulant leur boule de fiente.

 

A travers moi des voix proscrites,

 

Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j’écarte le voile,

 

Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

 

Je ne pose pas le doigt sur ma bouche

 

Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.

 

L’accouplement n’est pas plus obscène pour moi que n’est la mort.

  Else Gabriel - Performance .jpg

 

 

J’ai foi dans la chair et dans les appétits,

 

Le voir, l’ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

 

Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.

 

La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière,

 

Cette tête m’est plus qu’église et bibles et credos.

 

Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.

 

Transparente argile du corps, ce sera vous!

 

Bords duvetés et fondement, ce sera vous!

 

Rigide coutre viril, ce sera vous!

 

D’où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!

 

Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!

 

Poitrine qui contre d’autres poitrines se presse, ce sera vous!

 

Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!

 

Racine lavée de l’iris d’eau! bécassine craintive! abri surveillé de l’oeuf double! ce sera vous!

 

Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!

 

Sève qui scintille de l’érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!

 

Soleil si généreux, ce sera vous!

 

Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!

 

Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!

 

Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!

 

Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d’amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!

 

Mains que j’ai prises, visage que j’ai baisé, mortel que j’ai touché peut-être, ce sera vous!

 

Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!

 

Chaque instant et quoi qu’il advienne me pénètre de joie,

 

Oh! je suis merveilleux!

 

Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d’où naît mon plus faible désir.

 

Ni d’où naît l’amitié qui jaillit de moi, ni d’où naît l’amitié que je reçois en retour.

 

Lorsque je gravis mon perron, je m’arrête et doute si ce que je vois est réel.

 

Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.

 

Contempler le lever du jour!

 

La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes

 

L’air fleure bon à mon palais.

 

Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,

 

Activation oblique haut et bas.

 

Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards

 

Des flots de jus brillant inondent le ciel.

 

La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction

 

Le défi que déjà l’Orient a lancé par-dessus ma tête,

 

L’ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!

 

 

 

Walt Whitman (Traduction d’André Gide)"
(photo d'une performance de Else Gabriel).

 

 

 

14:26 13/01/2015 | Lien permanent |  Facebook

31
déc

à chacune sa suite

texte publié dans la revue Espace de Libertés un été.

Qui sont ces femmes qui soufflent dans nos têtes ?

Mélusine, Jeanne d’Arc, Sœur Emmanuelle (ou Sourire), Lilith, Colette, Hildegarde de Bingen, Madame Claude, Hatchepsout, Cléopâtre, Aung San Suu Kyi, Camille Claudel, Pauline Kergomard, Emmeline Pankhurst, Louise Michel, Grisélidis Réal, Pénélope ne se sont pas rappelées à l’ordre. Elles, ces mâles ratés[1], ces morceaux peu choisis de la côte d’Adam. Elles n’ont pas écouté la distribution, la devise, l’ordre : « Tu devras toujours porter le deuil, être couverte de haillons, et abîmée dans la pénitence afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… femme, tu es la porte du diable. »[2]

On le sait, on le dit depuis belle lurette, elles sont des (…).Des fautes par millions, de leurs paroles à leurs actes. Des faits par milliers, de leurs bouches trop rouges à leurs vagins trop bavards. Naturellement, leurs menstrues empêchent les plantes de pousser, font rouiller le fer, donnent la rage aux chiens, c’est connu. Le pape Jean XII[3] a dressé la liste des cent deux vices des femmes (bavardes, criardes, querelleuses, insensées, désobéissantes, impudiques, inconvenantes …). Ces femmes, ces succubes, sont des corps ; des animales, des sensuelles, des tentatrices, des faible(sse)s.
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Et nous parlons ici des plus jeunes car dès qu’elles sont engrossées, qu’elles mettent bas, il faut encore les supporter vieillir. Leurs humeurs dangereuses non évacuées (ménopause… men, ô pause ?) les rendent plus nocives que les pires poisons, qu’elles sont. Vieilles, elles revendiquent parfois des droits à l’autorité, à la sagesse, à la gnose, ce qui profitablement n’est pas considéré, encore moins avalisé.

Heureusement qu’il y a eu des dociles, des convenables, des accommodantes, des gentilles. Les élégantes de Venise montées sur des semelles de cuir de dix-huit centimètres - deux servantes assistent la dame pour marcher, les Précieuses Ridicules parfumées au musc et aux petites fleurs afin de combler l’éros et la rose, les geishas, les concubines, les Vestales, les Sabines, les Loana, … Quelques Vierges à l'enfant ayant donné et donnant encore des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner. Quelques Vénus « bien » proportionnées (ou callipyges en d’autres temps et lieux), des icônes intouchables ou violables, entre les deux, les corps balancent.

Pourtant, rien ne résout le mystère (encore une notion religieuse). Qui sont ces hommes qui réussissent-ratent à tour de bras (deux plus un), qui doivent sans cesse re-conquérir, réentreprendre, entrer en formation, faire le Chemin… leur Passion est le Silence[4] de la femme. Cet appel du vide, ce vertige des profondeurs insondables (sauf pour les Deep Throat[5] les plus honorées) ne demande qu’à être comblé. La jouissance des femmes est une vision de l’esprit, un territoire flou, une ombre tapie dans les cuisines, le monstre des placards (à balais). S’épancher ou s’étancher, les femmes ne savent elles-mêmes pas toujours, alors les Autres, pensez donc. L’aliénation a encore des beaux jours devant elle(s).

© Milady Renoir – août 2012

 



[1] Propos d’Aristote.

[2] Tertullien v230 – 240 - Genèse.

[3] En 954, Jean XII devient pape à l'âge de 18 ans. Il ne pense qu’à faire la cour aux femmes, à festoyer et à participer aux parties de chasse. Surnommé par les chroniqueurs de l’époque, l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu.

[4] Synonyme de l’extase chez les moniales

[5] Deep throat (Gorge profonde), film pornographique États-Uniens - Une jeune femme, Linda, consulte un médecin pour lui faire part de ses difficultés à atteindre l'extase lors des rapports sexuels. Il l’informe que sa frigidité s’explique par le fait que son clitoris est localisé au fond de sa gorge. Le remède prescrit est simple : il lui suffira d'avaler un organe masculin pour atteindre la satisfaction - http://fr.wikipedia.org/wiki/Gorge_profonde_%28film%29

 

20:01 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

PdV - Corps Sociaux - Voeux

norma et tervueren.jpgSouvent, j'ai cette conversation avec l'un-e ou l'autre avec vous, avec toi, entre nous, sur l'idée de la protection, de l'intégrité du corps, vis-à-vis de soi et vis-à-vis de l'autre, qu'il soit aimé, amant, amoureux, autre.

Ci-après, un article issu d'un blog que je suis régulièrement. Je le suis d'un point de vue temporalité mais aussi d'opinion. Le filtre de lecture de l'autrice est radical, féministe, politique, social, sociologique. Je sais quoi prendre, quoi saisir et quoi retirer.
 
L'article en deux moments: 
puis
 
En ce qui me concerne, j'élabore, depuis mes débuts de corps pénétré et de corps pénétrant, depuis mes inconvenances amoureuses et physiques, une pensée de libération/liberté.   
Je ne parviens pas toujours à connecter l'idée et le réel, l'intention et la réalité, sachant qu'il faut être deux et deux (au moins) êtres consentants pour servir sa pensée sexuelle, érotique, physique en termes de quotidien, de mise en oeuvre.
 
MAIS, MAIS, 
 
loin de trahir cette pensée, justement, je cherche, à l'orée de mes 40 ans, à vivre la fameuse pleine idée de mon corps, à dessiner les contours de ma silhouette symbolique et de, peut-être un jour, vivre les alternatives au modèle classique du coït vaginal, qu'il soit jouissif, extatique, hygiénique, plus habituellement et à ME protéger (même si je ne me sens pas en danger actuellement mais je l'ai souvent senti l'idée du danger du corps "habituel" de l'autre et des conséquences de la pénétration, que j'ai été "protégée" de latex ou pas, d'ailleurs), à vivre l'idée de moi hors "obligation", hors système, hors évidence.
 
Pour quoi?
 
Pour la joie d'être étrangère aux autres, d'être ailleurs que dans le moule (et la moule... ;-) sûrement mais aussi, surtout, pour éviter d'être la descendante directe de toute une gamme d'aïeules lointaines ou proches d'opprimées, de harpies castratrices, de serviles, d'hôtesses utiles et d'agréables, de femmes aux foyers éteints, de prostituées sociales, de bénévoles du corps social et familial et traditionnel et... et... et... 
 
pig catching.jpgAlors, à la lecture de cet article, d'autres penseuses et activistes, à la rencontre avec des amies, des filles, des copines, mères, machines... avec la relation amoureuse que je vis et aime, je me, je nous souhaite encore d'être sorcière-s (et sorciers). Le mot français sorcière, dérive du latin vulgaire sortiarius, proprement « diseuse de sorts », du latin classique sorssortis, désignant d’abord un procédé de divination, puis destinéesort. C'est donc à ça que j'en viens.
Ce message n'est pas une recette de cuisine interne, un modèle à monter soi-même, peut-être une sorte de récit d'expérience MAIS SURTOUT, il est un souhait, des voeux...
Soyez à vous-mêmes, protégées par vous-même, abritées, soumises à vos volontés, hors contexte, hors système d'habitude et de confort, 
Soyons destinataires de nos destinées (sans déterminisme). 
Soyons conscientes de notre désir, de notre potentialité de jouissance, de notre plaisir, de nos amours.
Debout.
thou shall not.jpg
Trouvons ceux et celles qui appréhendent, qui aiment, qui cherchent, qui se déplacent, qui augmentent nos vies, qui protègent, qui adoucissent, qui titillent, qui tatent, qui osent.
 
En 2015, année des sorcières?
 
 
Emmeline
et/ou
Milady 
dans une humeur beaucoup moins enragée ou dramatique ou grandiloquente ou chieuse que ce mail peut faire penser. 

En bonus: Les fortunes de la viande & Femmes Machines 

18:14 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

26
déc

Noblesse oblige, Steph Wunderbar, Milady Renoir in Liège - 18/02/15

Mon corps, ma gorge, mon giron et moi nous produiront sur scène avec de la matière organique lue en première partie du groupe électro berlinois Noblesse Oblige.
Puis Steph Wunderbar fera son DJ set.
Puis la nuit sera dense.

 

Venez donc. 5€ la tonne de phéromones, c'est pas cher.

electro glamour night flyuer.jpg

15
déc

Le retour de Marsyas : la peau créatrice de Stéphane Dumas

Le retour de Marsyas : la peau créatrice [1].

 

Stéphane Dumas

 

Ill.1

 

 

 

 

 

Apollon écorche Marsyas

« La peau créatrice[2] » signifie ici la peau du créateur (terme dans lequel j’englobe l’artiste et le récepteur) métaphoriquement écorchée et retournée pour être offerte comme medium de nos représentations du monde. L’enveloppe cutanée d’un corps créateur ne se réduit pas à une simple surface d’inscription porteuse d’une image cosmétique ou gardienne soumise des traces apposées par un créateur démiurge. En tant qu’élément, la peau est un milieu en soi, intermédiaire entre le monde et les milieux internes du corps viscéral, du corps viande ou du corps sensitif. À travers notre peau, il en va de notre rapport au monde et à nous-mêmes. « La peau créatrice » est le milieu au sein duquel un corps prend forme et devient écriture. Plus encore qu’un écran de projection, elle est donc une épaisseur à travers laquelle la lisibilité est exsudée. Elle est une manière de faire surface, un bouquet de viscères affleurant en plein jour.

Le mythe grec de Marsyas offre un support d’une grande richesse pour une réflexion à la fois anachronique et très actuelle sur la création plastique. Le satyre musicien défie le dieu de la musique en une joute musicale. Marsyas joue de l’aulos, une sorte de hautbois. Apollon, quant à lui, chante tout en s’accompagnant à la cithare. Après avoir remporté la compétition, la divinité décide que le châtiment de son adversaire vaincu sera l’écorchement. Plus encore qu'une mise à nu, ce supplice est une mise à vif. La victime est totalement dépossédée de son enveloppe corporelle. Ce dévoilement radical entraîne la mort. L'écorché ruisselle et se vide de son sang[3]. L'affrontementmusical tourne au supplice radical, à l'annihilation du vaincu par mise à vif de l'intérieur de son organisme. Il y a là, à l'évidence, un excès, une disproportion entre l'enjeu du duel et le châtiment,  même si l'on considère que le satyre musicien a commis un crime impardonnable en se mesurant à un dieu.

J'avance l'hypothèse selon laquelle Apollon devient ici le prototype du « je », expression du sujet tel que le conçoit la civilisation occidentale. Un « je »sujet d'une action absolument transitive : « Je t'écorche ! » Cette hypothèse est liée (mais sans réelle causalité) à l'une des raisons pour lesquelles Apollon gagne ce duel : il superpose le chant au jeu instrumental, ce que son rival ne peut accomplir en jouant de la flûte[4]. Certes la voix d'Apollon n'est pas celle de l'ego moderne. Mais c'est une voix signifiante, celle du logos, face à la musique purement instrumentale de son rival.

 

Marsyas suspendu

 

Ill. 2

Le satyre, accroché par les poignets à un arbre, nu, le corps étiré de tout son long, les pieds ballants, est un motif fréquemment reproduit par la sculpture hellénistique, puis romaine. C'est la position la plus propice à l'écorchement. Dans les fragments sculpturaux en ronde-bosse qui nous sont parvenus, Marsyas est seul. Mais il semble qu'il pouvait être associé à un esclave se préparant à infliger le supplice en affûtant son couteau, et, peut-être, à Apollon, assis ou debout, faisant face à la scène, sa cithare posée à ses côtés, vêtu, calme, impérieux et en pleine possession de ses moyens[5].

Marsyas suspendu est souvent humanisé, ses attributs animaux étant réduits au minimum. Son corps est dans une position verticale, mais pas debout. Parfois représenté la tête en bas, à partir de la Renaissance, il est dans la posture d'un gibier ou dans celle d'un noyé auquel on tenterait de faire cracher le liquide emplissant ses poumons. On peut y voir le paradigme de la victime et l'expression d'une tragédie : l'être humain qui s'est confronté à un dieu mesure l'étendue de son impuissance de toute la longueur de son corps étiré. Mais il exprime aussi, et surtout, la pesanteur. On pourrait y voir le corps humain figuré comme simple sac à viscères ne demandant qu'à se vider pour se soulager de sa propre pesanteur.

Marsyas suspendu est le complément d'objet passif du verbe transitif « écorcher » dont le sujet est Apollon. Il me semble cependant que cette transitivité comporte une part de réflexivité. C'est même en cela qu'elle exprime l'action d'un véritable sujet. D'un certain point de vue, grâce au duel, puis à l'écorchement, Apollon et Marsyas forment un couple indissociable.

Edgar Wind a soutenu la thèse selon laquelle la Renaissance a fait de ce mythe une allégorie du « Connais-toi toi-même » apollinien : « […] l'écorchement était lui-même un rite dionysiaque, une tragique épreuve de purification consistant à dépouiller l'homme extérieur de sa laideur pour révéler la beauté de son moi intérieur[6] ». Dans l'allégorie de l'écorchement de Marsyas, le logos apollinien est mis en scène en tant que parole signifiante dévoilant le sens des choses au-delà de leur apparence. L'enveloppe corporelle est réduite au rôle d'écran opaque masquant le fonctionnement interne du corps, obstacle que l'anatomiste écarte pour pratiquer son exploration scientifique. De même, le philosophe néo-platonicien, dans sa quête de la « substantifique moelle[7] », ôte l'écorce pour s'approcher du noyau, de l'essence des choses. Marsyas suspendu devient alors le paradigme de l'objet de la connaissance exposé et offert au scalpel du savoir.

Si le sujet peut se positionner en tant que tel face au monde, c'est que la connaissance du monde lui permet de se connaître soi-même. Cette réflexivité du savoir est devenue fondamentale dans la pensée occidentale. On constate donc, dans le processus cognitif du sujet à l'égard de l'objet de son savoir, à la fois une mise à distance et un retour de force de l'objet sur le sujet produisant une sorte de contact avec soi-même. La fonction d'appropriation du monde, inhérente au processus cognitif occidental, est en grande partie basée sur le modèle sensori-moteur haptique. L'existence elle-même du sujet dépend de cet aller-retour, de cette respiration, qui peut confiner à la syncope : « Mais Je se touche en s'espaçant, en perdant le contact avec soi, justement à se toucher. Pour se toucher, il coupe le contact, il s'abstient de toucher. Ça se touche, un Je[8]. » Le sens du toucher, les interdits le concernant[9], et son dépassement dans l'haptique[10], sont largement à la base de la relation entre sujet et objet, et de sa remise en question à travers la notion de tact que nous aborderons plus loin.

Apollon, « le dieu dont le trait touche au loin[11] », me semble symboliser la posture cognitive du sujet face au monde. Les attributs divins sont l'arc et la cithare, instruments qui lui permettent d'atteindre et de toucher à distance, soit pour frapper violemment, soit pour effleurer en pénétrant l'auditeur d'une émotion artistique. À lui revient donc la capacité de toucher sans rentrer en contact. À Marsyas, par contre, dont l'instrument fusionne avec la bouche et devient presque une extension du système respiratoire, revient le toucher par contact direct. Le couple Apollon-Marsyas me paraît être la figure de la tension entre proximité et distanciation, entre fusion et arrachement.

 

Apollon dépèce sa victime à pleines mains

 

Ill. 3

L'hypothèse qui vient d'être énoncée fonde la lecture que je propose de la figure gémellaire peinte par Ribera dans son Apollon et Marsyas[12]. Le satyre est étalé au sol. Sa peau ridée et vallonnée sent la sueur et la terre. Il fait partie du terrain sur lequel se construit la scène. Son visage renversé nous interpelle de ses yeux exorbités. Il est sur le point de se vider de son être par la vanne béante de sa bouche, comme s'il allait être saisi par les spasmes d'un vomissement inexorable. Dans ce paroxysme ultime de sa vie, son visage incarne "un cri de peur qui voit", selon la saisissante expression de Georges Bataille[13].

Apollon, le sujet rayonnant, a la peau lisse et blanche. Il se déploie sur le ciel, qui est son domaine. Il déchire de ses propres mains la peau de sa victime[14]. Il est tellement concentré qu'il en ferme presque les yeux. Mais, si tout oppose les deux adversaires, ils sont pourtant dépeints dans un corps à corps aussi fusionnel qu'antagoniste. L'assistance, interdite, se tient à l'écart, rejetée au bord du tableau. La main gauche de la divinité écarte la peau déchirée, alors que sa main droite, qui tient le couteau, plonge dans la chair. Elle semble littéralement soudée au genou de Marsyas, comme si les deux personnages n'en formaient qu'un seul. La couleur vermillon de la face interne du tégument arraché est proche de celle du manteau enveloppant le corps divin. Les gonflements de l'étoffe évoquent  la  chair  pulpeuse d'un  fruit.  Son  mouvement part   du   ventre   du  satyre, sur lequel le tissu a glissé, pour s'enrouler autour du corps d'Apollon, avant de s'envoler, comme aspiré hors du tableau, dans un effet théâtral.

 

Apollon retourne la peau de Marsyas pour s'en revêtir

. . ......

. . . . . . . . . .. . . . ...  ..Ill. 4... . . .  . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Ill. 5

 

 

En un retournement réflexif, le sujet lisse endosse    la   peau   de   son   complément   d'objet rugueux.  Sans   cet   événement   déchirant,   il   se pourrait bien que la réalité du sujet Apollon, trop distante, devienne tellement lissée qu'elle tende au non-événement. En échange de cette rugosité, le geste divin introduit un « écart dans le contact, le dehors dans le dedans du contact[15] », renversement matérialisé par le retournement de la peau du satyre, qui, transfigurée, devient un élément aérien.

On trouve un écho d'une telle mutation cutanée dans le roman de Michel Tournier intitulé Vendredi ou les limbes  du  Pacifique. Après avoir lutté corps à corps avec un bouc sauvage et l'avoir tué, Vendredi transforme sa peau tannée en un cerf-volant. Accrochée par une ficelle à sa jambe, la membrane aérienne le suit partout, inscrivant sur le ciel la chorégraphie de ses mouvements.

On observe également la figure de la peau aérienne, singulièrement déployée à une échelle architecturale, dans la sculpture tendue intitulée Marsyas qu'Anish Kapoor ancra pendant quelques mois, en 2002, aux parois de la Tate Modern de Londres.

De fait, cette figure de peau était déjà suggérée par certaines sources antiques du mythe. Nonnos de Panopolis écrit : « Mais le dieu le dépouilla de sa peau velue en le suspendant à  une branche  et  il en  fit  une outre  animée : souvent,  au sommet de l'arbre, le vent qui s'y engouffrait lui donnait forme à son image, comme si le pâtre babillard chantait à nouveau[16] ». Hérodote situe l'outre de la peau du satyre sur une place publique, alors que Xénophon la localise dans la grotte d'où jaillissait la rivière Marsyas[17]. Élien ajoute : « À Célainai, si quelqu'un joue de l'aulos sur le mode phrygien, près de la peau du Phrygien, la peau vibre. En revanche, s'il joue l'air pour Apollon, elle reste immobile et semble sourde[18]. »Marsyas survivrait ainsi à son écorchement sous les espèces de son enveloppe corporelle.

 

Ill. 6

 

Apollon, sans voix, est enveloppé de la peau de Marsyas

 

Ill. 7

Ill. 8 Ill. 9

Le rapport entre Apollon et Marsyas est pour le moins surprenant. Certes, d'un point de vue anthropologique, le fait d'imaginer le dieu se revêtant de la peau du satyre, tel Xipe Totec[19], est une totale invention de ma part. Mais cette hypothèse n'est pas sans échos dans les arts plastiques modernes.

En 1966, Joseph Beuys accomplit une performance au cours de laquelle il coud une couverture de feutre autour d'un piano à queue, comme pour l'habiller d'un vêtement grossier[20]. Le titre abrégé donné à la sculpture ainsi créée est Infiltration homogène. La forme luisante et polie de l'instrument raffiné disparaît entièrement sous son enveloppe faite de poils d'animaux foulés, ne laissant à voir qu'un corps pataud ayant la grâce de celui d'un éléphant.

À ma connaissance, Beuys n'a jamais parlé de Marsyas. Pourtant, au cours de cette performance, n'a-t-il pas soigneusement enveloppé le sujet Apollon avec la peau de son complément d'objet Marsyas  ?  Associer   le   dieu  grec de  la musique au piano,  instrument majeur de la  culture musicale européenne, ne me paraît pas abusif. Il reste à justifier l'état particulièrement inquiétant dans lequel est placé l'instrument apollinien, ne pouvant plus émettre aucun son, sous son enveloppe de feutre.

Le sculpteur allemand considérait la civilisation occidentale comme gravement malade. Le logos d'Apollon aurait perdu sa voix, à force d'être étouffé par une rationalité étriquée. Mais, dans la figure du piano emballé, la peau du satyre (la couverture de feutre) n'est pas seulement un grand étouffoir, cette pièce de feutre permettant d'arrêter la vibration d'une corde de piano. Beuys a souvent justifié l'usage abondant du feutre dans son travail par les propriétés que possède ce matériau d'emmagasiner la chaleur (notamment celle du corps humain), tout en laissant respirer les corps qu'il enveloppe. Un soi-disant épisode autobiographique, que l'artiste aimait à raconter, met en valeur le rôle lénifiant de la couverture de feutre. Loin de l'étouffer, la peau rêche de Marsyas viendrait donc s'appliquer autour du corps d'Apollon pour le réchauffer et laisser la vie s'infiltrer à nouveau en lui[21].

 

En l'écorchant, Apollon fusionne avec Marsyas, l'espace d'un instant

 

La mise en tension du mythe de Marsyas avec certaines œuvres plastiques modernes ou contemporaines me permet donc d'envisager une interprétation qui diffère largement de la lecture néoplatonicienne qui prévalait à la Renaissance.

Posons comme hypothèse que notre rapport au monde repose sur une sorte de toucher suspendu, ce que Jean Luc Nancy nomme le tact « d'avant tout sujet », « […] la pose et la dépose, le rythme de l'allée-venue du corps au monde. Le tact délié, partagé de lui-même[22]. » Le tact est plus une « pesée » qu'un simple toucher. Si notre rapport au réel est trop distant, trop lissé, trop suspendu, il finit par se scléroser. Si le virtuel perd toute relation à l'actuel, au corps actuel, il risque de disparaître ou bien de devenir une projection tendant à s'approprier le réel de façon tyrannique. Comme si Apollon, tel qu'il est représenté par Ribera, se détachait irrémédiablement du corps de Marsyas et du terrain sur lequel il prend appui. Comme si le savoir ne comportait plus une part d'inhérence à son objet, mais en devenait le survol, la pure mise à distance.

Plaçons-nous donc dans la perspective du tact comme contact syncopé avec le monde. La représentation que nous nous faisons de celui-ci, et de nous-mêmes comme partie du monde, n'existe que par tension avec quelque chose qui n'est pas de l'ordre de la représentation, quelque chose d'innommable situé en deçà ou au-delà du spectre de notre représentation, quelque chose qui a un rapport au corps - pas le corps idéalisé, mais plutôt le corps-viande - quelque chose qui échappe à la signification préétablie et à l'inscription définitive. Jean Luc Nancy invente le verbe « ex-crire » pour exprimer l'acte de rendre compte de cette chose étendue mais qui ne se sait pas étendue. L'« ex-cription » fonde une topologie créative et extrêmement délicate, car sans catégories connues, « à corps perdu[23] ».

L'« espace spasmé », entre déchirement et fusion, dans lequel a lieu le corps à corps entre Apollon et Marsyas tel que le dépeint Ribera, est-il autre chose que l'« espacement des corps, ce qui […] ne veut rien dire d'autre que l'in-finie impossibilité d'homogénéiser le monde avec lui-même, et le sens avec le sang[24] » ?

Il est également possible de pratiquer une lecture très précise du tableau de Ribera selon la pensée deleuzienne du pli, développée autour de la philosophie leibnizienne et de la vision baroque du monde[25]. Dans cette optique, il me semble qu'on pourrait reprendre la citation de Nancy en la modifiant : il ne s'agit pas d'« homogénéiser », mais de « plier » « le monde sur lui-même et le sens sur le sang ». Apollon et Marsyas semblent en effet se déplier de part et d'autre de l'horizon à partir d'un même tissu.

Le monde des corps, l' « immonde » opaque, est plié sur le sujet lui-même, comme le « sang » sur le « sens ». L'écorchement ferait-il sens ? « Cette pensée rend fou […] le monde est son propre rejet, le rejet du monde est le monde[26]. »

Mais comment relier l'écorchement de Marsyas et le tact ? Il est difficile d'imaginer qu'Apollon inflige au satyre quelque chose qui serait de l'ordre d'un toucher retenu, d'une caresse… fût-elle mortelle ! N'oublions pas, cependant, que la cithare est l'attribut d'Apollon, au même titre que l'arc, et que, si sa musique caresse l'oreille, elle n'en est pas moins une arme. D'un point de vue néoplatonicien et chrétien, cet écorchement, en tant que sacrifice et métamorphose, devient un ravissement, dans tous les sens du terme[27]. Apollon opère un rapt brutal et radical sur la personne de Marsyas, en lui retirant son enveloppe corporelle. Mais ce dépouillement est aussi la métaphore d'une extase mystique, d'une inextinguible soif du divin exprimée par Dante à l'orée de son Paradis :

O bon Apollon, pour ce dernier labeur,
fais de moi le vase de ta valeur […].
Entre dans ma poitrine et souffle, toi,
comme quand tu as tiré Marsyas
hors de la gaine de ses membres
[28].

Le poète s'adresse à Apollon, largement identifié au Christ, lui demandant de le transformer en un simple « vase », pour s'emplir du souffle divin, quitte à être, au préalable, écorché vif et vidé comme l'« outre »de Marsyas…

Est-il envisageable de concilier cette soif mystique de transcendance, de purification foudroyante, de dépossession de soi-même, liée au christianisme de façon presque guerrière, de concilier, donc, cette soif d'absorption par le divin dans le martyre, avec une pensée du corps « d'avant tout sujet », une pensée du tact et de son aller-retour entre les corps et la conscience ? Peut-on penser d'un même mouvement l'écorchement et la caresse ?

Ce fut, me semble-t-il, l'une des entreprises tentées par Georges Bataille. Sa démarche est singulière, certes, et sans doute à la fois masculine et singulièrement peu masculine, pour atteindre l'autre, le féminin, ou l'autre du féminin, sans vraiment l'atteindre ; pour le manquer, donc, mais sans le viser - et c'est peut-être la seule façon d'« atteindre » :

Nous ne disposons pas de moyens pour atteindre : à la vérité, nous atteignons ; nous atteignons soudain le point qu'il fallait […] ; mais que de fois nous le manquons, pour cette raison précisément que le chercher nous en détourne, nous unir est sans doute un moyen… de manquer à jamais le moment du retour. Soudain, dans ma nuit, dans ma solitude, l'angoisse cède à la conviction : c'est sournois, non plus même arrachant (à force d'arracher, cela n'arrache plus), soudain le cœur de B. est dans mon cœur[29].

Comme l'écrit Jean Luc Nancy en regard de ce passage de Bataille : « Tout se passe peut-être exactement entre la perte et l'appropriation : ni l'une, ni l'autre […][30]. » « Perte » et « appropriation » sont, à coup sûr, deux mots-clés qualifiant la rencontre d'Apollon et de Marsyas. « Tout se passe » donc sur un seuil, à la lisière. Cette topographie de la lisière, de l'étendue réduite à une frange, une ligne de friction, voire à un point de contact - le point visé, le foyer, mais aussi le sommet du cône visuel, l'œil - cette topographie nous ramène à la peau, à sa sensibilité capable de distinguer un point infime, et à son pouvoir de faire image. « Et c'est là ce que Bataille lui-même devait bien entendre, dans L'Expérience intérieure, lorsqu'il parlait d''atteindre le point', ce point de déchirure, ce 'moment suppliciant' de l'image dans le creuset duquel 'voir' devait équivaloir à "un cri de peur qui voit" [31]».

 

La peau dépouillée de Marsyas frissonne sur son nouveau corps

 

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que le « moment du retour » dans le mythe soit celui au cours duquel la peau écorchée du satyre frémit lorsqu'on joue près d'elle la musique de l'aulos, comme le relate Élien.

Ill. 10

Ill. 11

En 1972, Giuseppe Penone réalise une sculpture nommée Gant, dont il semble qu'on n'ait conservé que la trace photographique montrant les deux mains de l'artiste côte à côte, les paumes ouvertes. On ne voit a priori, dans cette photo, rien de particulier. Pourtant, la main droite, à gauche de l'image, produit l'impression étrange d'avoir une peau plus neuve que celle de sa voisine. Lorsqu'on regarde de près, on s'aperçoit que les sillons de sa peau, au lieu d'être en creux, sont en relief, formant un dermographisme à peine perceptible.

En fait, le sculpteur a réalisé un moulage de sa main gauche dont il a pris l'empreinte en relief dans une très fine membrane de latex. Une fois retournée comme un gant, cette seconde peau est enfilée par la main droite, à laquelle elle s'adapte. Celle-ci endosse donc le négatif de la peau prêtée par la main gauche. Nous avons ici une figure de la fusion, ou du moins de l'échange des téguments, dans une présentation du processus d'empreinte dont l'existence même dépend de la suspension d'un contact fusionnel.

Cette simultanéité du touchant et du touché advient grâce à une représentation du touché : la nouvelle peau endossée par la main droite n'est pas autre chose que l'infime interstice existant entre les deux mains lors du toucher de la première par la   seconde.  Représentation   aux  limites, cette membrane peut être vue comme  une  matérialisation    de   la    sensation   d'être touchée, éprouvée par la main gauche, comme si l'une et l'autre mains échangeaient ces propos : « - Touchée ! tu es touchée ! - Touchée ! je suis touchée… Tu es enveloppée de ma sensation d'être touchée par toi ! » Gant est un chiasme visuel, un chiasme de peau.

« - Touché ! », dit Apollon  en écorchant Marsyas.

« - Pourquoi m'écorches-tu ?, crie le satyre. En retour, je t'enveloppe ! »

Gant est une figure du tact, figure paradoxale car une sensation éprouvée n'a pas d'étendue (le tact est de l'ordre de la syncope), contrairement à la trace matérielle laissée par un geste, la touche picturale par exemple. Ce qui est important ici c'est bien la touche dans laquelle un ressenti de l'ordre de l'invisible finit par acquérir l'étendue d'un corps. Gant donne à voir quelque chose d'invisible et d'intime, comme au travers d'une greffe de peau qui serait presque trop littérale si elle n'était, justement, presque invisible.

 

 

 

 

L'artiste (Marsyas-Apollon) s'écorche et retourne sa peau, pour en offrir en partage l'épaisseur interne, innervée, comme support d'inscription du monde

Cette réflexion menée à partir du mythe de Marsyas nous conduit maintenant vers les prémices d'une topologie du partage créatif de l'expérience sensible du monde, partage fondé sur le tact. Cette topologie est en partie basée sur la peau. Ce besoin d'étendue, dans un rapport au monde fondé sur une conscience qui, en soi, n'a pas d'étendue, est assouvi par le tissage d'une seconde peau. Celle-ci correspond au retournement symbolique de la peau de l'artiste au cours de l'acte créateur.

La psychanalyse fournit de nombreux éléments d'interprétation de la création artistique en tant que seconde peau, corps de substitution, matérialisation d'une projection sur un écran cutané et paradigme du fond comme surface d'inscription. La théorie de la création littéraire élaborée par Jean Guillaumin à partir du mythe du centaure Nessos est particulièrement intéressante à cet égard[32].

Héraclès punit le centaure pour avoir tenté de séduire sa femme, Déjanire. Le héros lui décoche une flèche trempée dans le sang de l'Hydre de Lerne. Avant de mourir, et pour se venger, Nessos dévoile à Déjanire un charme qui lui garantira la fidélité de son mari : il lui conseille de faire cadeau à Héraclès d'une tunique imprégnée de son propre sperme et de son sang. Lorsque celui-ci s'en revêt, le vêtement magique se colle à sa peau et lui inflige les douleurs atroces d'une brûlure généralisée, à tel point que la seule issue pour le héros est de se suicider dans un brasier.

Selon Guillaumin, le mythe de Nessos exprime le cheminement du travail créateur, et la tunique chargée d'excrétions est une métaphore du véhicule de la création artistique. Cette seconde peau, qui fusionne avec celle d'Héraclès pour le consumer, est un détournement, un renversement de l'enveloppe protectrice maternelle qui sert d'étayage à la construction du moi (l'idée de Guillaumin est proche de celle du Moi-peau de Didier Anzieu). Le « retournement projectif » de l'intérieur de la peau sur l'extérieur correspond, selon le psychanalyste, à une posture créative. Nous nous constituons un système de filtre de protection psychique qui nous permet de canaliser sans les subir les agressions venues de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur même du psychisme. Grâce à l'œuvre d'art, ce filtre est transformé en support, en corps dans lequel s'incarnent les fantasmes de l'écrivain.

Ce retournement cutané serait présent dans tout phénomène créatif : la peau, retenant les traces de la vie, devient la paroi de la caverne, le fond blanc du papier, l'écran tactile. On pourrait soutenir, dans le même élan, que le placenta, irrigué par la paroi utérine, devient la toile innervée du Web.

Mon hypothèse admet que ce sont ces surfaces inscriptives de traces elles-mêmes qui, arrêtant et retenant le négatif du mouvement actif de la projection, constituent à la fois l'analogon et le représentant concret (aux fins de donner une enveloppe à l'œuvre enfant) de la peau du corps de l'artiste, en même temps que de celle du corps de sa mère : plus précisément encore, de la paroi interne du corps propre et du corps maternel. Peau du dedans, retournée ensuite en enveloppe externe, qui devient le support quasi hallucinatoire de l'imaginaire de l'auteur en l'œuvre qu'il enfante[33].

La théorie de Guillaumin est très proche de celle à laquelle m'a conduit ma réflexion à partir du mythe de Marsyas. Toutefois, l'une des réserves que j'émets (elle vaut aussi pour la théorie d'Anzieu) concerne l'aspect résolument pelliculaire qu'y revêt la peau. Même si celle-ci y apparaît parfois comme une synecdoque du corps entier, elle y est généralement l'équivalent d'un tissu qui s'identifie peut-être trop facilement à l'image ou au texte.

N'oublions pas que la peau n'est une pellicule que par analogie avec l'enveloppe du corps en tant qu'image, simulacre. Au contraire, en tant qu'organe du toucher, mais aussi de la perspiration, l'épaisseur de la peau est peut-être aussi importante que sa superficie : elle fait partie quasi intégrante des systèmes nerveux et respiratoire (et peut-être digestif, mais à un bien moindre degré) [34]. Ces fonctions relient l'enveloppe et l'épaisseur corporelles.

Pour cette raison, mon approche d'une topologie de la création plastique à partir d'une réflexion sur le mythe de Marsyas, si proche soit-elle de la théorie de Guillaumin concernant l'écriture, s'en écarte notamment par cette notion d'épaisseur. La création artistique ne serait pas une seconde peau pelliculaire, mais une épaisseur de chair innervée, mise à nu lors du retournement de la peau de l'artiste. Et ce retournement ne serait pas une transposition, une mise à plat métaphorique d'une archéologie intérieure personnelle au travers de complexes mécanismes fictionnels. Ce retournement serait plutôt la mise en partage d'un support d'inscription non programmé et, dans une certaine mesure, asocial, d'un support d' « ex-cription », pour reprendre le néologisme forgé par Jean Luc Nancy, support-épaisseur dans lequel l'inscription esthétique du monde ne se figerait pas mais serait livrée dans son devenir.

 

Marsyas, à court de peau

 

Je poserai maintenant la question du rapport entre le virtuel et l'actuel, tel qu'il travaille notre relation à la peau en tant qu'image, simulacre (l'« eïdolon » de Leucippe et Démocrite) dans quelques œuvres de plasticiens actuels.

Ill. 12

En 1997, Maurice Benayoun crée l'installation interactive intitulée World skin : un safari photos au pays de la guerre[35].On y voit un écran sur lequel est projeté un montage virtuel fait à partir de matériaux photographiques tirés de la médiatisation de guerres (seconde guerre mondiale et Bosnie). Le public est muni d'appareils photos et accède à l'espace où est projeté ce paysage dramatique en trois dimensions. À chaque fois qu'un « touriste de la guerre » prend un cliché, un blanc apparaît dans le paysage, correspondant     au    cadrage    de    sa photographie, selon l'angle précis de sa prise de vue.

Alors que le public avance virtuellement dans le paysage, ce rectangle blanc se déforme selon la perspective. Par exemple, un personnage se détachera de son environnement, silhouetté par sa réserve blanche, puis, plus loin, un autre élément du paysage apparaîtra séparément, également gommé parce qu'il se trouvait dans le cadrage. « Ce sont des fragments d'images arrêtées qui jalonnent l'espace. Il en ressort l'impression étrange de parcourir un fantôme de guerre, un cimetière d'images qui n'en est pas moins profondément actuel[36]. »

Si le mitraillage photographique s'intensifie, le paysage en trois dimensions se réduit de plus en plus au profit de la réserve blanche, l'épiderme de l'écran de projection envahissant l'image. Toutefois, le déplacement du spectateur renouvelle le panorama, apportant des éléments « encore vierges du regard d'autrui[37]. » La matière sonore, quant à elle, introduit un décalage par rapport au mimétisme visuel : par exemple, le « clic »de l'appareil photo devient un coup de feu. À leur sortie de la pièce, les « touristes » ont le droit d'emporter les tirages sur papier des photographies qu'ils ont prises et qui deviennent ainsi les métaphores de prises de guerre.

« Nous prenons des photos. Par notre geste - agression puis plaisir à partager - nous arrachons la peau du monde. Celle-ci devient trophée et notre gloire augmente quand le monde disparaît[38]. » La dimension haptique de la photographie, mode d'appropriation du monde par l'image de substitution, est ici pleinement opératoire. L'appareil photo devient une arme qui s'ignore, « une arme à effacer[39] », permettant de frapper à distance. Encore Apollon écorchant Marsyas par la main de son esclave !

« Ce qui est en jeu ici, c'est la place de l'image dans notre prise de possession du monde[40]. » L'image qui s'intercale entre le monde et nous, surtout lorsqu'elle est démultipliée par les media, est d'abord un témoignage, parfois même un dévoilement : « Avec les médias, la guerre devient une scène publique - comme on dit "une fille publique" - obscène, où la souffrance se donne à voir[41]. »

Mais l'image photographique, en tant qu'arme, est à la fois une appropriation et une neutralisation : « [la guerre] participe de la réification de l'autre. La prise de vues dépossède de l'intimité de la douleur en même temps qu'elle en témoigne[42]. » Notre posture de spectateurs de la guerre contemporaine, par l'intermédiaire des media, pousse donc l'artiste à nous faire rejouer l'écorchement de Marsyas par Apollon : « nous arrachons la peau du monde. »

Utilisant un medium aussi lisse que les supports d'images servant habituellement au lissage médiatique de notre rapport au monde, cette mise en scène sophistiquée nous met en face du problème de notre réalité souvent plus virtuelle qu'actuelle. L'artiste prend position par rapport au phénomène de réduction du réel à un écran connecté à un réseau de communication :

L’autre problème lié à notre rapport contemporain à l’espace-temps mondial est la fluidité totale et l’absence de rugosité de l’espace de communication. Pour moi s’il n’y a pas de rugosité, de surface de friction, il y a un risque de sur-réaction. […] Le rôle de l’artiste est de réintroduire de la rugosité, le grain de sable[43].

En s'appropriant les nouveaux media, le but de l'artiste est d'adopter ces techniques lisses, pour leur insuffler un rapport au corps actuel : un peu de la « rugosité » de la peau du satyre… On peut se demander si les procédés électroniques interactifs sont vraiment capables, pour l'instant du moins, de redonner à l'art une dimension corporelle. Ils permettent en tout cas à l'artiste de composer une allégorie efficace de notre rapport au monde, dans une parodie dramatique de l'attitude du touriste plaçant son appareil photo comme un bouclier entre le monde et lui-même.

Les Trophées de Chasse Humains d'Olivier Goulet nous parlent également d'appropriation par la peau, mais dans un medium plus incarné et au sein d'une relation plus personnalisée. Cet artiste propose depuis quelques années de réaliser votre buste en plâtre par un procédé de moulage. Le terme employé, pour désigner l'effigie obtenue, est celui de « prise », qui joue entre les différents sens du mot : la prisedu plâtre (son durcissement, qui permet la prise d'empreinte), la prise de vue photographique (tirer le portrait), celle de la préhension (prise de judo, d'alpinisme, etc.) et enfin celle de l'appropriation (prise de guerre ou de chasse).

Ill. 13

Le tirage en plâtre est peint ou recouvert d'une peau en latex coloré, laissant souvent visibles certaines parties du support rigide. Le commanditaire peut accrocher au mur cette effigie, dans la position d'un « trophée de chasse ». La peau flasque peut également être présentée comme pendant du tirage en plâtre, comme si le buste original se dédoublait en un simulacre mou.

Il en va, ici, de notre identité et de notre rapport à l'autre ou à nous-même par l'image. Ces sculptures donnent  corps     à    la     notion    de    simulacre, en le transformant en dépouille, elle-même détournée en « trophée ». Cette peau écorchée, maquillée en objet décoratif, est à la fois une vanité, au sens que lui a donné la peinture du XVIIe siècle, et une métaphore des sentiments souvent troubles qui sous-tendent nos rapports sociaux, ainsi que l'image que nos nous faisons de nous-mêmes. Tout comme a pu l'être l'outre de Marsyas accrochée à son arbre, à la fois relique, masque mortuaire, trophée et baudruche dérisoire.

En tant que plasticien, je travaille moi-même sur la peau et l'image humaine. J'ai notamment réalisé une installation nommée La salle des peaux perdues, constituée de voilesrectangulaires en silicone de la hauteur d'un corps, portant des empreintes fragmentaires   d'organes   humains.  Ces « peaux » suspendues dans l'espace, éclairées par transparence, enveloppent le lieu dans lequel pénètre le public.

En fait, les empreintes ne sont pas moulées d'après des corps. Cela serait d'ailleurs très  délicat à réaliser, puisque, dans ces effigies hybrides, des images d'organes internes (intestin, estomac, etc.) côtoient les traces de parties externes du corps (main, visage, sein, etc.).

Ill. 14

En réalité, les empreintes sont réalisées à partir d'ex-voto, objets moulés en cire, représentant des parties du corps humain, et accrochés dans les églises de certains pays latins en signe de gratitude pour une guérison. Le fait de travailler à partir de ces objets existants et chargés d'un secret, me permet de conférer à ces effigies une identité à la fois très personnelle (liée à la maladie) et entièrement anonyme (les personnes auxquelles se réfèrent ces ex-voto ne sont  pas  identifiées).  D'où  l'expression « peaux perdues » qui est intégrée dans le titre.

La technique de moulage nécessite un arrachement entre l'empreinte et sa matrice : la « peau » apparaît lorsqu'elle est pelée, dissociée de son moule, pour être suspendue. Cependant, loin d'arracher sa peau à quelqu'un, même virtuellement, mon processus de fabrication consiste plutôt à couler l'image (la matière est d'abord liquide), à fabriquer une sorte de tégument pour englober les fragments disparates des ex-voto en une seule entité.

 

La création plastique se situe quelque part entre la perte et l'appropriation, nous en parlions plus haut, « ni l'un, ni l'autre », ou plutôt l'un et l'autre en même temps, à la fois écorchement et cicatrisation.

 

Ill. 15

Ill. 16

Un certain nombre de plasticiens tentent actuellement d'utiliser les biotechnologies pour incarner leurs idées. Plusieurs d'entre eux semblent fascinés par les possibilités offertes par la culture biologique de cellules cutanées humaines. Le duo d'artistes Art Orienté objet a réalisé des cultures de peau humaine qui ont ensuite été tatouées avec divers motifs[44]. Ces morceaux de peau, supports de signes, sont exposés dans des boîtes de Pétri ou dans des bocaux en tant qu'œuvres d'art produites en laboratoire.

La démarche de Julia Reodica, quant à elle, est proche de la précédente, lorsqu'elle commercialise dans  des boîtes  transparentes des « hymens » constitués de tissus cellulaires cultivés à partir de ses propres cellules vaginales et dont les perforations forment des signes[45]. Son objectif est également de proposer une greffe d'hymen à l'acheteur qui, si les problèmes techniques et légaux peuvent être résolus, choisira l'orifice de son corps où il désire que cette nouvelle virginité lui soit implantée… avant la performance au cours de laquelle sera pratiquée la défloration. L'artiste, d'origine philippine, accomplit un travail critique et parodique sur la valeur sacrée attachée par certaines civilisations aux preuves de la virginité.

Orlan a commencé à confectionner un Manteau d'Arlequin à partir de pièces de peaux humaines cultivées en laboratoire grâce à des cellules données par des personnes de couleurs différentes. Ce vêtement représentera une étape supplémentaire dans son travail sur  l'hybridation. Les peaux créées par tous ces artistes  offrent  leur  support  physique  à  nos projections culturelles concernant surtout l'identité sociale, politique et sexuelle.

J'analyserai ici plus particulièrement la démarche de Kira O'Reilly, bien que je n'aie pas eu l'occasion de participer à l'une de ses performances. Cette artiste aborde le corps en tant que thème, à travers son corps qui devient site, medium et substance de l'œuvre. La question posée par son travail est : « Comment être un corps, MAINTENANT ? » Dans ses performances, elle fait passer sa peau du statut de territoire privé à celui de terrain d'expérimentation partagé avec le public. "La relation entre les espaces internes/externes du corps est explorée en tant que continuum. La frontière perméable de la membrane cutanée remet en question son statut de conteneur impénétrable d'un moi cohérent et figé[46]."

 

Ill. 17

L'artiste explore divers moyens de gommer cette barrière entre l'intérieur du corps et l'espace public. Ainsi, dans ses Blood Drawings, elle dessine avec son sang.  Elle s'inspire également de pratiques médicales et plus particulièrement chirurgicales. Parfois, elle offre au public participant à ses performances sa peau comme support d'inscription et même d'incision, "ses tissus corporels évoquant des notions de trauma (blessure) et de stigma (marque),  dans   le   sens  d'une  'souillure' et d'une ouverture du corps, suggérant l'altérité, le fait d'être autre." Son enveloppe cutanée, exposée aux regards, devient un voile dont "les fils, constituant la trame d'une histoire personnelle, sexuelle, sociale et politique, se nouent et se dénouent en des permutations variées[47]."

La notion d'événementestessentielle dans la pratique de Kira O'Reilly. Sa propre peau, transformée en un « palimpseste de coupures en passe d'être effacées, d'architectures cicatricielles de peau déchirée », suggère une topographie où la superficie devient écoulement temporel : chaque geste ayant laissé sa trace, a eu lieu « à l'endroit juste, à l'instant approprié pour investir le moment, l'action, l'évènement. » Il s'agit d'une « topographie inusitée de la proximité et de la distance, au sein de laquelle s'établissent des connexions autres, où des évènements émergent et s'enfoncent au même endroit, en un même instant. » Cette singulière cartographie du corps humain entraîne une façon de « reconsidérer le corps et l'incorporation[48] ».

Dans son travail intitulé Marsyas - running out of skin[49], l'artiste a tenté de réaliser une culture cellulaire de sa propre peau évoquant un motif de dentelle.

Fabriquer une dentelle suppose de générer des tensions au sein d'un réseau de motifs constitués de vides et de boucles. Ses connotations sont de l'ordre du domestique, de l'intime, du privé, du personnel, des sous-vêtements, du féminin, de l'excessif, de la préciosité et de l'éphémère[50].

La technique de cette œuvre est complexe et n'a pas permis pour l'instant d'obtenir le résultat escompté. Le tissu cellulaire doit croître en suivant une structure de dentelle réalisée en fils chirurgicaux dégradables. Plusieurs essais préalables, à partir de cellules de porc, ont été nécessaires. Kira O'Reilly pratique elle-même les prélèvements de tissu porcin par biopsie. Le scalpel en main, elle est en proie à d'étranges considérations identitaires sur sa relation avec ce cochon : « Utiliser le porc comme mannequin, associé, double, jumeau, autre moi, poupée, moi imaginaire ; s'identifier tendrement et férocement au cochon, imaginer que je fusionne avec lui, au travers d'une culture commune[51]. »

Lorsque Apollon pratiqua une biopsie bien plus radicale sur Marsyas, fut-il en proie à de tels sentiments ? L'apparence de distance insensible prêtée au dieu dans la plupart des représentations faites de la scène ne laisse pas supposer ce trouble. Pourtant, Diodore évoque un Apollon déprimé après que le supplice eut été infligé : « Mais rapidement pris de repentir et affligé de ce qu'il avait fait, il rompit les cordes de sa cithare et détruisit le type d'harmonie qu'il avait découvert[52]. » Avec l'écorchement du satyre, quelle trouble mutation identitaire s'opère-t-elle au plus profond du dieu ?

 

« La peau d'un insolent Satyre[53] »

En utilisant les biotechnologies, les artistes dont je viens de parler se confrontent à des questions d'identité non seulement personnelle, mais concernant l'espèce humaine. La réflexion théorique sur le post-humain est déjà très nourrie à partir, notamment, de la remise en cause des frontières entre l'humain, l'animal et même les autres règnesdu vivant. En incarnant leur projet dans un medium vivant, certains artistes font plus que franchir la limite entre le virtuel et l'actuel. Leurs motivations en cela plongent souvent leurs racines dans une remise en cause de la place dominante de l'homme par rapport à l'animal[54]. L'usage de cobayes de laboratoire n'est-il pas d'une cruauté comparable à celle de l'écorchement de Marsyas, l'homme-animal, par Apollon ?

Les artistes, travaillant à la matérialisation de leurs idées au moyen de cultures cellulaires ou d'autres processus corporels mettant en œuvre des techniques scientifiques, apportent depuis quelques années une dimension critique et une corporéité à l'essor de ces recherches scientifiques et de leurs applications dans la vie quotidienne. Les paroles suivantes de Kira O'Reilly concernant son travail à SymbioticA[55] n'ont rien à voir avec la méthode scientifique :

Dans ce travail, il y a un puissant désir de métisser l'intégrité de l'incorporation avec toutes ses associations agréables et repoussantes, avec tous ses à-côtés grouillant d'ambivalences et d'ambiguïtés. Dans cette optique, ce travail se place dans la continuité des récits concernant l'"autre", le "monstrueux" et les angoisses profondes enfouies dans la représentation que se fait notre société des innovations actuelles de la biomédecine et de la biotechnologie[56].

L'art franchit les frontières, et, notablement, celle qui a été dessinée entre l'humain et l'animal, de même qu'entre le sujet et son objet. Rilke ne disait-il pas de Cézanne, peignant d'après le motif : « Il a dû s'asseoir là-devant comme un chien, regardant avec simplicité, sans aucune nervosité ni la moindre arrière-pensée[57] » ? La peau retournée de l'« insolent satyre » ne nous apporte pas tant la projection d'un monde intérieur sur l'extérieur, que le retour, sans arrière-pensée, à la dimension du fait, à sa rugosité[58].

 

 

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Table des illustrations

 

 

 

Ill. 1       Marsyas suspendu. Copie romaine d’un modèle hellénistique du IIIe s. av. J.C., marbre, H : 2m05, Musée du Louvre, Paris. Photo Musée du Louvre.

Ill. 2       Raphaël et son atelier, Apollon et Marsyas, médaillon du plafond de la Stanza della Segnatura, entre 1508 et 1511, fresque et mosaïque, Musée du Vatican, Rome. Photo Musée du Vatican.

Ill. 3    Jusepe de Ribera, Apollon et Marsyas, 1637, huile sur toile, 185 X 242 cm., Musées Royaux des Beaux Arts, Bruxelles. Photo Musées Royaux des Beaux Arts.

Ill. 4     Détail du même.

Ill. 5    Montage à partir du même : la peau de Marsyas et le manteau d'Apollon.

Ill. 6      Anish Kapoor, Marsyas, 2002, PVC et acier, env. 30 x 130 x 20 m. Vue partielle. Tate Modern, Londres. Photo extraite du catalogue Anish Kapoor. Marsyas, Londres, Tate publishing, 2002.

Ill. 7      Joseph Beuys en train de réaliser Infiltration homogène. Action à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, le 28, 07, 1966. Photo extraite du catalogue Joseph Beuys, Caroline Tisdall, New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, 1979.

Ill. 8      Joseph Beuys, Infiltration homogen für Konzertflügel, der gröste komponist der Gegenwart ist das Contergau Kind [Infiltration homogène pour piano à queue, le plus grand compositeur contemporain est l’enfant thalidomide], 1966, piano à queue et couverture de feutre cousue, Musée National d'Art Moderne, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, Paris. Photo extraite du catalogue Joseph Beuys, Caroline Tisdall, New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, 1979.

Ill. 9     Joseph Beuys, Die Haut [La Peau], 1985, couverture de feutre cousue, Musée National d'Art Moderne,Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, Paris. Photo Centre Ponpidou.

Ill. 10    Giuseppe Penone, Ganto [Gant], 1972, gant en latex. Collection particulière. Photo extraite du catalogue Giuseppe Penone, Paris,Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, 2004.

Ill. 11    Détails agrandis du même.

Ill. 12   Maurice Benayoun, World skin : un safari photos au pays de la guerre, 1997,

installation vidéo interactive. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 13     Olivier Goulet, Trophées de Chasse Humains, Plâtre et latex, 1998-2005. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 14    Stéphane Dumas, La salle des peaux perdues. Latex et silicone. 1999-2003. Vue partielle. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 15     Art Orienté objet (AOo), Skin Culture [Culture de peau], 1996, tatouage  sur tissu cellulaire, dans une boîte de Pétri. Photo provenant du site Internet des artistes, artorienteobjet.free.fr

Ill. 16     Julia Reodica, Unisex_Hymen @2weeks [Hymen_unisex @2semaines], culture de tissu musculaire aortique de rat et de cellules vaginales de l'artiste dans une boîte transparente, 2004. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 17  Kira O'Reilly, Post Succour (legs), [Post Succour (jambes)], Peau portant des traces d'incisions. Photo prise à l'issue de la performance Succour, 2001. Photo de Manuel Vason, fournie par l'artiste.

 

 


[1] Une première version de cet article est parue en allemand sous le titre « Der Mythos des Marsyas. Ein Bild-Paradigma » [« Le mythe de Marsyas. Un paradigme plastique »] dans Häutung. Lesarten des Marsyas-Mythos [Écorchements. Lectures du mythe de Marsyas], ss. la dir. de Ursula Renner et Manfred Schneider, Munich, Wilhelm Fink, 2006, p. 263-289. Une seconde version est parue en anglais sous le titre "The return of Marsyas", dans Sk-interfaces. Exploding Borders - Creating Membranes in Art, Technology and Society, ss. la dir. de Jens Hauser, Liverpool University Press, 2008, p. 18-31.

[2] Voir Stéphane Dumas, Les peaux créatrices, Paris, Klincksieck – Les Belles Lettres, à paraître.

[3] Plusieurs sources antiques indiquent que Marsyas fut transformé en fleuve : Palaiphatos, Les histoires incroyables, 47 ; Hygin, Fables, CLXV ; Pausanias, X, 30, 9 ; Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, XIX, 324

[4] Diodore de Sicile, III, LIX, 3-4 ; Plutarque, Propos de table, VII, 8. Dans Les vies des hommes illustres ("Alcibiade", IV) Plutarque apporte le témoignage d'Alcibiade sur le mépris de certains Athéniens à l'égard de l'aulos, qui ne permet pas de chanter à celui qui en joue.

[5] C'est ainsi que Raphaël et son atelier figurent l'évènement, sur le plafond de la Stanza della Segnatura, au Vatican. Le peintre de la Renaissance s'est inspiré de la composition d'un sarcophage romain, aujourd'hui perdu (cf. E.Wind, infra). D'autres bas-reliefs antiques représentant la scène nous sont parvenus.

[6] Edgar Wind, "L'écorchement de Marsyas", in Mystères païens de la Renaissance, trad. P. E. Dauzat, Paris, Gallimard, 1992 (1958), chapitre XI,p.187. Raphaël Cuir, en reprenant cette hypothèse, interprète la figure de la peau de saint Barthélemy, dans le Jugement Dernier de Michel-Ange, comme une injonction faite à l'artiste de s'écorcher soi-même ("Dissèque-toi toi-même, portrait de l'artiste en silène post-humain", in Ouvrir Couvrir, Paris, Verdier, 2004).

[7] Rabelais, Gargantua, "Prologue". L'auteur fait références aux Silènes d'Alcibiade, dans le célèbre passage du Banquet de Platon, au cours duquel Alcibiade compare Socrate à Marsyas. Tous deux sont comme ces boîtes sculptées en forme de Silène, très courantes à Athènes, et qui, sous une enveloppe grotesque, renfermaient un trésor précieux. Ce passage inspira, entre autres, Pic de la Mirandole ("Lettre à E.Barbaro"), Marsile Ficin (Commentarium in Convivium Platonis, de Amore,) et Érasme (Adage 2201, "Les Silènes d’Alcibiade").

[8] Jacques Derrida, Le toucher, Jean Luc Nancy, Paris, Galilée, 2000, p.47.

[9] Dans la théorie psychanalytique du Moi-peau de Didier Anzieu, certains de ces interdits sont décrits comme nécessaires pour que les autres sens puissent se développer chez l'enfant, tissant une intersensorialité  qui favorise le développement du langage symbolique. Didier Anzieu, Le Moi-peau, Paris, (Bordas, 1985), Dunod, 1995. 

[10] "Haptique est un meilleur mot que tactile, puisqu'il n'oppose pas deux organes des sens, mais laisse supposer que l'œil peut lui-même avoir cette fonction qui n'est pas optique." Gilles Deleuze et Félix Guattari, "Le lisse et le strié", dans Capitalisme et schizophrénie, Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, (1980) 2004, p.614. Voir aussi, concernant le rapport entre la main et l'œil, Gilles Deleuze, Francis Bacon. Logique de la sensation, Paris, (Différence, 1981), Seuil, 2002.

[11] "Hékèbolos", Homère, L'Iliade, I, 19, trad. M. Meunier, Paris, Le Livre de Poche, 1972, p. 1. C'était l'un des nombreux surnoms du dieu, lié à ses capacités d'archer. Voir G. Dumézil., "Les quatre pouvoirs d'Apollon dans le prologue de l'Iliade", dans Apollon sonore et autres essais. Esquisses de mythologie. Paris, Gallimard, 1982, chap. 6.

[12] Juseppe de Ribera, Apollon et Marsyas, 1637. Il existe deux versions de cette composition. L'une, que j'analyse plus particulièrement ici, car j'étaye mon argumentation sur certains de ses éléments, se trouve aux Musées Royaux des Beaux Arts, Bruxelles. L'autre, d'une facture plus enlevée et sans doute plus forte, est au Musée San Martino, Naples.

[13] Georges Bataille, Le coupable, in Œuvres complètes, t.V, Paris, Gallimard, 1973, p. 296.

[14] Cette représentation n'apparaît sans doute qu'à partir du 16è siècle. Auparavant, le dieu ne semble pas infliger lui-même le supplice.

[15] Jacques Derrida, op.cit., p.148.

[16] Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, XIX, 319-323, trad. J. Gerbeau, Paris, Les Belles Lettres,p.126. D'autres auteurs emploient le terme outre (askos), pour évoquer la peau dépecée du satyre : Hérodote, VII, 26 ; Platon, Euthydème, 385, c ; Aristide Quintilien, La Musique, II, XVIII ; Agathias, IV, 23.

[17] Hérodote, VII, 26 ; Xénophon, Anabase, I, 2, 8.

[18] Elien, Histoire variée, 13, 21, trad. A. Lukinovich et A. F. Morand, Paris, Les Belles Lettres, 1991, p.144.

[19] Xipe Totec, "notre seigneur l'écorché", est un dieu aztèque présidant notamment à la renaissance du cycle végétal. On lui sacrifiait des victimes humaines en les écorchant. Il était représenté vêtu d'une peau humaine. Voir Jacques Soustelle, L'Univers des Aztèques, Paris, Hermann, 1979.

[20] Joseph Beuys, Infiltration homogène pour piano à queue, le plus grand compositeur contemporain est l’enfant thalidomide. Action réalisée à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, le 28, 07, 1966. Acquisition du MNAM, Centre Pompidou, Paris, en 1976. La Thalidomide est un médicament contre la douleur, commercialisé dans les années 1960. Elle fut abondamment prescrite aux femmes enceintes, mais elle entraîna de graves malformations chez les nouveau-nés.

[21] Quelques années après l'acquisition d'Infiltration homogène par le Centre Pompidou, le sculpteur vient restaurer son œuvre : il dépouille le piano de son ancienne enveloppe, abîmée, pour la remplacer par une nouvelle ; puis il accroche la dépouille à la cimaise du musée, en lui donnant comme titre Die Haut [La peau]. En 1985, vers la fin de sa vie, il donne une nouvelle dimension à la relation entre le piano et sa peau de feutre, en créant l'environnement intitulé Plight.

[22] Jean Luc Nancy, Corpus, Paris, Métailié, (1992) 2000, p.85. et p.102.

[23] Ibid., p.9.

[24] Ibid., p.94.

[25] Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988.

[26] Jean Luc Nancy, ibid., p.95.

[27] Voir Marianne Massin, "Figures de silène et troublants supplices", dans Les figures du ravissement, Paris, Grasset, 2001.

[28] Entra nel petto mio, e spira tue

si come quando Marsïa traesti

de la vagina de le membra sue.

Dante, "Le Paradis", I, 13-20, La Divine Comédie, trad. J. Risset, Paris, Flammarion, p.21.

[29] Georges Bataille, Histoires de rats, Œuvres complètes, III, Paris, Gallimard, 1971, p.114.

[30] Jean Luc Nancy, Être singulier pluriel, cité par Jacques Derrida, op.cit., p.136.

[31] Georges Didi Huberman, La ressemblance informe, ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille, Paris, Macula, 1995, p.10-11. Les citations de Georges Bataille proviennent de L'Expérience intérieure (1943) et de "Le coupable" (1944).

[32] Jean Guillaumin, "La peau du centaure. Le retournement projectif de l'intérieur du corps dans la création littéraire", dans Corps création. Entre Lettres et Psychanalyse, Lyon, Presses Ubiversitaires de Lyon, 1980. Nous n'abordons pas ici la théorie du Moi-peau de Didier Anzieu, mais elle affleure dans plusieurs passages de ce texte. Cette théorie, selon laquelle le psychisme est étayé sur le modèle cutané, est très spécifiquement et ouvertement reliée à la lecture du mythe de Marsyas pratiquée par Anzieu. Cf. Didier Anzieu, op.cit. 

[33] Jean Guillaumin, ibid., p.257.

[34] Voir à ce sujet François Dagognet, La peau découverte, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1993.

[35] Œuvre créée à l'Ars Electronica Center de Linz, dans des conditions techniques optimales : salle immersive, parois-écrans, vision stéréoscopique, son surround

[36] Maurice Benayoun, World skin : un safari photos au pays de la guerre, sur le site Internet de l'artiste, www.moben.net

[37] Ibid.

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Ibid.

[42] Ibid.

[43] Entretien entre Maurice Benayoun et Julien Knebusch, mars 2003, sur le site Internet www.olats.org, projet Fondements Culturels de la Mondialisation (FCM).

[44] Art Orienté objet (AOo), Skin Culture, 1996.

[45] Julia Reodica, hymNextTM – Designer Hymen Project, produit par vivoLabs, 2004.

[46] Les citations suivantes de Kira O'Reilly sont extraites de la communication faite par l'artiste au cours de la Bio Difference conference, BEAP (Biennial of Electronic Arts Perth), Perth, 9/11/2004, disponible sur le site Internet www.beap.org. Je remercie l'auteur de m'avoir communiqué sa version de travail, plus complète, de ce texte. La traduction est réalisée par moi.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Kira O'Reilley, Marsyas - running out of skin [Marsyas - à court de peau], projet sur lequel l'artiste a travaillé en 2003-04 au cours d'une résidence au laboratoire de SymbioticA, University of Western Australia, Perth.

[50] Kira O'Reilly, op.cit.

[51] Ibid. Plus tard, l'artiste a réinvesti ces expériences dans une performance impliquant un cochon mort.

[52] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 59, 5, trad. B. Bommelaer, Paris, Les Belles Lettres, 1989, p.92.

[53] Dans le Banquet de Platon, Alcibiade, nous l'avons déjà noté, compare Socrate à Marsyas : sous des apparences frustes, le discours socratique, de même que la musique du satyre, recèlent des trésors. Cette topologie du noyau (l'âme) caché par l'écorce, ne correspond plus du tout à la question qui nous occupe à ce point de notre réflexion. C'est la peau rêche du satyre qui nous fait signe ici  : "[…] la peau d'un insolent Satyre […]", selon certaines traductions (Platon, Le Banquet, 221, trad. L. Robin, Paris, Gallimard, Folio, (1950) 2003, p.162).

[54] Voir, à ce sujet, l'article de Jens Hauser, "Derrière l'Animal l'Homme ? Altérité et parenté dans l'art biotech' ", dans Bernard Lafargue, "Animaux d'artistes", Figures de l'Art, n°8, Pau, 2005. Thomas Zaunschirn, a récemment publié deux grands articles intitulés "Im Zoo der Kunst" ("Au Zoo de l'art"), dans "Kunstforum" 174 et 175, 2005, p. 39-103 et 38-125, sur les artistes ayant travaillé avec des animaux vivants ou des matières biologiques, depuis les années 1960.

[55] SymbioticA est un laboratoire de collaboration art/science, géré par les artistes du Tissue Culture & Art Project, à la University of Western Australia.

[56] Kira O'Reilly, op. cit.

[57] Rainer Maria Rilke, Lettres sur Cézanne, trad. Ph. Jacottet, Paris, Seuil, 1991, p.47.

[58] Francis Bacon parle même de "brutalité du fait", expression dont David Sylvester a fait le titre de ses entretiens avec l'artiste : David Sylvester, The Brutality of Fact. Interviews with Francis Bacon, Londres, Thames and Hudson, 1975. Dans son bel article intitulé "Marsia scoiato", Claude Jamain, quant à lui, considère Marsyas, figure de "l'incongru", comme une incarnation de la dimension corporelle en art : la part du cri et la "raucité" du chant. Claude Jamain, « Marsia scoiato », dans L'Incongru dans la littérature et l'art, sous la direction de Pierre Jourde, Paris, Kimé, 2004, pp.99-109.

20:06 15/12/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

8
déc

Marche, marche, marche...

matsuifuyuko008.jpg

Aujourd'hui, j'ai marché dans Bruxelles, manifestant seule ET avec tous ceux qui veulent que "ça" s'arrête...

Deux heures de marche du nord au sud de la ville, pour voir comment les autres avancent et reculent, survivent et s'entrevoient.

Deux heures au moins, en marchant et en réfléchissant aux régressions et aux éternels faux-semblants de progrès que le libéralisme pénétrant et son arborescence putréfiée ont pu faire miroiter.

Le futur n'existe pas, le présent a besoin de nous.
Il n'y a jamais mieux mais il peut y avoir pire.

Au delà de ma mélancolie post-gothique néo-Romantique, j'entends des bottes et des Charentaises, le son des machines à produire, le bruit lourd des engrenages, le cliquetis des rétrécissements cérébraux et psychiques, le fracas de la peur qui, seule, relie les êtres effondrés du même monde, je reçois les ondes restrictives et fumantes des despotes peu éclairés.

Qui sème le néant récolte le néant.
Et puis, marchant...

Le long de la Toison d'Or, côté Ex-Hilton, les fourrures, les dorures, les enflures (si, si, ...) déambulaient, les sacs et les gestes "purs" de leurs mains manucurés en pleine curée de fin d'année, entre des carcasses noires aux vitres teintées et chauffeurs cheveux gominés pour atténuer leurs crolles et leurs accents.
Le long de la Toison d'Or, côté The Hotel, quelques miséreux adoptent des postures dramatiques pour titiller l'impôt des riches avec des cartons Lidl comme pancartes de ravitaillement.

Il y a des contrastes néphrétiques.

Arrivée dans les Marolles, je vois la pluie et le vent retirant les affiches No Parking des vitrines des commerçants anti-plan-Mayeur et cons-frères.
A la clé d'Or, côté gens vivants, une brochette de japonaises, deux vieux sentant le sapin et l'urée, des jeunes et vieux (d')à côté(s), quelques infiltrés. Soupe et pistoleis, boulettes et croques. Jean Ferrat à fond, un chien dansant.
A la clé d'or, côté gens d'avant, se dilue et se diffuse l'idée d'un îlot radeau perdu dans un océan aseptisé, la buée sur la vitre refusant de donner l'image probable que "ça" va s'arrêter.

Il y a des contrastes synthétiques.

Sensation plurielle d'être à la bonne et la mauvaise place, souvent.
Émotion purement informelle d'une marche à pieds et à poings fermés.

C'était une bien trop courte marche.

 

(art by Matsui Fuyuko)

16:59 08/12/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

1
déc

pourquoi ce blog n'est plus le blog de l'écrit (question / réponse)

Je garde ce blog puisqu'il est le dépôt d'archives, de coups de coeur et de corps, de tentatives de mon regard sur les choses qui naissent et meurent, mais je n'y écris plus, il est devenu, après presque 10 ans, un espace culturel plus qu'artistique, un lieu d'autres plutôt que personnel. Je l'aime encore, quel qu'il soit, je le visite encore, aussi peu relié à ma vie soit-il parfois.

La photographie a pris une place plus aisée dans ma manière d'explorer ma langue et le silence a su être le gardien de bien de sombres lectures, écritures. Le silence pour ce blog, pas pour moi.

Alors voilà, sans tourner une page, j'avais envie de dire oui et non à ce blog, là, après presque dix ans.

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12:37 01/12/2014 | Lien permanent | Tags : ego-tripes, ego trip-e, act-u |  Facebook

Alberto García-Alix, homme d'images devenu image

Article de Luc Desbenoit  / Télérama

"Mon côté féminin", autoportrait, 2002.

 


  • Alberto García Alix – De faux horizons
    Expo
    Alberto García Alix – De faux horizons - 22/10/2014 à 25/01/2015

  • Depuis quarante ans, Alberto García-Alix photographie les blessés de la vie qui l’entourent. Et lui-même, qui fut, dit-il, sauvé par son art.

 On l'avoue : on est inconditionnel de l'Espagnol Alberto García-Alix, l'un des meilleurs photographes contemporains. Jusqu'à se retrouver dans la posture d'une midinette intimidée avant de le rencontrer à Madrid. Le rendez-vous est fixé au cœur de la ville, au Circulo de Bellas Artes, le cercle historique des artistes depuis un siècle – jadis fréquenté par le jeune Picasso – où García-Alix expose depuis le début de l'été ses autorretratos (« autoportraits ») dans le cadre du festival PhotoEspaña.

Son œuvre laisse deviner qu'il n'est pas un lève-tôt. Ce jour-là, à 12h30, il commande son premier café de la journée, enchaînant sur un deuxième, s'empêchant pendant une bonne demi-heure d'allumer une cigarette. Lorsqu'il se l'autorise, il fume clope sur clope avec la gloutonnerie d'un noyé aspirant de l'oxygène.

“Mes autoportraits correspondent souvent à des épreuves”

Depuis quarante ans, Alberto García-Alix photographie son entourage : les marginaux, les rockers, les motards, et très souvent lui-même, à la façon du Rousseau des Confessions, cherchant à se dévoiler sans rien laisser dans l'ombre. Il ne se fait pas de cadeau, se fixe dans l'objectif, blessé, défait, malade, en proie au doute, à la souffrance, à la dépression, aux illusions. Une sorte de Don Quichotte moderne ayant troqué sa Rossinante contre une Harley-Davidson. Celle garée sur ce boulevard aux immeubles un rien pompeux qu'il enfourchera à la fin de l'entretien pour achever les tirages des images de ses deux expositions à Paris.

Sur certains clichés, l'artiste de 58 ans ressemble à un vieillard au visage parsemé de rides, en bout de course, le regard égaré, paumé, à la fois Christ crucifié et mater dolorosa. Rien à voir pourtant avec l'homme au regard clair et pétillant que nous découvrons. On s'en étonne : « Mes autoportraits correspondent souvent à des épreuves. Je les grave pour ne pas les oublier. » Lorsqu'on lui demande ce qu'il photographierait, ici, dans ce bar rococo au plafond peint, garni d'un piano à queue et d'un mur de verroteries, il choisit sans hésiter la statue de la femme nue allongée dans une pose alanguie, œuvre de Moisés de Huerta (El Salto de Léucade, 1910).

  • "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002 12 / 12
    "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010 1 / 12
    "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Caché dans ma peur", Alberto García-Alix, 2009 2 / 12
    "Caché dans ma peur", Alberto García-Alix, 2009

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Autoportrait à Formentera", Alberto García-Alix, 2010 3 / 12
    "Autoportrait à Formentera", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El lamento de un perro", Alberto García-Alix, 2011 4 / 12
    "El lamento de un perro", Alberto García-Alix, 2011

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Monologue avec un corbeau", Alberto García-Alix, 2011 5 / 12
    "Monologue avec un corbeau", Alberto García-Alix, 2011

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Gema", Alberto García-Alix, 2003 6 / 12
    "Gema", Alberto García-Alix, 2003

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "San Carlos", Alberto García-Alix, 2014 7 / 12
    "San Carlos", Alberto García-Alix, 2014

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Masque indélibile", Alberto García-Alix, 2010 8 / 12
    "Masque indélibile", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Expresionismo Feroz", Alberto García-Alix, 2014 9 / 12
    "Expresionismo Feroz", Alberto García-Alix, 2014

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Tesoro de Bubu", Alberto García-Alix, 2010 10 / 12
    "El Tesoro de Bubu", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Témoin d'un crime", Alberto García-Alix, 2010 11 / 12
    "Témoin d'un crime", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002 12 / 12
    "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010 1 / 12
    "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

On aurait pu s'en douter, tant les femmes tiennent une place centrale dans son travail. Son cadrage briserait cependant l'académisme de l'œuvre, en se concentrant juste sur les mains qui flirtent avec les pieds. Un cliché sensuel à la García-Alix. Une image claire, simple, mystérieuse, comme tous ses tirages aux noirs et blancs très graphiques, et qui évoquent le coup de crayon d'un maître.

Fils de bonne famille, Alberto García-Alix est venu à la photo par hasard. En 1975, à 19 ans, il décide de plaquer ses études de droit à Madrid pour s'engouffrer, à la mort de Franco, dans la Movida, cette immense fiesta que célèbre alors la jeunesse espagnole. Comme tous ses amis, Alberto se shoote à l'héroïne et commence à saisir, sans intention précise, son entourage se plantant des seringues dans le bras, le milieu underground de la nuit, mais aussi des acteurs porno qui s'exhibent à poil dans des positions provocantes et que son objectif restitue par on ne sait quelle magie, en images d'une indicible pudeur.

“Mes références sont plus littéraires que photographiques”

Très cultivé, même s'il se décrit comme un « éternel voyou », le photographe en blouson de cuir, à la voix éraillée, se souvient des visites au musée du Prado commentées par sa mère : « Les dimanches, elle nous emmenait, mes cinq frères et sœurs et moi. Elle commentait les formes et les couleurs des tableaux de Velázquez, de Goya. Elle m'a appris à regarder, à réfléchir au sens d'une image. Mon père avait une bibliothèque incroyable. J'ai découvert Flaubert, Balzac, et surtout Céline et son Voyage au bout de la nuit. Je suis toujours un lecteur compulsif, insatiable. Mes références sont plus littéraires que photographiques. »

Régulièrement, des admirateurs sortant de l'exposition, toujours très fréquentée, viennent interrompre l'interview pour une signature de son livre d'autoportraits, ou l'apostropher d'un « ¡ Holà Alberto ! », ponctué d'une tape amicale sur l'épaule. Homme d'images, García-Alix s'est lui-même transformé en image. Il est tatoué des pieds à la tête. Il a commencé vers l'âge de 20 ans, bien avant que cela devienne une mode internationale, dans l'esprit des marins qui jadis racontaient les péripéties de leurs voyages en dessins sur le corps.

Sur sa tempe, une étoile. « Ça, c'est mon côté superstitieux. Elle me protège et m'empêche de m'effondrer. » La montre sur son poignet ? « Lorsque j'étais à Buenos Aires, on m'a braqué en pleine rue et volé une montre très importante pour moi. La seule chose qui me restait de mon père. J'étais complètement déprimé. Je voulais rentrer en Espagne. Et puis je me la suis fait tatouer sur la peau. Ça m'a aussitôt consolé. Personne ne pourra plus me la voler. » Ce curieux cadre sur la main duquel s'échappent des personnages à la Chagall ? « Ça date de mon séjour à Paris [en 2005 et 2006] pour un traitement contre l'hépatite C. Deux années noires, un cauchemar. Je voulais m'échapper de ce cadre, de la maladie, de Paris. M'échapper de tout, trouver une autre vie. »

Il aime par-dessus tout les rencontres, comme le racontent ses milliers de portraits. « La photographie m'a tout appris, à aimer, à me comprendre et à comprendre les autres, à regarder le monde. Elle m'a empêché d'aller trop loin, elle m'a sauvé de la mort quand j'aurais pu sombrer définitivement dans la drogue, comme mon frère et la plupart de mes amis. Je suis un survivant. » Il a raconté cette hécatombe dans une vidéo bouleversante, De donde no se vuelve (« D'où l'on ne revient pas »).

 L'un de ses plus beaux livres s'appelle Lo que dura un beso (« Ce que dure un baiser ») (1) . A ses débuts, il avait qu'un téléobjectif de 80 mm. Il l'a troqué contre un grand-angle, pour se rapprocher de ses modèles jusqu'à les toucher, à la distance d'un baiser. On ne peut mieux décrire la sensation que l'on ressent face à ses images. Celle d'un baiser.

 http://vimeo.com/34549728

(1) Lo que dura un beso, éd. Kamel Mennour, 136 p., 45 €.

12:05 01/12/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

24
nov

Femmes, je nous aime.

Branleuses
+
Tout le monde (le fait)
+
Les filles
+
Poésie

En cet’ soirée de mars, propice aux giboulets

Nous voulions partager, nous voulions diffuser

Un morceau de radio, tout fait de poésie

De nos voix étoffées, quelques poèmes choisis

***

Critiquer le verbiage, des auteurs reconnus

Qui n’ont eut que de cesse, de rabaisser les femmes

Et de croire chez elles, une absence de flamme

les enrimant en muses, ou en bas-bleus déçues

***

Vous allez écouter des poétesses rimer,

Créer imaginaire, décimer leurs colères,

Reprendre le hasard, ne plus se laisser faire

Et des vers féministes, vous pourrez admirer

bibliographie, discographie et tout le tralala

Sumyko. 2014.jpg (art by Sumyko)

 

Musique :

Théorie :

  • Création : où sont les femmes ? Nathalie Epron, édition terres d’éclat
  • Devenir poétesse à la belle époque, Patricia Izquierdo, édition l’Harmattan
  • femmes art et pouvoir Linda Nochlin, éditions Jacqueline Chambon

Poèmes lu :

  • Marina Tsvétaeva ( extrait de création, ou sopont les femmes, de Nathalie Epron)
  • Dans Anthologie de la poésie des femmes du Québec, Nicole Brossard et Lisette Girouard, les éditions du remue-ménage :
  • Les femmes, Pauline Julien
  • Pourquoi ?, Cécile Chabat
  • Archives distraites, Germaine Beaulieu
  • Réalité, Andrée Chaurette
  • Révolte, Marie Le Franc
  • La haine, Renée Vivien, oeuvre poétique compléte de renée vivien 1877-1909, édition régine desforges
  • Translations, adrienne rich, 1972
  • La poésie n’est pas du luxe, Audre Lorde, Sister outisder, Editions Mamamelis
  • The Bridge Poem, Donna Kate Rushin, This bridge called my back, edition persephone press ; traduction française Paola Bacchetta et Jules Falquet.
  • Révolte, Andrée Chedid, texte pour un poème, Flammarion
  • How to Tame a Wild Tongue, Gloria Anzaldúa Borderlands La Frontera the New Mestiza, third edition
  • Une femme sans homme c’est comme un poisson sans bicyclette, collectif, en manif
  • If only out of vanity, StceyanChin

et puis aussi on ne l’a pas mis dans l’emission masi voici un petit  bonus qu’on nous a envoyé et qui a été fait pout shiftcore (d’ailleur il y a une emission sur shiftcore !) :

 

Voir en ligne : pour telecharger : clic droit enregistrer la cible du lien sous...

girlz

article de filles bien avec qui j'approuve j'accorde je relie je trouve je peaufine je suis bien. ici.

23:51 24/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

22
nov

Résumé de la 46ème soirée filles avec un cerveau (chacune) chez Nathalie à Schaerbeek.

Voilà, la 46ème a eu lieu... c'était bien, doux, dense, clair, bien, ... (ce qui apparait en gris est hyperliant, donc cliquez et laissez la magie agir)

Anissa : Youyou Vs. Yodel (performance @ BEURS le 28/11) + reprise de Fairyground Attraction … CLARE’s song avec la voix d’Anissa au dessus des / dans les corps.

Nathalie : Histoire d’amour courte mais intense de la grand-mère. Ampoulage et Déraison.

girlz, artsMarino : Bob & Bobette traduit, films East is East / Shower
et apprécier le Curry de Suzy

Christine: Extrait d’un manuscrit en route vers le monde… La vie secrète de Jiminy Cricket… et Jiminy lui-même apparu ce soir là.

Sophie : le destin, les choses à côté ou son joug, la parabole du zeppelin, des flammes, des voies impénétrables mais pénétrées.

Fatma : ma mère a trouvé les numéros de la loterie mais… texte sur soi, sur d’autres, pour chacun-e. Mixités et transversales.

Paloma : Le test de Bechdel et la possible lecture qu’il donne au regard sur les films, et autres récits.

Claire : L’odeur des arbres (spectacle écrit par Koffi Kwahulé et mis en scène par Isabelle Pousseur, vu à Ouagadougou (pendant la chute de Blaise Compaoré) dans le cadre des Récréatrales menées entre autres, par Etienne Minoungou alias Mohamed Ali – spectacle au Public début 2015) bientôt à l’Océan Nord.

Béatrice : Le petit peuple des mares, exposition (=> 30/11) et choix de vie et merveilles d’un village… (image jointe)

petit peuple des mares bea Duc.jpg

Linda : Prix Europa ou pas Prix Europa. She ist eine Berliner. Documentaire Petit T en tout cas.

Zoélie : Manifestation dans Bruxelles de loin, l’inquiétude et les sons des colères. Train et GSM.

Pauline est venue mais n’a pas eu l’énergie nécessaire pour rester et présenter ce qu’elle avait apporté – prochaine fois !

Alice : Chorale de lutteurs-chanteurs-lutteuses-chanteuses à former, à inventer. Une chorale qui dit, qui évoque, qui inspire, qui dénonce.

girlz, artsAliette : Dictaphoneuse avec la question « la rencontre, c’est… / ce serait… » + Mentions de jtebaise + rencontres du 3ème type (blog de Suzy)
ET extrait d’un livre sur la femme auteure-autrice de Caroline-Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis.

Amélie : pas le débat sur la cohérence dans la vie, au travail mais bien un podcast à écouter mille fois sur l’amour et les restes d’un texte de Kristian Hallberg… True Love Will Find You In The End

Karine: Je ne suis pas / elles sont.

Suzy: chant d'enfance d'un Maroc pluriel, polysémique, mères, familles, clans, passerelles entre langues et peuples. (+ blogs sus-mentionnés)

Milady:la peur comme moteur social et politique et médiatique et humain et physique et comme frein social et politique et médiatique et humain et physique. Peur d'avoir peur, plus encore. + Expo photo "Oeil pour Oeil" à venir pour le 4ème anniversaire de la boutique Maelström.

Prochaine soirée filles fin janvier - chez qui? On verra.

10:33 22/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, arts |  Facebook

13
nov

Breillat / Devésa (et puis Aventin pas loin)

"Cher(e)s Collègues,
Cher(e)s Etudiant(e)s,
Cher(e)s Ami(e)s,


Je me permets de vous informer que la vidéo (tournée par l'Equipe Mollat) de l'Entretien que m'a accordé la romancière et cinéaste Catherine BREILLAT le 10 octobre, et qui a été diffusé en ouverture du Colloque international "La Trahison des images, la déficience des langues" (Bordeaux, 17-18 octobre 2014), est désormais en accès libre sur YOUTUBE.

C'est un document important ayant trait à l'oeuvre de Catherine Breillat, à sa représentation du féminin, à son travail d'adaptation du texte à l'écran.

Vous le trouverez en suivant ce lien :

http://www.youtube.com/watch?v=HASRAP1fWhg

Je veux ici remercier l'artiste pour sa générosité. Et exprimer ma gratitude à M. Denis Mollat et à toute son équipe pour avoir consenti à tourner ce film.

Avec l'expression de me salutations les meilleures,

M. Jean-Michel Devésa"

+

http://www.ferulg.ulg.ac.be/pdf/aventin_dossier_presse.pdf

21:07 13/11/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts |  Facebook

5
nov

Oeil pour Oeil - Expo photos de mon oeil - déc14 -> jan15

Oeil pour Oeil - expo milady renoir - Maelström Boutique - 20142015.jpg

23:07 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : arts, agendada, act-u |  Facebook

Pacôme Thiellement écrit comme j'aimerais penser.

Le poème du management et de la mort

Écrivain et vidéaste. Collaborateur de Rock & Folk et de Chronic’art, il est chroniqueur pour ventscontraires.net (revue collaborative du théâtre du Rond-Point) et pour l’émission Mauvais genres de France Culture. Il est l’auteur de nombreux essais consacrés à la culture pop et vient de publier Les Cinq Livres du King avec l’illustrateur Jonathan Bougard, aux éditions Le Feu Sacré.

 

"La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse. Elle est d’abord une maille pour attraper les êtres invisibles, un masque à pensées et une boîte à rêves. À la source de chaque langue, il y a sa relation avec la « langue des ­oiseaux », c’est-à-dire la façon dont elle entre en relation avec d’autres états de notre être – ceux que l’on appelle les Anges. Et tous les poètes parlent la « langue des oiseaux », qui est parfois la simple découverte d’un rythme ou d’une syntaxe émotive inédite. Toute parole poétique, comme tout amour, est un passage vers l’au-delà.

Ce n’est pas son mélange avec les autres langues qui appauvrit le français ; même avec l’anglais des films et de la musique pop. C’est sa contamination par le langage de l’entreprise, le jargon des publicitaires et politiques, la langue de l’information et de la communication. Ce qui tue une langue c’est son usage « de communication », c’est sa volonté d’être « comprise » à tout prix, son obsession à pénétrer dans le cerveau de son interlocuteur. Cette langue-là, qu’on voit à l’œuvre dans n’importe quel débat d’idées, on peut la haïr comme un viol, parce qu’elle ne s’adresse qu’à ce qui nous rabaisse. Elle ne nous perçoit que comme de la viande à voter, acheter, payer le prix fort et recommencer. Et on ne peut jamais lui répondre, puisque c’est à cet usage polémique qu’elle cherche toujours à nous rabaisser. C’est comme les oiseaux mécaniques qui pourrissent la vie du président Schreber : ça ne sert à rien de les insulter ou de les frapper ; le névropathe doit leur répondre par d’étranges variations homophoniques pour qu’ils se taisent – qu’ils se taisent, enfin. On doit faire pareil avec les managers, les publicitaires et les experts : seule l’interruption poétique pourra mettre fin à leur règne. On doit les tuer par un mystère qui les enferme et les dépasse. Qui écrira enfin Le Poème du management et de la mort ?

On dit que les hommes d’autrefois, menés par Nemrod, le roi-chasseur, avaient construit une tour pour accéder au ciel. Le démiurge la détruisit ; et de cette destruction provint la multiplicité des langues. Franz Kafka et Raymond Abellio ont tous deux parlé de la fosse de Babel. Mais le monde de la communication et du management nous apprend que Babel n’est ni une tour ni une fosse. C’est une plateforme – et c’est sur la plateforme de Babel que nous marchons tous aujourd’hui, priant pour qu’un démiurge revienne afin de la mettre en pièces une bonne fois pour toutes.

Car on ne meurt ni dans l’unification titanesque des Anciens, ni dans la dissémination des Modernes. On meurt dans la langue aplatie des ministres et des hommes d’affaires, des technocrates et des chroniqueurs télévisuels. Une langue que tout le monde parle, mais que personne n’écoute. "

20:43 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

De Xavier à Françoise

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Aucune violence n'est plus grande que la violence que l'on tolère par couardise, Madame Laborde, et le mutisme participe d'une violence semblable

Lettre ouverte de Xavier Dolan à Françoise Laborde

Xavier Dolan, le nouveau prodige du cinéma mondial, auteur de nombreux films à 23 ans (Les amours imaginaires, Laurence Anyways), a été attaqué En 2013 par Françoise Laborde, journaliste du CSA, dénonçant la violence du clip College Boy que Xavier Dolan a réalisé pour le groupe Indochine. Défense implacable, dans une longue lettre, des accusations proférées.

 
 
"Chère Françoise Laborde,

En 1990, je vous aurais écrit afin de me battre pour que vive le vidéoclip College Boy d'Indochine.

En 1990, votre décision et celle de vos pairs aurait fait en sorte qu'il soit vu par des milliers de gens, ou qu'il sombre dans l'oubli, mort-né.

Vingt-trois ans plus tard, les plateformes de diffusion en ligne ont pu nous assurer, depuis jeudi dernier, un nombre de visionnages approchant le million.

En effet, l'Internet veillera à la survie de ce document produit non pas dans l'optique d'exploiter la violence de manière superficielle, mais bien dans celle de fournir à la jeunesse une oeuvre à la fois réaliste et poétique, et qui puisse illustrer de manière graphique la brutalité dont ils sont tour à tour les dépositaires, instigateurs, ou témoins.

Vingt-trois ans plus tard, donc, la recommandation à laquelle vous vous apprêtez, davantage que de préserver l'imaginaire des jeunes, officialisera une posture sociologique sur les notions actuelles de censure, et sur l'inaptitude de l'adulte moderne à tolérer la mise en images des phénomènes sociaux dont il est directement ou indirectement responsable.

En entrevue au Grand Direct des Médias sur Europe1, vous affirmez que mon vidéoclip "montre des images dont la violence est insoutenable... [...] Il y en a assez de cette mode de la violence... La mort, ce n'est pas esthétique. La violence, ce n'est pas esthétique. La torture, ce n'est pas esthétique." À la lumière de vos commentaires, j'en déduis que vous me percevez comme un artiste à demi-conscient qui n'a pour seul moteur que la confection de son plus récent caprice, ne réalisant pas la teneur de son propos ni la portée de son geste. "On ne dénonce pas la violence en montrant de la violence" ajoutez-vous. Alors comment la dénonce-t-on? Comment la dénonce-t-on sinon par la démonstration par l'absurde? Qui peut ici se targuer d'avoir pu sensibiliser les générations précédentes à l'intolérance, l'agressivité et l'ostracisme? Vous? Dans l'optique où c'est ce que nous avons tenté de faire, censurer mon travail parce qu'il est violent fait montre d'une grande incompréhension de l'essence du vidéoclip, dont votre lecture se limite aux surfaces, mais plus largement de votre incompréhension du contexte social dans lequel vous oeuvrez, et de l'incompatibilité de votre démarche avec cet espace-temps. En effet, Madame Laborde, vous arrivez à table pour le débat sur la légitimation de la violence à l'écran avec environ trente-cinq ans de retard. Car qu'en est-il de tous ces films qui prennent l'affiche chaque vendredi et qui banalisent le geste violent depuis les quatre dernières décennies? S'il était un temps où vos logos prohibitifs et drapeaux jaunes suffisaient à limiter leur spectre délétère, votre devoir, aujourd'hui, en tant que membre du Conseil de l'audiovisuel supérieur de France, est de réinsérer les attributs de votre mandat dans la réalité actuelle telle que redéfinie par l'héritage de la technologie.

Or, cette technologie permet, en 2013, à n'importe quel enfant de visionner, à défaut de le voir en salles, la bande-annonce de n'importe quel film classé 18 ans et plus. Il pourra éventuellement en voir des extraits incrustés sur YouTube, Dailymotion, et enfin le télécharger une fois pour toutes sur AppleTV ou Netflix deux mois plus tard à peine, et sans autre forme de procès. Aujourd'hui, les limitations de la violence sont proportionnelles aux limites que l'espace virtuel nous propose: presque aucune.

Et qu'en est-il de tous ces vidéoclips issus de la culture nord-américaine du hip-hop? Se formalise-t-on encore de toute cette sexualisation de la jeunesse et de l'objectualisation de la femme? Les outrances du début du siècle ainsi que nos prises de position d'alors sont-elles encore aussi passionnées ou se sont-elles transformées en velléités de sanctions visant à justifier l'existence des bureaux de censure rendus désuets par l'autocratie du net? Tout le monde était scandalisé quand le clip Baby One More Time de Britney Spears est sorti en 1999. Je le revois aujourd'hui et suis persuadé que l'adolescent lambda se demanderait pourquoi Britney Spears porte autant de vêtements.

Devant l'inévitable démantèlement du goût et de la moralité, plusieurs actions sont envisageables, mais votre volonté d'interdire la diffusion de mon vidéoclip aux moins de 18 ans relève d'un geste plus automatique qu'il n'est véritablement réfléchi. Vouloir les priver de notre message est comme interdire à cette même jeunesse un documentaire sur le taux de suicide chez les mineurs. Vous pointez du doigt la violence promue par mon travail, sa stylisation et, enfin, son apologie, sans vous demandez si c'est ce que perçoit un enfant, alors que votre fonction se définit presque entièrement par votre capacité à l'analyse emphatique. À cet âge, chaque garçon et chaque fille décideront bientôt des hommes et des femmes qu'ils deviendront pour le reste de leur vie, et il faut désormais faire preuve d'imagination et d'audace pour savoir réellement imprimer leur esprit. J'aurais voulu, à cet âge, qu'on me dise tout le mal que je pouvais faire en insultant de manière incessante un camarade de classe, dans le but probable d'échapper moi-même aux brimades des autres, mais les brochures éducatives en papier glacé et les vidéos corporatifs sur l'intimidation passaient inaperçus dans la cour d'école où il fallait survivre à la meute.

Par ailleurs, la violence à laquelle les jeunes sont exposés en regardant mon clip n'est pas plus grande que la violence à laquelle ils sont exposés lorsqu'ils regardent les nouvelles françaises où des familles s'en prennent physiquement à des couples homosexuels manifestant pacifiquement, ou des nouvelles américaines où un enfant de cinq ans tue sa soeur avec une arme à feu, ou des nouvelles, encore, qui nous montrent de jeunes hommes et de jeunes femmes s'étant enlevé la vie au Texas, au terme de supplices continus et renouvelés. Ou enfin, bien sûr, des nouvelles où l'on nous montre Newton, Connecticut, avec en prime des interviews de parents dont le corps des enfants est encore tiède -le voyeurisme de l'information en direct n'est-il pas une forme de barbarie plus malsaine encore? Aucune violence n'est plus grande que la violence que l'on tolère par couardise, Madame Laborde, et le mutisme participe d'une violence semblable.

Depuis le 2 mai dernier, jour de sortie du vidéoclip, des dizaines de milliers de commentaires lisibles sur les réseaux sociaux attestent d'un accueil plus que favorable par les médias et le public, de jeunes victimes d'intimidation à leurs parents, en passant par des professeurs, des psychologues, ou d'anciens intimidés. Le vidéoclip est numéro un des ventes sur iTunes dans sa catégorie, et il a été jeudi dernier le numéro un des tweetos sur les twittosphères françaises et québécoises pendant plusieurs heures consécutives, un témoignage incontestable de la discussion qu'il suscite.

Paradoxalement, nos seuls véritables détracteurs sont les bureaux de censure et les chaînes de télédiffusion, qui refusent de passer notre vidéoclip avant même d'avoir eu votre recommandation. Alors que c'est en vous, en eux que nous espérions les alliés les plus logiques, je constate qu'il existe au sein de vos groupes une culture de la lâcheté, presque instinctive, camouflée par une fausse outrance, une inclination sensationnaliste qui font d'eux, et de vous, des complices de la stagnation.

Oscar Wilde disait, dans un ordre d'idées approchant, que ce que l'art reflète en réalité, c'est le spectateur et non la vie. Or, ce qu'il reflète ici, de la part de ses censeurs, c'est soit le réflexe inquiet du bourreau démasqué, et qui ne peut, par culpabilité, tolérer une telle violence, ou celui, plus timoré, de ceux qui se bandent les yeux, le propre d'une société qui préfère générer des controverses plutôt que de régler les problèmes qui les provoquent.

Pour conclure, jamais il ne fût question de choquer volontairement, ou de provoquer un coup de marketing -dont ni Indochine ni moi n'avons besoin, soyons francs- ce que par ailleurs vous avez fait de votre propre chef en créant ce scandale imaginaire. Je ne pourrai, dans cette mesure, jamais assez vous remercier de l'exceptionnelle visibilité que vous avez donné à mon travail, bien qu'il soit dommage que cette polémique n'origine non pas de votre soutien, mais de votre refus de contrer la violence par l'action plutôt que par le silence.

Cordialement,

Xavier Dolan"

 

 

+ éclairage d'un homme (1) que j'aime, parce que ça m'aide à ouvrir les tempes:

 

"C'est magnifiquement torché, et il a parfaitement raison.

Mais pour moi, sa défense est mauvaise sur un de ses axes. Il y en a deux principaux, et d'autres connexes. Le premier des deux est pour faire simple que le monde est violent et que son clip montre une réalité à laquelle bcp sont confrontés . C'est la bonne raison. Le second, dire que ce à quoi on a accès via le net par exemple est bien plus violent et sexiste que ce qu'il fait, je trouve que c'est pas un axe valable. D'abord parce qu'il sous entend aussi que ce vivier de violence est plus moralement discutable (pornographie, voyeurisme, etc) et je n'aime pas les arguments qui cachent (bien) un jugement moral. Ensuite parce que si il le dit avec une magnifique plume, ce seront les mêmes raisons que n'importe quel réalisateur de clip hip-hop bourré de femmes nues et objets utilisera. 
Dans ses arguments connexes, je suis d'accord aussi ( genre évidemment qu'indochine n'a pas besoin de ça, même si c'est pas a eux mais à leur firme de disque et clip que ça rapportera le plus) , et tout ce qui touche à ce qu'il dit directement à son interlocutrice est Evidemment vrai, en fait il n'y a aucune position dans un acte de censure comme celui-là, il n'y a Evidemment aucune pensée de fond."

 

20:40 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : poly-tiques |  Facebook

The female artists reclaiming their bodies - article

The female artists reclaiming their bodies

Breaking free of the male fantasy, these artists are shifting the female body’s artistic depiction into the 21st century – warts and all

 
 

Elinor Carucci “Nipple Hair”, 1996, Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative Courtesy of Elinor Carucci

The female figure has been a central object of Western art since time immemorial: from Botticelli's marine nudes to Titian’s ravishing lovers and Courbet’s 1866 “Origin of the World”. But rarely have women’s representations of themselves been given air to breathe. As English art critic John Berger wrote in his 1973 Ways of Seeing, describing media culture’s shaping of gender politics and the woman as object: “Men act and women appear. Men look at women. Women watch themselves being looked at.” It is through this prism of patriarchal control that much exploitation of women has been enacted: commonly phallocentric portraiture has been used to permeate the rest of society.

In fact, the late-Austrian painter Egon Schiele – whose The Radical Nude exhibition is currently taking place at London’s Courtauld Gallery – is perhaps one of the few examples of a man able to expressively convey the radical, raw beauty of nude women, as fluid beings rather than fixed objects. Schiele’s lively brushstrokes evoke women in control of their potent sexuality, rather than defined by it. Here, we take a look at some of the most radical female artists reclaiming their body in the 21st century, and in doing so, opening up a new realm of independence and possibility.

SHEILA PREE BRIGHT

Atlanta-based photographer Sheila Pree Bright, who explores the complex nature of racial identity in her work, finds the beauty standards set by mass-produced, ubiquitous Barbie dolls to be problematic. In Plastic Bodies, a series of digitally manipulated photographs, Bright contrasts fragmented bodies of multicultural women with the dolls, revealing the “global assimilation of cultures, ethnicities, and loss of personal identity many women of color experience as a result.”

 

Sheila Pree Bright “Untitled 2” from Plastic Bodies, 2014, Pree Bright explores the complex nature of racial identity, finding the beauty standards set by mass-produced, ubiquitous Barbie dolls to be problematic via sheilapreebright.com

WANGECHI MUTU

“Females carry the marks, language and nuances of their culture more than the male. Anything that is desired or despised is always placed on the female body,” observed the Nairobi, Kenya-born sculptor and painter Wangechi Mutu, currently on show at Victoria Miro gallery. Describing herself as “an irresponsible anthropologist and irrational scientist,” Mutu makes powerful, dangerous, and erotic collages out of ethnographic photography, 19th-century medical illustrations and magazine pornography.

 

Wangechi Mutu Mutu makes powerful, dangerous, and erotic collages out of ethnographic photography, 19th-century medical illustrations and magazine pornography via blogs.colum.edu

NANCY UPTON

In response to the well-documented treatment of non-model women by American Apparel, Nancy Upton took a series of photographs of herself in distinctly anti-AA style. The size-12 Upton mocks the deliberately sexualised poses struck in American Apparel ad campaigns by chowing down on chicken wings, bathing in baths of ranch dressing, and smothering herself in pie. “I don’t believe that beauty should be qualified as because of someone’s size or in spite of someone’s size,” she wrote.

 

Nancy Upton Upton took a series of photographs of herself in distinctly anti-AA style, deliberately mocking the sexualised poses struck in American Apparel ads by chowing down on chicken wings, bathing in baths of ranch dressing, and smothering herself in pie via thelook.today.com

SUSANNAH MARTIN

Berlin-based artist Susannah Martin tackles the issue of how female bodies have been represented head-on: her paintings of female nudes are unequivocally from a female point of view. Her oil paintings are a contemporary update on classical nudes, where instead of being within the rigid confines of the male gaze, Martin’s women are independent, liberated, and enjoying themselves in the world.

 

Susannah Martin “Give Up Your Drugs”, Martin’s nudes are unequivocally from a female point of view via saatchiart.com

VANESSA BEECROFT

Through a long history of staged performances, Italian artist Vanessa Beecroft brings the power of the female body off the page and into a tableaux vivant. Often gathering dozens of nude women – who vary in shapes and sizes – Beecroft, widely known to have had a past eating disorder, aims to reclaim sexualised images of women and recontextualise them as feminist empowerment. To date, she has – not uncontroversially – staged 73 performances that use sexual imagery from a very feminine point of you. Delve into her 1999 performance VB40 below, which staged semi-nude models in perfect hair and make-up, forced to stand for over two hours for each performance. Staged at Sydney’s Kaldor Public Art Projects, it was described as; “a collective portrait of idealised femininity and desire within a consumer culture”.

ELINOR CARUCCI

Israeli-American photographer Elinor Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative. Her reality isn’t glamorised, hidden or false; from documenting menstrual blood, the hair on her nipple and the awkward imprint of a zipper on her bare stomach. Her latest project Mother, focuses in closely on the embodied experience of motherhood today. Beginning with a pregnant Carucci taking self-portraits, then graphic photography of the post-pregnancy body, and concluded when her twins were eight years old, not always smiling. She explained: “My intention was to show motherhood for what it is, not the celebrity version: perfect mothers and perfect babies.”

 

Elinor Carucci ”My Belly After Pregnancy and C-section”, 2004, Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative via martinyordanov1221889.files.wordpress.com

ALEAH CHAPIN

Winner of the BP Portrait Award in 2012, 28-year-old artist Aleah Chapin revels in the beauty of elderly female bodies; not just those of lean youths. Her Aunties Project – partly exhibiting at London’s Flowers Gallery – is a playful series of giant nude paintings of mature women, proudly displaying all of the wrinkles and sagging that comes with age. “We’re told that our bodies are supposed to be a certain height, certain size, certain weight,” said Chapin. “But the pictures we see are completely unrealistic.”

 

Aleah Chaplin “And I Gathered Their Feathers” (2014), from Chaplin’s playful series of giant nude paintings of mature women, proudly displaying all of the wrinkles and sagging that comes with age via aleahchapin.com

CINDY HINANT

The fetishisation of womens’ bodies and their regular reduction to breasts is something that New York artist Cindy Hinant is acutely aware of. Women is a collection of nine images, each depicting the torso of an artist, which were found online, and tinted into a shade of pink. Their breasts become the focal point, without any context given, thereby reflecting on how images of womens’ bodies are often presented without personal identity or information.

 

Cindy Hinant “Car­olee” from Women, a collection of nine images, each depicting the torso of an artist found online and tinted into a shade of pink. Their breasts become the focal point, without any context given Courtesy of Cindy Hinant

JENNY SAVILLE

Glasgow School of Art graduate Jenny Saville is known for her large-scale paintings of naked women, replete with wholesome rolls of skin, and chunky limbs that almost overflow the canvas. This magnified sort of obesity is something that viewers usually recoil at, but Saville champions it as conveying the raw physicality of existence. Her Closed Contact series saw fashion photographer Glen Luchford take shots of Saville from below – who had put on weight for the project – lying naked against a sheet of perspex.

 

Jenny Saville and Glen Luchford “Closed Contact #10”, 1995-1996, in her collaboration with photographer Glen Luchford, Saville magnified the sort of obesity that viewers usually recoil at, championing it as conveying the raw physicality of existence Courtesy of Jenny Saville and Glen Luchford

MICKALENE THOMAS

Combining African American female subjects with traditional genres of portraiture, such as the work of Romare Bearden, David Hockney, and Édouard Manet, New York-based Mickalene Thomas aims to augment the boundaries of traditional Western art history. Thomas paints provocative works of African American women in a romanticised style that conjures up the 1970s Blaxploitation genre, immediately striking the viewer as an alternative take on womanhood.

 

Mickalene Thomas “She Ain't A Child No More”, 2010, Thomas aims to augment the boundaries of traditional Western art history, striking the viewer as an alternative take on womanhood via mickalenethomas.com

20:35 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, society, arts |  Facebook

4ème anniversaire de la boutique maelström... et...

Bon, ce sera la fête, les 4 ans de Maelström LaBoutique.. ++++ la sortie du recueil "dernières nouvelles de la mort" de Nicolas Marchant et+++++ mon expo photo 'Oeil pour Oeil'... Entre autres évènements.

allez, viendez donc, vin, coeurs et corps chauds, sûrement.

 

Les éditions maelstrÖm ont le plaisir de vous inviter au
4e anniversaire de la boutique librairie maelstrÖm 4 1 4

les 6 et 7 décembre 2014. Un weekend de fête :
expos, sorties de nouveautés, lectures et musique !

Fêtons ensemble la 4ème année d’activités de la boutique ! Deux jours de rencontres, lectures, musiques, performances en pleine convivialité.

AU PROGRAMME :

SAMEDI 6 DÉCEMBRE à partir de 18H30
Vernissage de l’exposition de photos 'Oeil pour Oeil' de Milady Renoir
Présentation des nouvelles parutions des éditions maelstrÖm en présence des auteurs :
« Poche de noir », roman de Gérard Mans ; « Le Cavalier » de Martin Ryelandt ; « Nous nous ressemblons tant », récit de Jean-Pierre Orban ; « Bombe voyage, Bombe voyage », poésies de CeeJay ; « Dernières nouvelles de la mort », nouvelles de Nicolas Marchant ; « Je suis un héros », poésie de Fabien Dariel…
Micro-Ouvert

DIMANCHE 8 DÉCEMBRE à partir de 16H30
Présentation et lectures de la Maison de la poésie de Tinqueux (Reims, France) et de sa nouvelle collection de poésie pour enfants par Mateja Bizjak Petit et Pierre Soletti…
Thé avec les auteurs des nouveautés de la collection Bruxelles se Conte des éditions maelstrÖm : « Le bal des décapités » de Dominique Brynaert ; « Trip Tram » de Kate Milie ; « L’étrange estaminet » de Dominique Leruth ; « Nouvelles pour nouveaux-nés » de Célestin de Meeûs…
Remise du Prix Gros Sel 2014

Entrée gratuite et vin chaud à volonté !

Contact et infos : 02/230.40.07
maelstrom414@maelstromreevolution.org

20:34 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, arts |  Facebook

30
oct

comment le blues m'a pas tuer...

Y avait l'annonce.

Y a eu l'évènement.

Et un monsieur présent annonce ce que ça a été pour lui.

Milady Renoir aborde la Sphère du Blues en Dju Dla
de
Jean Mertens

 

 

Il n’y avait qu’Outre la Meuse, Dju Dla, pour accueillir une fusion blues (et quel blues !)-poésie.

 


 

Poétique du blues

 


La poésie de Milady Renoir semble native au blues, avide de blues; le blues boit la poétesse; la magie prend l’instant et le maintient au faîte de l’exigence.
Dès la deuxième phrase, j’ai su que la soirée serait bonne.
Le trio de blues est rôdé question impros (Foufi est La guitare, Lionel Aquilina câline à la batterie et Farida Amadou mord ses cordes à la basse).
La poétesse a la voix posée des diseuses naturelles.
Elle l’a belle, modulée, acidulée, tendre, ironique, sans apprêt. Proche d’elle.
Elle se laisse imprégner par la force de ces notes de dju dla.

(...)

la suite sur son site fou - furieux - dense.

Merci à Lui et à Vanessa Herzet des Parlantes, à Primaëlle Vertenoeil de Levée de Paroles et à Jean-Paul du Blues Sphere.

21:29 30/10/2014 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, act-u, agendada |  Facebook

23
oct

FAN DE...

"Les « selfies » de l’artiste et photographe finlandaise Iiu Susiraja, qui met en scène son corps et sa vie privée comme de simples objets. Avec cette série d’autoportraits étranges, ironiques et décalés, l’artiste explique que la vie quotidienne et sa propre personne sont les meilleures sources d’inspirations, et que les nombreuses critiques qu’elle reçoit pour son travail font partie intégrante du processus créatif, et donnent tout son intérêt à sa démarche."

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All images © Iiu Susiraja / via

15:45 23/10/2014 | Lien permanent | Tags : arts, place net |  Facebook

20
oct

Musée Intime / Les Instantanées / Géographie Subjective / Collectif 6.35

Le Collectif 6.35 nous a fait écrire, parler, enregistrer nos corps et mots pour un de leurs projets, Le Musée Intime. Le contexte est un festival, les Instantanées de Peruwelz. On avait une sacrée contrainte, celle de partir de mots d'habitants qui ont subjectivement construit une carte à partir de ce qu'ils sont, savent, voient.

Les Auteurs sont pour cette fois: Milady Renoir, Virginie Quéré, Nicolas Marchant et Vinciane Geerinckx.
Le Concepteur est très souvent: Pascal Lazarus, Cie Exto-Colossal

On a fait ça en plus ou moins 6 jours, presque 6 heures. On a ri et aimé faire ça en pensant aux gens qui se baladeraient avec ça entre leurs tempes. Faut imaginer écouter ça dans un lieu qui était l'inducteur de l'écriture, mais quand même, en jouant le jeu.

Voilà, c'était ça.

https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-3 / https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-2 / https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-1 / https://soundcloud.com/cieecknobul/toilettes / https://soundcloud.com/cieecknobul/manege / https://soundcloud.com/cieecknobul/je-marche / https://soundcloud.com/cieecknobul/boniment / https://soundcloud.com/cieecknobul/journal / https://soundcloud.com/cieecknobul/nature-en-force / https://soundcloud.com/cieecknobul/la-gare / https://soundcloud.com/cieecknobul/ballade / https://soundcloud.com/cieecknobul/ici / https://soundcloud.com/cieecknobul/lotto / https://soundcloud.com/cieecknobul/atlas / https://soundcloud.com/cieecknobul/autoroute

21:02 20/10/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

29
sep

Diane Arbus a dit...

DIANE ARBUS : 1923-1971, photographe américaine


"Rien n’est jamais comme on a dit que ce serait. Ce que je reconnais, c’est que je n’ai jamais vu avant."

 

"Ce que j’aime surtout, c’est aller où je n’ai jamais été avant."

 

"Si j’étais simplement curieuse, je pourrais difficilement dire à quelqu’un : " je veux venir chez vous et vous parler et vous faire raconter l’histoire de votre vie." Les gens me répondraient à coup sûr : "Vous êtes folle." En plus, ils seraient bigrement sur leurs gardes. Mais l’appareil photo est une sorte de passeport. Beaucoup de gens tiennent à ce qu’on s’intéresse à eux et ce moyen-là paraît raisonnable. (...)

 

Il se passe toujours deux choses : une impression de familiarité et puis le sentiment que c’est absolument unique. (...)

 

Tout le monde a ce désir de vouloir donner de soi une certaine image, mais c’en est une tout autre qui apparaît, et c’est cela que les gens remarquent. Vous voyez quelqu’un dans la rue et ce que vous remarquez essentiellement chez lui, c’est la faille. C’est déjà extraordinaire que nous possédions chacun nos particularités. Et non contents de celles qui nous ont été données, nous nous en créons d’autres. Toute notre attitude est un signal donné au monde pour qu’il nous considère d’une certaine façon, mais il y a un monde entre ce que vous voulez que les gens pensent de vous et ce que vous ne pouvez pas les empêcher de penser. Et cela a un rapport que j’ai toujours appelé le point de rupture entre l’intention et l’effet. Je veux dire que si vous observez la réalité d’assez près, si d’une façon ou d’une autre vous la découvrez vraiment, la réalité devient fantastique. Vous savez, c’est réellement fantastique que nous ressemblions à ce à quoi nous ressemblons et c’est cela qui ressort très clairement dans une photographie. Il y a quelque chose d’ironique dans la vie et cela vient du fait que l’effet que vous voulez créer ne ressort jamais comme vous l’aurez désiré.

 

Ce que j’essaie de décrire, c’est l’impossibilité de sortir de sa peau pour entrer dans celle d’un autre. Et c’est ce que tout cela tend à dire. Que la tragédie des autres n’est pas la même que la vôtre.

 

Autre chose : une photographie doit être spécifique. Je me souviens, il y a longtemps, quand j’ai commencé à photographier, je me suis dit : "il y a énormément de personnes dans le monde et ça va être bien difficile de les photographier toutes, donc, si je photographie une sorte d’être humain généralisé, tout le monde le reconnaîtra." Ce serait en quelque sorte ce que l’on appellerait "l’homme moyen" ou quelque chose du genre. Ce fut mon professeur Lisette Model qui m’a finalement fait comprendre que plus on est précis, plus on devient général. C’est une vérité qu’il faut regarder en face. Et il y a certaines évasions, certaines pudeurs dont je pense qu’il faut se débarasser.

 

Le procédé lui-même a une sorte d’exactitude, une sorte de pénétration, à laquelle nous ne sommes pas généralement soumis ; à laquelle nous ne soumettons pas notre prochain. Nous sommes plus indulgents envers les autres que l’appareil photo. L’appareil est un peu froid, un peu dur. (...)

 

J’ai beaucoup photographié les phénomènes de foire. Ce furent même les premiers sujets que j’ai photographiés et cela m’a toujours formidablement exaltée. Je les adorais. Et j’en adore encore certains. Je ne dirais pas que ce sont mes meilleurs amis, mais ils me font éprouver un sentiment de honte et de terreur. Il y a une qualité légendaire chez les monstres. Comme un personnage de conte de fées qui vous arrête pour vous demander la réponse à une énigme. La plupart des gens vivent dans la crainte d’être soumis à une expérience traumatisante. Les monstres sont déjà nés avec leur propre traumatisme. Ils ont déjà passé leur épreuve pour la vie. Ce sont des aristocrates. (...)

 

Je ne m’imagine pas qu’on puisse rendre la réalité exactement comme elle est, mais on peut s’en approcher davantage. (...)

 

Une des choses dont j’ai souffert depuis mon enfance, c’est que rien, aucune adversité ne pouvait m’atteindre. J’étais enfermé dans un climat d’irréalité qui pour moi n’était pas autre chose que l’irréalité. Et ce sentiment d’immunité était, aussi ridicule que cela puisse paraître, douloureux. Pendant longtemps, c’était comme si je n’avais pas hérité de mon propre royaume. Le monde me semblait appartenir au monde. Je pouvais apprendre des choses, mais elles ne paraissaient jamais être le fruit de ma propre expérience.

lis tes ratures, humoeurs

 

Je n’étais pas une enfant avec de grands désirs. Je n’avais pas le culte du héros. Je ne voulais pas jouer du piano ni rien d’autres. Je peignais mais je détestais peindre et j’ai abandonné tout de suite après mes études secondaires, parce qu’on ne cessait de me dire que j’étais formidable. C’était l’époque de l’expression individuelle, j’étais dans une école privée et la tendance était de demander : "Que voulez-vous faire ?" Alors vous faisiez quelque chose et ils disaient : "Formidable !" Cela m’a donné le trac. Je me souviens que je détestais l’odeur de la peinture et le bruit du pinceau sur le papier. Quelque fois, je ne regardais même pas, mais écoutais seulement l’horrible bruit du pinceau. Je ne voulais pas qu’on me dise que j’étais formidable. J’avais l’idée que si j’étais aussi douée, la peinture ne valait vraiment pas le coup.

 

Il m’a toujours semblé que la photographie a tendance à traiter de la réalité, alors que le cinéma tend plutôt à traiter de la fiction. (...)

 

Quelque fois, la connaissance de soi-même ne mène nulle part. Quelque fois, cela vous laisse seulement l’esprit vide. Comme : Me voilà, j’ai une histoire. Il y a des choses qui me semblent mystérieuses dans le monde. Il y a des choses qui m’embêtent dans le monde. Mais il y a des moments où tout cela n’a aucune importance.

 

Une autre chose qui m’a amenée à travailler, c’est la lecture. (...)

 

Autrefois, j’avais une théorie sur l’art photographique. C’était la sensation d’intervenir entre deux actions ou entre l’action et le repos. (...)

 

Dernièrement, j’ai découvert avec stupeur à quel point je peux aimer ce que l’on ne voit pas dans une photographie. Une obscurité véritablement physique. Et c’est très exaltant pour moi de retrouver l’obscurité.

 

Ce qui me passionne dans la technique - je déteste employer ce mot qui fait croire à un tour de passe-passe - mais ce qui m’émeut, c’est qu’elle semblait venir d’un endroit profond et mystérieux. Je veux dire que cela peut avoir affaire avec le papier et le révélateur, etc., mais cela vient, la plupart du temps, du choix profond que quelqu’un a fait après de longues réflexions et qui continue à le hanter.

 

L’invention est presque toujours ce genre de chose subtile et inévitable. On a tendance à s’approcher toujours un peu plus de la beauté de sa propre invention. On limite de plus en plus ses choix et on se spécialise. La lumière qui émane de chaque personne, la qualité du tirage, le choix du sujet, tout cela joue un rôle dans l’invention. Il y a un million de choix à faire. C’est une chance dans un sens, ou bien une malchance. Les uns détestent une certaine forme de complexité. D’autres ne veulent que cette complexité. Mais rien de cela n’est vraiment intentionnel. Je veux dire que cela ressort de votre propre nature, de votre identité. Nous avons tous une identité. On ne peut pas y échapper. C’est ce qui reste lorsque tout est enlevé. Je crois que les plus belles inventions sont celles auxquelles on a pas pensé.

 

Certaines photos sont des raids de reconnaissance, sans même que vous le sachiez. Elles deviennent des méthodes. C’est important de faire de mauvaises photographies. Elles peuvent vous faire reconnaître quelque chose que vous n’aviez pas vu d’une façon qui vous le ferra reconnaître quand vous le reverrez.

 

J’ai horreur de l’idée de composition. Je ne sais pas ce qu’est une bonne composition. Je suppose que je dois savoir un peu de quoi il s’agit, car j’ai beaucoup tâtonné pour découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. Parfois, pour moi, la composition est liée à une certaine luminosité ou à une certaine tranquillité. Parfois, elle est le résultats d’erreurs idiotes. Il y a une certaine façon de bien faire et une certaine façon de mal faire et tantôt je préfère le bien fait et tantôt le mal fait. C’est cela la composition.

 

Récemment, j’ai fais une photo - ce n’était pas la première expérience - et j’en ai tiré une quantité d’épreuves expérimentales. Il y avait quelque chose qui clochait dans toutes. J’ai pensé que c’était plutôt raté et j’allais recommencer. Mais il y en avait une qui était tout à fait particulière. Une vraie photo d’amateur. Un peu comme si le mari de la dame l’avait prise lui-même. C’était terriblement direct et assez laid et il y avait quelque chose d’excitant dans cette image. Je me suis prise à l’aimer de plus en plus et à présent j’en suis secrètement folle. (...)

 

Très souvent, quand vous partez photographier, c’est comme si vous vous rendiez à une fête. Disons un concours de beauté. Vous vous faîtes une vague idée de la chose, il y aura des gens qui seront des juges et choisiront un gagnant parmi tous ces candidats et puis, quand vous êtes sur place, ce n’est pas ça du tout. (...)

 

Dans mon travail, je m’accommode de la maladresse. Par cela, je veux dire que je n’aime pas arranger les choses. Si je me trouve en face de mon sujet, au lieu de l’arranger, je m’arrange moi-même. (...)

 

Une chose curieuse : je n’ai jamais peur quand je regarde le verre dépoli. Une personne pourrait s’avancer vers moi avec un revolver, j’aurai les yeux collés au viseur et ce serait comme si je ne pouvais pas être vulnérable. Je trouverais ça tout simplement passionnant. Je veux dire que je suis sûre qu’il y a des limites. (...) Mais il y a un genre de pouvoir qui émane de l’appareil photo. Je veux dire que tout le monde se rend compte que vous avez un avantage. Il y a dans cet objet que vous portez une certaine magie qui leur fait quelque chose. Cela les fige d’une certaine façon. (...)

 

Les chinois ont une théorie selon laquelle l’ennui mène à la fascination et je pense que c’est vrai. Je ne choisirai jamais un sujet pour sa relation avec moi ou pour ce que j’en pense. Il faut simplement choisir un sujet, et ce que vous en ressentez, ce que cela représente pour vous commence à se préciser si vous vous contentez simplement de le choisir et de le traiter assez souvent. (...)

 

La chose importante à savoir c’est qu’on ne sait jamais rien. On tâtonne toujours pour trouver son chemin.

 

Une chose qui m’a frappée très tôt est que vous ne mettez pas dans une photographie ce qui va en sortir. Ou, vice versa, ce qui ressort n’est pas ce que vous y avez mis.

 

Je n’ai jamais pris la photo que j’avais l’intention de prendre. Elles sont toujours meilleures ou pires.

 

Pour moi, le sujet est toujours plus important que l’image. Et plus compliqué. J’ai de l’intérêt pour le tirage de l’épreuve, mais ce n’est pas sacré pour moi. Je pense vraiment que l’important, c’est ce que cela représente. Je veux dire qu’il faut que cela représente quelque chose. Et ce que cela représente est toujours plus remarquable que ce que c’est.

 

Je sens vraiment que j’ai une vague idée en ce qui concerne la qualité des choses. Je veux dire que c’est très subtil et ça me gêne un peu d’en parler, mais je crois vraiment qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas."

 

« La photographie est un secret qui nous parle d’un secret. »

 

Toutes les citations précédentes sont tirées du livre "Diane Arbus", octobre 2011, éditions de La Martinière/Jeu de Paume.

10:27 29/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

27
sep

Eluard donne à voir.

Donner à voir - Eluard.jpg

15:08 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

Frontière trouble - Itinéraires flous - parcours humain.

Powerful Portraits of Individuals Before and Directly After Their Death

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Name: Jan Andersen.
Age: 27
Born: 21st of February 1978
Died: 14th June 2005, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Jan Andersen was 19 when he discovered that he was HIV-positive. On his 27th birthday he was told that he didn’t have much time left: cancer, a rare form, triggered by the HIV-infection. He did not complain. He put up a short, fierce fight – then he seemed to accept his destiny. His friends helped him to personalize his room in the hospice. He wanted Iris, his nurse, to tell him precisely what would happen when he died. When the woman in the room next to him died, he went to have a look at her. Seeing her allayed his fears. He said he wasn’t afraid of death. 

“You’re still here?”, he said to his mother, puzzled, the night he died. “You’re not that well,” she replied. “I thought I’d better stay.”

In the final stages, the slightest physical contact had caused him pain. Now he wants her to hold him in her arms, until the very end. “I’m glad that you stayed.”

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Name: Elmira Sang Bastian
Age: 17 months
Born: 18th October 2002
Died: 23rd March 2004, at her parent’s home

The tumor was probably already present when Elmira was born. Now it takes up almost the entire brain. “We cannot save your daughter”, the doctor told Elmira’s mother. Elmira has a twin sister. She is healthy. Their mother, Fatemeh Hakami, refuses to give up hope: how can God have blessed her with two children, only to take one of them away from her now? Surely God is the only one who decides whether we still breathe or not?

One sunny day, Elmira stops breathing. “At least she lived”, says her mother. She takes a small white dress from the cupboard, Elmira’s shroud. Her parents then read the Ya Sin – the 36th chapter of the Koran which describes the resurrection of the dead.

Photographer Walter Schels was terrified of death, so much so he refused to see his mother after she passed away. Upon entering his 70s, Schels finally decided to overcome his fear through a bold, bizarre project – photographing individuals before and directly after their death. The black and white portraits are a clinical confrontation with the the unknown, the proximity of the lens to subject unflinching and slightly macabre. Images are paired with startlingly frank accounts of the deceased right before their passing, each person dealing with the inevitable in their own way.

Schels and his partner Beat Lakotta began approaching potential individuals at hospices in Berlin and Hamburg, surprised to find few people said no. The pair were on constant alert, at times running out in the middle of the night to shoot before the undertaker would come. Though emotionally draining, Schels recognized that the series became an important epitaph to people before they actually died. With family and friends unable to cope with the looming truth, terminally ill patients often feel completely isolated.

“It’s so good you’re doing this”, Schels quoted a dying man to The Guardian, “No one else is listening to me, no one wants to hear or know what it’s really like.”

Schels is no longer terrified of death and now sees avoidance of the issue as a serious problem in contemporary society, people unable to be truly present for loved ones when they need them most. Life Before Death is an attempt to confront our worst fears and perhaps, to see those nearing the end in a more human light. When facing death, we all stop pretending.

“Everything that’s not real is stripped away,” he told The Guardian, “You’re the most real you’ll ever be, more than you’ve ever been before.”

Walter_Schels_Behrens_03

Name: Klara Behrens
Age: 83
Born: 2nd December 1920
Died: 3rd March 2004, at Sinus-Hospice, Hamburg

Klara Behrens can tell that she hasn’t got much longer. “Sometimes, I do still hope that I’ll get better,” she says. “But then when I’m feeling really nauseous, I don’t want to carry on living. And I’d only just bought myself a new fridge-freezer! If I’d only known…”

It is the last day of February, the sun is shining, the first bluebells are flowering in the courtyard. “What I’d really like to do is to go outside, down to the River Elbe. To sit down on the stony bank and put my feet in the water. That’s what we used to do when we were children, when we went to gather wood down by the river. If I had my life over again, I’d do everything differently. I wouldn’t lug any wood around. But I wonder if it’s possible to have a second chance at life? I don’t think so. After all, you only believe what you see. And you can only see what is there. I’m not afraid of death. I’ll just be one of the million, billion grains of sand in the desert. The only thing that frightens me is the process of dying. You just don’t know what actually happens.”

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Name: Wolfgang Kotzahn
Age: 57
Born: 19th January 1947
Died: 4th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

There are colorful tulips brightening up the night table. The nurse has prepared a tray with champagne glasses and a cake. It’s Wolfgang Kotzahn’s birthday today. “I’ll be 57 today. I never thought of myself growing old, but nor did I ever think I’d die when I was still so young. But death strikes at any age.”

Six months ago the reclusive accountant had been stunned by the diagnosis: bronchial carcinoma, inoperable. “It came as a real shock. I had never contemplated death at all, only life,” says Herr Kotzahn. “I’m surprised that I have come to terms with it fairly easily. Now I’m lying here waiting to die. But each day that I have I savor, experiencing life to the full. I never paid any attention to clouds before. Now I see everything from a totally different perspective: every cloud outside my window, every flower in the vase. Suddenly, everything matters.”

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Name: Maria Hai-Anh Tuyet Cao
Age: 52
Born: 26th August 1951
Died: 15th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Maria Hai-Anh Tuyet Cao’s experience of dying would doubtless have been very different, had she not absorbed the teachings of the Supreme Mistress Ching Hai. The Mistress says: “All that is beyond this world is better than our world. It is better than anything we can or cannot imagine.”

Frau Cao wears the portrait of the Mistress round her neck. Under her guidance, she has already visited the afterlife in meditation. Her call to the next world cannot be far off: her pulmonary alveoli are failing. Yet she appears serene and cheerful. “Death is nothing”, says Frau Cao. “I embrace death. It is not eternal. Afterwards, when we meet God, we become beautiful. We are only called back to earth if we are still attached to another human being in the final seconds.” Hai-Anh Cao prepares for this moment every day. She wants to achieve a sense of total detachment at the moment of death.

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Name: Heiner Schmitz
Age: 52
Born: 26th November 1951
Died: 14th December 2003, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Heiner Schmitz saw the affected area on the MRI scan of his brain. He realized immediately that he didn’t have much time left. Schmitz is a fast talker, highly articulate, quick-witted, but not without depth. He works in advertising. Heiner’s friends don’t want him to be sad. They try to take his mind off things. At the hospice, they watch football with him just like they used to do. Beers, cigarettes, a bit of a party in the room. The girls from the agency bring him flowers. Many of them come in twos, because they don’t want to be alone with him. What do you talk about with someone who’s been sentenced to death? Some of them even say ‘get well soon’ as they’re leaving. ‘Hope you’re soon back on track, mate!’

“No one asks me how I feel”, says Heiner Schmitz. “Because they’re all shit scared. I find it really upsetting the way they desperately avoid the subject, talking about all sorts of other things. Don’t they get it? I’m going to die! That’s all I think about, every second when I’m on my own.”

Walter_Schels_Bening_04

Name: Waltraud Bening
Age: 80
Born: 29th May 1922
Died: 26th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

When her time does come, Waltraud Bening seems to have a presentiment that this is the moment: she has to call her husband to come to her bedside immediately, otherwise it will be too late. She had been putting off this encounter till the very last minute. She would rather have died at home, but her husband didn’t feel he could cope with it. She was hurt. She felt that there was no need for him to come to the hospice at all. “He was always such a tyrant,” says Frau Bening, “I never could stand up to him.” She gets upset just thinking about it.

Frau Bening spends three weeks sitting up in the bed, on four down-filled quilts, just like the Princess and the Pea. She drinks champagne miniatures from her feeding cup, and is happy to be entertained by her children and banter with her carers. Then, one day she becomes restless and tearful. “I want my husband to come,” she says. He is sitting by her bedside soon after. After their final conversation, the contents of which remain a mystery, Frau Bening stops drinking; she dies the following day without any apparent distress.

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Name: Michael Föge
Age: 50
Born: 15th June 1952
Died: 12th February 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Föge, tall, athletic and eloquent, was appointed as Berlin’s first Commissioner of Cyclists. He was happy. A hundred guests attended his fiftieth birthday celebration. Soon after, he couldn’t remember his words when he was making a speech. The doctors discovered a brain tumor. Within a matter of months the tumor had destroyed his speech centre, paralyzed his right arm and the right side of his face. In the hospice, day by day Föge is becoming more sleepy. One day he won’t wake up.

Whilst Michael Föge retained the power of speech, he never talked about his feelings or his inner life. Now he is no longer able to do so. “I wonder what is going on inside his head,” his wife asks herself.

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Name: Elly Genthe
Age: 83
Born: 4th August 1919
Died: 11th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Throughout her life Elly Genthe has been a tough, resilient woman. She has always managed on her own. Often she has said she would rather die than not be able to take care of herself. That time has now come and she remains undaunted. Full of praise for the hospice and the quality of the care she is receiving, she hopes death will come quickly.

A few days later she senses her strength is ebbing away. Suddenly she clutches her granddaughter’s hand: “Don’t go! I’m suffocating!” She begs the nurses: “Please, breathe for me!” Elly Genthe needs morphine – a drug secreted by the kidneys – but because her kidneys have been consumed by cancer, her morphine levels fluctuate: sometimes she sleeps all day; and there are moments when she sees little men crawling out of the flower pots – they’ve come to kill her. “Get me out of here”, she whispers as soon as anyone holds her hand. “My heart will stop beating if I stay here. This is an emergency! I don’t want to die!”

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Name: Michael Lauermann
Age: 56
Born: 19th August 1946
Died: 14th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Lauermann was a manager. A workaholic. One day he just keeled over. At the hospital they said: “Brain tumour, inoperable.” That was six weeks ago.

Lauermann doesn’t want to talk about death, he’d rather talk about his life. How he managed to escape the narrow confines of his native Swabia and go to Paris. Studies at the Sorbonne. Baudelaire, street riots, revolution, women. “I really loved life,” says Lauermann. “Now it’s over. I’m not afraid of what’s coming.” There is no one by his side, that’s his choice. That’s not the way his life was. But he has no regrets. He even derives a certain enjoyment from this advanced stage of the illness. Free and easy, a kind of weightlessness. He feels as if his body were fading away. He is not in pain. “I will soon die”, Lauermann says.

Three days later there is a candle burning outside the door of his room. It indicates he has passed away.

All images © Walter Schels

14:59 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : place net, arts, humoeurs |  Facebook

22
sep

mercredi entre apéro et nuit, il sera question d'ICI (de Christine Van Acker)

rencontre ICI 3 SD.jpg (cliquez sur ce que vous voyez)

21:45 22/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

18
sep

Des ateliers gratuits, voire pas chers...

Ateliers d'écriture et d'illustration pour toutes les générations... et petit déjeuner à la Librairie 100 papiers, Schaerbeek.

Dimanche 28 septembre, 10:00 – 12:30
Lieu: Librairie 100 Papiers/Papieren, Avenue Louis Bertrand 23, Bruxelles, Belgique (plan)
Cause: Soutien à la Librairie 100 papiers. Les fonds récoltés seront versés dans la cagnotte de la librairie.

Amélie Charcosset & Milady Renoir animeront un atelier d'écritures tous azimuts pour tout humain de 14 à 114 ans et Pauline Dunand un atelier de dessins pour tout humain de 4 à 14 ans le dimanche 28 septembre de 10h00 à 12h30 (un après-midi d'ateliers gratuits pour enfants et adultes peut se perpétuer à la Maison des femmes toute proche: http://www.schaerbeek.be/agenda/participez-gratiferia-maison-femmes)
 

gratiferia_affiche.jpg

Les 3 micro ateliers d'écriture que j'animerai à la Maison des Femmes suivent cette intention ci:

"Un atelier d'écritures peut être un petit espace d'expression libre et libérée, dans une ou plusieurs langues, avec des femmes, des hommes et d'autres genres, d'âges et de corps variés.
Cet atelier d'écriture s'attaquera aux stéréotypes et apprivoisera des archétypes pour en rire, pour en parler, pour se dire, pour évacuer, égaliser, interpréter et composer ensemble.
Chaque séance sera différente. Il est possible de rester pour les 3 séances (14h15 + 15h15 + 17h00).
Apporter ses livres, des textes courts ou longs pour nourrir l'atelier et le groupe est également possible.

En fait, tout y est possible. Écrire ET ne pas écrire aussi, d'ailleurs."

09:44 18/09/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook