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nov

De Xavier à Françoise

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Aucune violence n'est plus grande que la violence que l'on tolère par couardise, Madame Laborde, et le mutisme participe d'une violence semblable

Lettre ouverte de Xavier Dolan à Françoise Laborde

Xavier Dolan, le nouveau prodige du cinéma mondial, auteur de nombreux films à 23 ans (Les amours imaginaires, Laurence Anyways), a été attaqué En 2013 par Françoise Laborde, journaliste du CSA, dénonçant la violence du clip College Boy que Xavier Dolan a réalisé pour le groupe Indochine. Défense implacable, dans une longue lettre, des accusations proférées.

 
 
"Chère Françoise Laborde,

En 1990, je vous aurais écrit afin de me battre pour que vive le vidéoclip College Boy d'Indochine.

En 1990, votre décision et celle de vos pairs aurait fait en sorte qu'il soit vu par des milliers de gens, ou qu'il sombre dans l'oubli, mort-né.

Vingt-trois ans plus tard, les plateformes de diffusion en ligne ont pu nous assurer, depuis jeudi dernier, un nombre de visionnages approchant le million.

En effet, l'Internet veillera à la survie de ce document produit non pas dans l'optique d'exploiter la violence de manière superficielle, mais bien dans celle de fournir à la jeunesse une oeuvre à la fois réaliste et poétique, et qui puisse illustrer de manière graphique la brutalité dont ils sont tour à tour les dépositaires, instigateurs, ou témoins.

Vingt-trois ans plus tard, donc, la recommandation à laquelle vous vous apprêtez, davantage que de préserver l'imaginaire des jeunes, officialisera une posture sociologique sur les notions actuelles de censure, et sur l'inaptitude de l'adulte moderne à tolérer la mise en images des phénomènes sociaux dont il est directement ou indirectement responsable.

En entrevue au Grand Direct des Médias sur Europe1, vous affirmez que mon vidéoclip "montre des images dont la violence est insoutenable... [...] Il y en a assez de cette mode de la violence... La mort, ce n'est pas esthétique. La violence, ce n'est pas esthétique. La torture, ce n'est pas esthétique." À la lumière de vos commentaires, j'en déduis que vous me percevez comme un artiste à demi-conscient qui n'a pour seul moteur que la confection de son plus récent caprice, ne réalisant pas la teneur de son propos ni la portée de son geste. "On ne dénonce pas la violence en montrant de la violence" ajoutez-vous. Alors comment la dénonce-t-on? Comment la dénonce-t-on sinon par la démonstration par l'absurde? Qui peut ici se targuer d'avoir pu sensibiliser les générations précédentes à l'intolérance, l'agressivité et l'ostracisme? Vous? Dans l'optique où c'est ce que nous avons tenté de faire, censurer mon travail parce qu'il est violent fait montre d'une grande incompréhension de l'essence du vidéoclip, dont votre lecture se limite aux surfaces, mais plus largement de votre incompréhension du contexte social dans lequel vous oeuvrez, et de l'incompatibilité de votre démarche avec cet espace-temps. En effet, Madame Laborde, vous arrivez à table pour le débat sur la légitimation de la violence à l'écran avec environ trente-cinq ans de retard. Car qu'en est-il de tous ces films qui prennent l'affiche chaque vendredi et qui banalisent le geste violent depuis les quatre dernières décennies? S'il était un temps où vos logos prohibitifs et drapeaux jaunes suffisaient à limiter leur spectre délétère, votre devoir, aujourd'hui, en tant que membre du Conseil de l'audiovisuel supérieur de France, est de réinsérer les attributs de votre mandat dans la réalité actuelle telle que redéfinie par l'héritage de la technologie.

Or, cette technologie permet, en 2013, à n'importe quel enfant de visionner, à défaut de le voir en salles, la bande-annonce de n'importe quel film classé 18 ans et plus. Il pourra éventuellement en voir des extraits incrustés sur YouTube, Dailymotion, et enfin le télécharger une fois pour toutes sur AppleTV ou Netflix deux mois plus tard à peine, et sans autre forme de procès. Aujourd'hui, les limitations de la violence sont proportionnelles aux limites que l'espace virtuel nous propose: presque aucune.

Et qu'en est-il de tous ces vidéoclips issus de la culture nord-américaine du hip-hop? Se formalise-t-on encore de toute cette sexualisation de la jeunesse et de l'objectualisation de la femme? Les outrances du début du siècle ainsi que nos prises de position d'alors sont-elles encore aussi passionnées ou se sont-elles transformées en velléités de sanctions visant à justifier l'existence des bureaux de censure rendus désuets par l'autocratie du net? Tout le monde était scandalisé quand le clip Baby One More Time de Britney Spears est sorti en 1999. Je le revois aujourd'hui et suis persuadé que l'adolescent lambda se demanderait pourquoi Britney Spears porte autant de vêtements.

Devant l'inévitable démantèlement du goût et de la moralité, plusieurs actions sont envisageables, mais votre volonté d'interdire la diffusion de mon vidéoclip aux moins de 18 ans relève d'un geste plus automatique qu'il n'est véritablement réfléchi. Vouloir les priver de notre message est comme interdire à cette même jeunesse un documentaire sur le taux de suicide chez les mineurs. Vous pointez du doigt la violence promue par mon travail, sa stylisation et, enfin, son apologie, sans vous demandez si c'est ce que perçoit un enfant, alors que votre fonction se définit presque entièrement par votre capacité à l'analyse emphatique. À cet âge, chaque garçon et chaque fille décideront bientôt des hommes et des femmes qu'ils deviendront pour le reste de leur vie, et il faut désormais faire preuve d'imagination et d'audace pour savoir réellement imprimer leur esprit. J'aurais voulu, à cet âge, qu'on me dise tout le mal que je pouvais faire en insultant de manière incessante un camarade de classe, dans le but probable d'échapper moi-même aux brimades des autres, mais les brochures éducatives en papier glacé et les vidéos corporatifs sur l'intimidation passaient inaperçus dans la cour d'école où il fallait survivre à la meute.

Par ailleurs, la violence à laquelle les jeunes sont exposés en regardant mon clip n'est pas plus grande que la violence à laquelle ils sont exposés lorsqu'ils regardent les nouvelles françaises où des familles s'en prennent physiquement à des couples homosexuels manifestant pacifiquement, ou des nouvelles américaines où un enfant de cinq ans tue sa soeur avec une arme à feu, ou des nouvelles, encore, qui nous montrent de jeunes hommes et de jeunes femmes s'étant enlevé la vie au Texas, au terme de supplices continus et renouvelés. Ou enfin, bien sûr, des nouvelles où l'on nous montre Newton, Connecticut, avec en prime des interviews de parents dont le corps des enfants est encore tiède -le voyeurisme de l'information en direct n'est-il pas une forme de barbarie plus malsaine encore? Aucune violence n'est plus grande que la violence que l'on tolère par couardise, Madame Laborde, et le mutisme participe d'une violence semblable.

Depuis le 2 mai dernier, jour de sortie du vidéoclip, des dizaines de milliers de commentaires lisibles sur les réseaux sociaux attestent d'un accueil plus que favorable par les médias et le public, de jeunes victimes d'intimidation à leurs parents, en passant par des professeurs, des psychologues, ou d'anciens intimidés. Le vidéoclip est numéro un des ventes sur iTunes dans sa catégorie, et il a été jeudi dernier le numéro un des tweetos sur les twittosphères françaises et québécoises pendant plusieurs heures consécutives, un témoignage incontestable de la discussion qu'il suscite.

Paradoxalement, nos seuls véritables détracteurs sont les bureaux de censure et les chaînes de télédiffusion, qui refusent de passer notre vidéoclip avant même d'avoir eu votre recommandation. Alors que c'est en vous, en eux que nous espérions les alliés les plus logiques, je constate qu'il existe au sein de vos groupes une culture de la lâcheté, presque instinctive, camouflée par une fausse outrance, une inclination sensationnaliste qui font d'eux, et de vous, des complices de la stagnation.

Oscar Wilde disait, dans un ordre d'idées approchant, que ce que l'art reflète en réalité, c'est le spectateur et non la vie. Or, ce qu'il reflète ici, de la part de ses censeurs, c'est soit le réflexe inquiet du bourreau démasqué, et qui ne peut, par culpabilité, tolérer une telle violence, ou celui, plus timoré, de ceux qui se bandent les yeux, le propre d'une société qui préfère générer des controverses plutôt que de régler les problèmes qui les provoquent.

Pour conclure, jamais il ne fût question de choquer volontairement, ou de provoquer un coup de marketing -dont ni Indochine ni moi n'avons besoin, soyons francs- ce que par ailleurs vous avez fait de votre propre chef en créant ce scandale imaginaire. Je ne pourrai, dans cette mesure, jamais assez vous remercier de l'exceptionnelle visibilité que vous avez donné à mon travail, bien qu'il soit dommage que cette polémique n'origine non pas de votre soutien, mais de votre refus de contrer la violence par l'action plutôt que par le silence.

Cordialement,

Xavier Dolan"

 

 

+ éclairage d'un homme (1) que j'aime, parce que ça m'aide à ouvrir les tempes:

 

"C'est magnifiquement torché, et il a parfaitement raison.

Mais pour moi, sa défense est mauvaise sur un de ses axes. Il y en a deux principaux, et d'autres connexes. Le premier des deux est pour faire simple que le monde est violent et que son clip montre une réalité à laquelle bcp sont confrontés . C'est la bonne raison. Le second, dire que ce à quoi on a accès via le net par exemple est bien plus violent et sexiste que ce qu'il fait, je trouve que c'est pas un axe valable. D'abord parce qu'il sous entend aussi que ce vivier de violence est plus moralement discutable (pornographie, voyeurisme, etc) et je n'aime pas les arguments qui cachent (bien) un jugement moral. Ensuite parce que si il le dit avec une magnifique plume, ce seront les mêmes raisons que n'importe quel réalisateur de clip hip-hop bourré de femmes nues et objets utilisera. 
Dans ses arguments connexes, je suis d'accord aussi ( genre évidemment qu'indochine n'a pas besoin de ça, même si c'est pas a eux mais à leur firme de disque et clip que ça rapportera le plus) , et tout ce qui touche à ce qu'il dit directement à son interlocutrice est Evidemment vrai, en fait il n'y a aucune position dans un acte de censure comme celui-là, il n'y a Evidemment aucune pensée de fond."

 

20:40 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : poly-tiques |  Facebook

The female artists reclaiming their bodies - article

The female artists reclaiming their bodies

Breaking free of the male fantasy, these artists are shifting the female body’s artistic depiction into the 21st century – warts and all

 
 

Elinor Carucci “Nipple Hair”, 1996, Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative Courtesy of Elinor Carucci

The female figure has been a central object of Western art since time immemorial: from Botticelli's marine nudes to Titian’s ravishing lovers and Courbet’s 1866 “Origin of the World”. But rarely have women’s representations of themselves been given air to breathe. As English art critic John Berger wrote in his 1973 Ways of Seeing, describing media culture’s shaping of gender politics and the woman as object: “Men act and women appear. Men look at women. Women watch themselves being looked at.” It is through this prism of patriarchal control that much exploitation of women has been enacted: commonly phallocentric portraiture has been used to permeate the rest of society.

In fact, the late-Austrian painter Egon Schiele – whose The Radical Nude exhibition is currently taking place at London’s Courtauld Gallery – is perhaps one of the few examples of a man able to expressively convey the radical, raw beauty of nude women, as fluid beings rather than fixed objects. Schiele’s lively brushstrokes evoke women in control of their potent sexuality, rather than defined by it. Here, we take a look at some of the most radical female artists reclaiming their body in the 21st century, and in doing so, opening up a new realm of independence and possibility.

SHEILA PREE BRIGHT

Atlanta-based photographer Sheila Pree Bright, who explores the complex nature of racial identity in her work, finds the beauty standards set by mass-produced, ubiquitous Barbie dolls to be problematic. In Plastic Bodies, a series of digitally manipulated photographs, Bright contrasts fragmented bodies of multicultural women with the dolls, revealing the “global assimilation of cultures, ethnicities, and loss of personal identity many women of color experience as a result.”

 

Sheila Pree Bright “Untitled 2” from Plastic Bodies, 2014, Pree Bright explores the complex nature of racial identity, finding the beauty standards set by mass-produced, ubiquitous Barbie dolls to be problematic via sheilapreebright.com

WANGECHI MUTU

“Females carry the marks, language and nuances of their culture more than the male. Anything that is desired or despised is always placed on the female body,” observed the Nairobi, Kenya-born sculptor and painter Wangechi Mutu, currently on show at Victoria Miro gallery. Describing herself as “an irresponsible anthropologist and irrational scientist,” Mutu makes powerful, dangerous, and erotic collages out of ethnographic photography, 19th-century medical illustrations and magazine pornography.

 

Wangechi Mutu Mutu makes powerful, dangerous, and erotic collages out of ethnographic photography, 19th-century medical illustrations and magazine pornography via blogs.colum.edu

NANCY UPTON

In response to the well-documented treatment of non-model women by American Apparel, Nancy Upton took a series of photographs of herself in distinctly anti-AA style. The size-12 Upton mocks the deliberately sexualised poses struck in American Apparel ad campaigns by chowing down on chicken wings, bathing in baths of ranch dressing, and smothering herself in pie. “I don’t believe that beauty should be qualified as because of someone’s size or in spite of someone’s size,” she wrote.

 

Nancy Upton Upton took a series of photographs of herself in distinctly anti-AA style, deliberately mocking the sexualised poses struck in American Apparel ads by chowing down on chicken wings, bathing in baths of ranch dressing, and smothering herself in pie via thelook.today.com

SUSANNAH MARTIN

Berlin-based artist Susannah Martin tackles the issue of how female bodies have been represented head-on: her paintings of female nudes are unequivocally from a female point of view. Her oil paintings are a contemporary update on classical nudes, where instead of being within the rigid confines of the male gaze, Martin’s women are independent, liberated, and enjoying themselves in the world.

 

Susannah Martin “Give Up Your Drugs”, Martin’s nudes are unequivocally from a female point of view via saatchiart.com

VANESSA BEECROFT

Through a long history of staged performances, Italian artist Vanessa Beecroft brings the power of the female body off the page and into a tableaux vivant. Often gathering dozens of nude women – who vary in shapes and sizes – Beecroft, widely known to have had a past eating disorder, aims to reclaim sexualised images of women and recontextualise them as feminist empowerment. To date, she has – not uncontroversially – staged 73 performances that use sexual imagery from a very feminine point of you. Delve into her 1999 performance VB40 below, which staged semi-nude models in perfect hair and make-up, forced to stand for over two hours for each performance. Staged at Sydney’s Kaldor Public Art Projects, it was described as; “a collective portrait of idealised femininity and desire within a consumer culture”.

ELINOR CARUCCI

Israeli-American photographer Elinor Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative. Her reality isn’t glamorised, hidden or false; from documenting menstrual blood, the hair on her nipple and the awkward imprint of a zipper on her bare stomach. Her latest project Mother, focuses in closely on the embodied experience of motherhood today. Beginning with a pregnant Carucci taking self-portraits, then graphic photography of the post-pregnancy body, and concluded when her twins were eight years old, not always smiling. She explained: “My intention was to show motherhood for what it is, not the celebrity version: perfect mothers and perfect babies.”

 

Elinor Carucci ”My Belly After Pregnancy and C-section”, 2004, Carucci’s work focuses on intimate and private moments in her life, as well as those around her, in an almost diarist narrative via martinyordanov1221889.files.wordpress.com

ALEAH CHAPIN

Winner of the BP Portrait Award in 2012, 28-year-old artist Aleah Chapin revels in the beauty of elderly female bodies; not just those of lean youths. Her Aunties Project – partly exhibiting at London’s Flowers Gallery – is a playful series of giant nude paintings of mature women, proudly displaying all of the wrinkles and sagging that comes with age. “We’re told that our bodies are supposed to be a certain height, certain size, certain weight,” said Chapin. “But the pictures we see are completely unrealistic.”

 

Aleah Chaplin “And I Gathered Their Feathers” (2014), from Chaplin’s playful series of giant nude paintings of mature women, proudly displaying all of the wrinkles and sagging that comes with age via aleahchapin.com

CINDY HINANT

The fetishisation of womens’ bodies and their regular reduction to breasts is something that New York artist Cindy Hinant is acutely aware of. Women is a collection of nine images, each depicting the torso of an artist, which were found online, and tinted into a shade of pink. Their breasts become the focal point, without any context given, thereby reflecting on how images of womens’ bodies are often presented without personal identity or information.

 

Cindy Hinant “Car­olee” from Women, a collection of nine images, each depicting the torso of an artist found online and tinted into a shade of pink. Their breasts become the focal point, without any context given Courtesy of Cindy Hinant

JENNY SAVILLE

Glasgow School of Art graduate Jenny Saville is known for her large-scale paintings of naked women, replete with wholesome rolls of skin, and chunky limbs that almost overflow the canvas. This magnified sort of obesity is something that viewers usually recoil at, but Saville champions it as conveying the raw physicality of existence. Her Closed Contact series saw fashion photographer Glen Luchford take shots of Saville from below – who had put on weight for the project – lying naked against a sheet of perspex.

 

Jenny Saville and Glen Luchford “Closed Contact #10”, 1995-1996, in her collaboration with photographer Glen Luchford, Saville magnified the sort of obesity that viewers usually recoil at, championing it as conveying the raw physicality of existence Courtesy of Jenny Saville and Glen Luchford

MICKALENE THOMAS

Combining African American female subjects with traditional genres of portraiture, such as the work of Romare Bearden, David Hockney, and Édouard Manet, New York-based Mickalene Thomas aims to augment the boundaries of traditional Western art history. Thomas paints provocative works of African American women in a romanticised style that conjures up the 1970s Blaxploitation genre, immediately striking the viewer as an alternative take on womanhood.

 

Mickalene Thomas “She Ain't A Child No More”, 2010, Thomas aims to augment the boundaries of traditional Western art history, striking the viewer as an alternative take on womanhood via mickalenethomas.com

20:35 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, society, arts |  Facebook

4ème anniversaire de la boutique maelström... et...

Bon, ce sera la fête, les 4 ans de Maelström LaBoutique.. ++++ la sortie du recueil "dernières nouvelles de la mort" de Nicolas Marchant et+++++ mon expo photo 'Oeil pour Oeil'... Entre autres évènements.

allez, viendez donc, vin, coeurs et corps chauds, sûrement.

 

Les éditions maelstrÖm ont le plaisir de vous inviter au
4e anniversaire de la boutique librairie maelstrÖm 4 1 4

les 6 et 7 décembre 2014. Un weekend de fête :
expos, sorties de nouveautés, lectures et musique !

Fêtons ensemble la 4ème année d’activités de la boutique ! Deux jours de rencontres, lectures, musiques, performances en pleine convivialité.

AU PROGRAMME :

SAMEDI 6 DÉCEMBRE à partir de 18H30
Vernissage de l’exposition de photos 'Oeil pour Oeil' de Milady Renoir
Présentation des nouvelles parutions des éditions maelstrÖm en présence des auteurs :
« Poche de noir », roman de Gérard Mans ; « Le Cavalier » de Martin Ryelandt ; « Nous nous ressemblons tant », récit de Jean-Pierre Orban ; « Bombe voyage, Bombe voyage », poésies de CeeJay ; « Dernières nouvelles de la mort », nouvelles de Nicolas Marchant ; « Je suis un héros », poésie de Fabien Dariel…
Micro-Ouvert

DIMANCHE 8 DÉCEMBRE à partir de 16H30
Présentation et lectures de la Maison de la poésie de Tinqueux (Reims, France) et de sa nouvelle collection de poésie pour enfants par Mateja Bizjak Petit et Pierre Soletti…
Thé avec les auteurs des nouveautés de la collection Bruxelles se Conte des éditions maelstrÖm : « Le bal des décapités » de Dominique Brynaert ; « Trip Tram » de Kate Milie ; « L’étrange estaminet » de Dominique Leruth ; « Nouvelles pour nouveaux-nés » de Célestin de Meeûs…
Remise du Prix Gros Sel 2014

Entrée gratuite et vin chaud à volonté !

Contact et infos : 02/230.40.07
maelstrom414@maelstromreevolution.org

20:34 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, arts |  Facebook

30
oct

comment le blues m'a pas tuer...

Y avait l'annonce.

Y a eu l'évènement.

Et un monsieur présent annonce ce que ça a été pour lui.

Milady Renoir aborde la Sphère du Blues en Dju Dla
de
Jean Mertens

 

 

Il n’y avait qu’Outre la Meuse, Dju Dla, pour accueillir une fusion blues (et quel blues !)-poésie.

 


 

Poétique du blues

 


La poésie de Milady Renoir semble native au blues, avide de blues; le blues boit la poétesse; la magie prend l’instant et le maintient au faîte de l’exigence.
Dès la deuxième phrase, j’ai su que la soirée serait bonne.
Le trio de blues est rôdé question impros (Foufi est La guitare, Lionel Aquilina câline à la batterie et Farida Amadou mord ses cordes à la basse).
La poétesse a la voix posée des diseuses naturelles.
Elle l’a belle, modulée, acidulée, tendre, ironique, sans apprêt. Proche d’elle.
Elle se laisse imprégner par la force de ces notes de dju dla.

(...)

la suite sur son site fou - furieux - dense.

Merci à Lui et à Vanessa Herzet des Parlantes, à Primaëlle Vertenoeil de Levée de Paroles et à Jean-Paul du Blues Sphere.

21:29 30/10/2014 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, act-u, agendada |  Facebook

23
oct

FAN DE...

"Les « selfies » de l’artiste et photographe finlandaise Iiu Susiraja, qui met en scène son corps et sa vie privée comme de simples objets. Avec cette série d’autoportraits étranges, ironiques et décalés, l’artiste explique que la vie quotidienne et sa propre personne sont les meilleures sources d’inspirations, et que les nombreuses critiques qu’elle reçoit pour son travail font partie intégrante du processus créatif, et donnent tout son intérêt à sa démarche."

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All images © Iiu Susiraja / via

15:45 23/10/2014 | Lien permanent | Tags : arts, place net |  Facebook

20
oct

Musée Intime / Les Instantanées / Géographie Subjective / Collectif 6.35

Le Collectif 6.35 nous a fait écrire, parler, enregistrer nos corps et mots pour un de leurs projets, Le Musée Intime. Le contexte est un festival, les Instantanées de Peruwelz. On avait une sacrée contrainte, celle de partir de mots d'habitants qui ont subjectivement construit une carte à partir de ce qu'ils sont, savent, voient.

Les Auteurs sont pour cette fois: Milady Renoir, Virginie Quéré, Nicolas Marchant et Vinciane Geerinckx.
Le Concepteur est très souvent: Pascal Lazarus, Cie Exto-Colossal

On a fait ça en plus ou moins 6 jours, presque 6 heures. On a ri et aimé faire ça en pensant aux gens qui se baladeraient avec ça entre leurs tempes. Faut imaginer écouter ça dans un lieu qui était l'inducteur de l'écriture, mais quand même, en jouant le jeu.

Voilà, c'était ça.

https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-3 / https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-2 / https://soundcloud.com/cieecknobul/quai-1 / https://soundcloud.com/cieecknobul/toilettes / https://soundcloud.com/cieecknobul/manege / https://soundcloud.com/cieecknobul/je-marche / https://soundcloud.com/cieecknobul/boniment / https://soundcloud.com/cieecknobul/journal / https://soundcloud.com/cieecknobul/nature-en-force / https://soundcloud.com/cieecknobul/la-gare / https://soundcloud.com/cieecknobul/ballade / https://soundcloud.com/cieecknobul/ici / https://soundcloud.com/cieecknobul/lotto / https://soundcloud.com/cieecknobul/atlas / https://soundcloud.com/cieecknobul/autoroute

21:02 20/10/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

29
sep

Diane Arbus a dit...

DIANE ARBUS : 1923-1971, photographe américaine


"Rien n’est jamais comme on a dit que ce serait. Ce que je reconnais, c’est que je n’ai jamais vu avant."

 

"Ce que j’aime surtout, c’est aller où je n’ai jamais été avant."

 

"Si j’étais simplement curieuse, je pourrais difficilement dire à quelqu’un : " je veux venir chez vous et vous parler et vous faire raconter l’histoire de votre vie." Les gens me répondraient à coup sûr : "Vous êtes folle." En plus, ils seraient bigrement sur leurs gardes. Mais l’appareil photo est une sorte de passeport. Beaucoup de gens tiennent à ce qu’on s’intéresse à eux et ce moyen-là paraît raisonnable. (...)

 

Il se passe toujours deux choses : une impression de familiarité et puis le sentiment que c’est absolument unique. (...)

 

Tout le monde a ce désir de vouloir donner de soi une certaine image, mais c’en est une tout autre qui apparaît, et c’est cela que les gens remarquent. Vous voyez quelqu’un dans la rue et ce que vous remarquez essentiellement chez lui, c’est la faille. C’est déjà extraordinaire que nous possédions chacun nos particularités. Et non contents de celles qui nous ont été données, nous nous en créons d’autres. Toute notre attitude est un signal donné au monde pour qu’il nous considère d’une certaine façon, mais il y a un monde entre ce que vous voulez que les gens pensent de vous et ce que vous ne pouvez pas les empêcher de penser. Et cela a un rapport que j’ai toujours appelé le point de rupture entre l’intention et l’effet. Je veux dire que si vous observez la réalité d’assez près, si d’une façon ou d’une autre vous la découvrez vraiment, la réalité devient fantastique. Vous savez, c’est réellement fantastique que nous ressemblions à ce à quoi nous ressemblons et c’est cela qui ressort très clairement dans une photographie. Il y a quelque chose d’ironique dans la vie et cela vient du fait que l’effet que vous voulez créer ne ressort jamais comme vous l’aurez désiré.

 

Ce que j’essaie de décrire, c’est l’impossibilité de sortir de sa peau pour entrer dans celle d’un autre. Et c’est ce que tout cela tend à dire. Que la tragédie des autres n’est pas la même que la vôtre.

 

Autre chose : une photographie doit être spécifique. Je me souviens, il y a longtemps, quand j’ai commencé à photographier, je me suis dit : "il y a énormément de personnes dans le monde et ça va être bien difficile de les photographier toutes, donc, si je photographie une sorte d’être humain généralisé, tout le monde le reconnaîtra." Ce serait en quelque sorte ce que l’on appellerait "l’homme moyen" ou quelque chose du genre. Ce fut mon professeur Lisette Model qui m’a finalement fait comprendre que plus on est précis, plus on devient général. C’est une vérité qu’il faut regarder en face. Et il y a certaines évasions, certaines pudeurs dont je pense qu’il faut se débarasser.

 

Le procédé lui-même a une sorte d’exactitude, une sorte de pénétration, à laquelle nous ne sommes pas généralement soumis ; à laquelle nous ne soumettons pas notre prochain. Nous sommes plus indulgents envers les autres que l’appareil photo. L’appareil est un peu froid, un peu dur. (...)

 

J’ai beaucoup photographié les phénomènes de foire. Ce furent même les premiers sujets que j’ai photographiés et cela m’a toujours formidablement exaltée. Je les adorais. Et j’en adore encore certains. Je ne dirais pas que ce sont mes meilleurs amis, mais ils me font éprouver un sentiment de honte et de terreur. Il y a une qualité légendaire chez les monstres. Comme un personnage de conte de fées qui vous arrête pour vous demander la réponse à une énigme. La plupart des gens vivent dans la crainte d’être soumis à une expérience traumatisante. Les monstres sont déjà nés avec leur propre traumatisme. Ils ont déjà passé leur épreuve pour la vie. Ce sont des aristocrates. (...)

 

Je ne m’imagine pas qu’on puisse rendre la réalité exactement comme elle est, mais on peut s’en approcher davantage. (...)

 

Une des choses dont j’ai souffert depuis mon enfance, c’est que rien, aucune adversité ne pouvait m’atteindre. J’étais enfermé dans un climat d’irréalité qui pour moi n’était pas autre chose que l’irréalité. Et ce sentiment d’immunité était, aussi ridicule que cela puisse paraître, douloureux. Pendant longtemps, c’était comme si je n’avais pas hérité de mon propre royaume. Le monde me semblait appartenir au monde. Je pouvais apprendre des choses, mais elles ne paraissaient jamais être le fruit de ma propre expérience.

lis tes ratures, humoeurs

 

Je n’étais pas une enfant avec de grands désirs. Je n’avais pas le culte du héros. Je ne voulais pas jouer du piano ni rien d’autres. Je peignais mais je détestais peindre et j’ai abandonné tout de suite après mes études secondaires, parce qu’on ne cessait de me dire que j’étais formidable. C’était l’époque de l’expression individuelle, j’étais dans une école privée et la tendance était de demander : "Que voulez-vous faire ?" Alors vous faisiez quelque chose et ils disaient : "Formidable !" Cela m’a donné le trac. Je me souviens que je détestais l’odeur de la peinture et le bruit du pinceau sur le papier. Quelque fois, je ne regardais même pas, mais écoutais seulement l’horrible bruit du pinceau. Je ne voulais pas qu’on me dise que j’étais formidable. J’avais l’idée que si j’étais aussi douée, la peinture ne valait vraiment pas le coup.

 

Il m’a toujours semblé que la photographie a tendance à traiter de la réalité, alors que le cinéma tend plutôt à traiter de la fiction. (...)

 

Quelque fois, la connaissance de soi-même ne mène nulle part. Quelque fois, cela vous laisse seulement l’esprit vide. Comme : Me voilà, j’ai une histoire. Il y a des choses qui me semblent mystérieuses dans le monde. Il y a des choses qui m’embêtent dans le monde. Mais il y a des moments où tout cela n’a aucune importance.

 

Une autre chose qui m’a amenée à travailler, c’est la lecture. (...)

 

Autrefois, j’avais une théorie sur l’art photographique. C’était la sensation d’intervenir entre deux actions ou entre l’action et le repos. (...)

 

Dernièrement, j’ai découvert avec stupeur à quel point je peux aimer ce que l’on ne voit pas dans une photographie. Une obscurité véritablement physique. Et c’est très exaltant pour moi de retrouver l’obscurité.

 

Ce qui me passionne dans la technique - je déteste employer ce mot qui fait croire à un tour de passe-passe - mais ce qui m’émeut, c’est qu’elle semblait venir d’un endroit profond et mystérieux. Je veux dire que cela peut avoir affaire avec le papier et le révélateur, etc., mais cela vient, la plupart du temps, du choix profond que quelqu’un a fait après de longues réflexions et qui continue à le hanter.

 

L’invention est presque toujours ce genre de chose subtile et inévitable. On a tendance à s’approcher toujours un peu plus de la beauté de sa propre invention. On limite de plus en plus ses choix et on se spécialise. La lumière qui émane de chaque personne, la qualité du tirage, le choix du sujet, tout cela joue un rôle dans l’invention. Il y a un million de choix à faire. C’est une chance dans un sens, ou bien une malchance. Les uns détestent une certaine forme de complexité. D’autres ne veulent que cette complexité. Mais rien de cela n’est vraiment intentionnel. Je veux dire que cela ressort de votre propre nature, de votre identité. Nous avons tous une identité. On ne peut pas y échapper. C’est ce qui reste lorsque tout est enlevé. Je crois que les plus belles inventions sont celles auxquelles on a pas pensé.

 

Certaines photos sont des raids de reconnaissance, sans même que vous le sachiez. Elles deviennent des méthodes. C’est important de faire de mauvaises photographies. Elles peuvent vous faire reconnaître quelque chose que vous n’aviez pas vu d’une façon qui vous le ferra reconnaître quand vous le reverrez.

 

J’ai horreur de l’idée de composition. Je ne sais pas ce qu’est une bonne composition. Je suppose que je dois savoir un peu de quoi il s’agit, car j’ai beaucoup tâtonné pour découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. Parfois, pour moi, la composition est liée à une certaine luminosité ou à une certaine tranquillité. Parfois, elle est le résultats d’erreurs idiotes. Il y a une certaine façon de bien faire et une certaine façon de mal faire et tantôt je préfère le bien fait et tantôt le mal fait. C’est cela la composition.

 

Récemment, j’ai fais une photo - ce n’était pas la première expérience - et j’en ai tiré une quantité d’épreuves expérimentales. Il y avait quelque chose qui clochait dans toutes. J’ai pensé que c’était plutôt raté et j’allais recommencer. Mais il y en avait une qui était tout à fait particulière. Une vraie photo d’amateur. Un peu comme si le mari de la dame l’avait prise lui-même. C’était terriblement direct et assez laid et il y avait quelque chose d’excitant dans cette image. Je me suis prise à l’aimer de plus en plus et à présent j’en suis secrètement folle. (...)

 

Très souvent, quand vous partez photographier, c’est comme si vous vous rendiez à une fête. Disons un concours de beauté. Vous vous faîtes une vague idée de la chose, il y aura des gens qui seront des juges et choisiront un gagnant parmi tous ces candidats et puis, quand vous êtes sur place, ce n’est pas ça du tout. (...)

 

Dans mon travail, je m’accommode de la maladresse. Par cela, je veux dire que je n’aime pas arranger les choses. Si je me trouve en face de mon sujet, au lieu de l’arranger, je m’arrange moi-même. (...)

 

Une chose curieuse : je n’ai jamais peur quand je regarde le verre dépoli. Une personne pourrait s’avancer vers moi avec un revolver, j’aurai les yeux collés au viseur et ce serait comme si je ne pouvais pas être vulnérable. Je trouverais ça tout simplement passionnant. Je veux dire que je suis sûre qu’il y a des limites. (...) Mais il y a un genre de pouvoir qui émane de l’appareil photo. Je veux dire que tout le monde se rend compte que vous avez un avantage. Il y a dans cet objet que vous portez une certaine magie qui leur fait quelque chose. Cela les fige d’une certaine façon. (...)

 

Les chinois ont une théorie selon laquelle l’ennui mène à la fascination et je pense que c’est vrai. Je ne choisirai jamais un sujet pour sa relation avec moi ou pour ce que j’en pense. Il faut simplement choisir un sujet, et ce que vous en ressentez, ce que cela représente pour vous commence à se préciser si vous vous contentez simplement de le choisir et de le traiter assez souvent. (...)

 

La chose importante à savoir c’est qu’on ne sait jamais rien. On tâtonne toujours pour trouver son chemin.

 

Une chose qui m’a frappée très tôt est que vous ne mettez pas dans une photographie ce qui va en sortir. Ou, vice versa, ce qui ressort n’est pas ce que vous y avez mis.

 

Je n’ai jamais pris la photo que j’avais l’intention de prendre. Elles sont toujours meilleures ou pires.

 

Pour moi, le sujet est toujours plus important que l’image. Et plus compliqué. J’ai de l’intérêt pour le tirage de l’épreuve, mais ce n’est pas sacré pour moi. Je pense vraiment que l’important, c’est ce que cela représente. Je veux dire qu’il faut que cela représente quelque chose. Et ce que cela représente est toujours plus remarquable que ce que c’est.

 

Je sens vraiment que j’ai une vague idée en ce qui concerne la qualité des choses. Je veux dire que c’est très subtil et ça me gêne un peu d’en parler, mais je crois vraiment qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas."

 

« La photographie est un secret qui nous parle d’un secret. »

 

Toutes les citations précédentes sont tirées du livre "Diane Arbus", octobre 2011, éditions de La Martinière/Jeu de Paume.

10:27 29/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

27
sep

Eluard donne à voir.

Donner à voir - Eluard.jpg

15:08 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

Frontière trouble - Itinéraires flous - parcours humain.

Powerful Portraits of Individuals Before and Directly After Their Death

Walter_Schels_Andersen_01

Name: Jan Andersen.
Age: 27
Born: 21st of February 1978
Died: 14th June 2005, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Jan Andersen was 19 when he discovered that he was HIV-positive. On his 27th birthday he was told that he didn’t have much time left: cancer, a rare form, triggered by the HIV-infection. He did not complain. He put up a short, fierce fight – then he seemed to accept his destiny. His friends helped him to personalize his room in the hospice. He wanted Iris, his nurse, to tell him precisely what would happen when he died. When the woman in the room next to him died, he went to have a look at her. Seeing her allayed his fears. He said he wasn’t afraid of death. 

“You’re still here?”, he said to his mother, puzzled, the night he died. “You’re not that well,” she replied. “I thought I’d better stay.”

In the final stages, the slightest physical contact had caused him pain. Now he wants her to hold him in her arms, until the very end. “I’m glad that you stayed.”

Walter_Schels_Sangbastian_11

Name: Elmira Sang Bastian
Age: 17 months
Born: 18th October 2002
Died: 23rd March 2004, at her parent’s home

The tumor was probably already present when Elmira was born. Now it takes up almost the entire brain. “We cannot save your daughter”, the doctor told Elmira’s mother. Elmira has a twin sister. She is healthy. Their mother, Fatemeh Hakami, refuses to give up hope: how can God have blessed her with two children, only to take one of them away from her now? Surely God is the only one who decides whether we still breathe or not?

One sunny day, Elmira stops breathing. “At least she lived”, says her mother. She takes a small white dress from the cupboard, Elmira’s shroud. Her parents then read the Ya Sin – the 36th chapter of the Koran which describes the resurrection of the dead.

Photographer Walter Schels was terrified of death, so much so he refused to see his mother after she passed away. Upon entering his 70s, Schels finally decided to overcome his fear through a bold, bizarre project – photographing individuals before and directly after their death. The black and white portraits are a clinical confrontation with the the unknown, the proximity of the lens to subject unflinching and slightly macabre. Images are paired with startlingly frank accounts of the deceased right before their passing, each person dealing with the inevitable in their own way.

Schels and his partner Beat Lakotta began approaching potential individuals at hospices in Berlin and Hamburg, surprised to find few people said no. The pair were on constant alert, at times running out in the middle of the night to shoot before the undertaker would come. Though emotionally draining, Schels recognized that the series became an important epitaph to people before they actually died. With family and friends unable to cope with the looming truth, terminally ill patients often feel completely isolated.

“It’s so good you’re doing this”, Schels quoted a dying man to The Guardian, “No one else is listening to me, no one wants to hear or know what it’s really like.”

Schels is no longer terrified of death and now sees avoidance of the issue as a serious problem in contemporary society, people unable to be truly present for loved ones when they need them most. Life Before Death is an attempt to confront our worst fears and perhaps, to see those nearing the end in a more human light. When facing death, we all stop pretending.

“Everything that’s not real is stripped away,” he told The Guardian, “You’re the most real you’ll ever be, more than you’ve ever been before.”

Walter_Schels_Behrens_03

Name: Klara Behrens
Age: 83
Born: 2nd December 1920
Died: 3rd March 2004, at Sinus-Hospice, Hamburg

Klara Behrens can tell that she hasn’t got much longer. “Sometimes, I do still hope that I’ll get better,” she says. “But then when I’m feeling really nauseous, I don’t want to carry on living. And I’d only just bought myself a new fridge-freezer! If I’d only known…”

It is the last day of February, the sun is shining, the first bluebells are flowering in the courtyard. “What I’d really like to do is to go outside, down to the River Elbe. To sit down on the stony bank and put my feet in the water. That’s what we used to do when we were children, when we went to gather wood down by the river. If I had my life over again, I’d do everything differently. I wouldn’t lug any wood around. But I wonder if it’s possible to have a second chance at life? I don’t think so. After all, you only believe what you see. And you can only see what is there. I’m not afraid of death. I’ll just be one of the million, billion grains of sand in the desert. The only thing that frightens me is the process of dying. You just don’t know what actually happens.”

Walter_Schels_Kotzahn_09

Name: Wolfgang Kotzahn
Age: 57
Born: 19th January 1947
Died: 4th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

There are colorful tulips brightening up the night table. The nurse has prepared a tray with champagne glasses and a cake. It’s Wolfgang Kotzahn’s birthday today. “I’ll be 57 today. I never thought of myself growing old, but nor did I ever think I’d die when I was still so young. But death strikes at any age.”

Six months ago the reclusive accountant had been stunned by the diagnosis: bronchial carcinoma, inoperable. “It came as a real shock. I had never contemplated death at all, only life,” says Herr Kotzahn. “I’m surprised that I have come to terms with it fairly easily. Now I’m lying here waiting to die. But each day that I have I savor, experiencing life to the full. I never paid any attention to clouds before. Now I see everything from a totally different perspective: every cloud outside my window, every flower in the vase. Suddenly, everything matters.”

Walter_Schels_Cao_05

Name: Maria Hai-Anh Tuyet Cao
Age: 52
Born: 26th August 1951
Died: 15th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Maria Hai-Anh Tuyet Cao’s experience of dying would doubtless have been very different, had she not absorbed the teachings of the Supreme Mistress Ching Hai. The Mistress says: “All that is beyond this world is better than our world. It is better than anything we can or cannot imagine.”

Frau Cao wears the portrait of the Mistress round her neck. Under her guidance, she has already visited the afterlife in meditation. Her call to the next world cannot be far off: her pulmonary alveoli are failing. Yet she appears serene and cheerful. “Death is nothing”, says Frau Cao. “I embrace death. It is not eternal. Afterwards, when we meet God, we become beautiful. We are only called back to earth if we are still attached to another human being in the final seconds.” Hai-Anh Cao prepares for this moment every day. She wants to achieve a sense of total detachment at the moment of death.

Walter_Schels_Schmitz_12

Name: Heiner Schmitz
Age: 52
Born: 26th November 1951
Died: 14th December 2003, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Heiner Schmitz saw the affected area on the MRI scan of his brain. He realized immediately that he didn’t have much time left. Schmitz is a fast talker, highly articulate, quick-witted, but not without depth. He works in advertising. Heiner’s friends don’t want him to be sad. They try to take his mind off things. At the hospice, they watch football with him just like they used to do. Beers, cigarettes, a bit of a party in the room. The girls from the agency bring him flowers. Many of them come in twos, because they don’t want to be alone with him. What do you talk about with someone who’s been sentenced to death? Some of them even say ‘get well soon’ as they’re leaving. ‘Hope you’re soon back on track, mate!’

“No one asks me how I feel”, says Heiner Schmitz. “Because they’re all shit scared. I find it really upsetting the way they desperately avoid the subject, talking about all sorts of other things. Don’t they get it? I’m going to die! That’s all I think about, every second when I’m on my own.”

Walter_Schels_Bening_04

Name: Waltraud Bening
Age: 80
Born: 29th May 1922
Died: 26th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

When her time does come, Waltraud Bening seems to have a presentiment that this is the moment: she has to call her husband to come to her bedside immediately, otherwise it will be too late. She had been putting off this encounter till the very last minute. She would rather have died at home, but her husband didn’t feel he could cope with it. She was hurt. She felt that there was no need for him to come to the hospice at all. “He was always such a tyrant,” says Frau Bening, “I never could stand up to him.” She gets upset just thinking about it.

Frau Bening spends three weeks sitting up in the bed, on four down-filled quilts, just like the Princess and the Pea. She drinks champagne miniatures from her feeding cup, and is happy to be entertained by her children and banter with her carers. Then, one day she becomes restless and tearful. “I want my husband to come,” she says. He is sitting by her bedside soon after. After their final conversation, the contents of which remain a mystery, Frau Bening stops drinking; she dies the following day without any apparent distress.

Walter_Schels_Foege_06

Name: Michael Föge
Age: 50
Born: 15th June 1952
Died: 12th February 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Föge, tall, athletic and eloquent, was appointed as Berlin’s first Commissioner of Cyclists. He was happy. A hundred guests attended his fiftieth birthday celebration. Soon after, he couldn’t remember his words when he was making a speech. The doctors discovered a brain tumor. Within a matter of months the tumor had destroyed his speech centre, paralyzed his right arm and the right side of his face. In the hospice, day by day Föge is becoming more sleepy. One day he won’t wake up.

Whilst Michael Föge retained the power of speech, he never talked about his feelings or his inner life. Now he is no longer able to do so. “I wonder what is going on inside his head,” his wife asks herself.

Walter_Schels_Genthe_07

Name: Elly Genthe
Age: 83
Born: 4th August 1919
Died: 11th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Throughout her life Elly Genthe has been a tough, resilient woman. She has always managed on her own. Often she has said she would rather die than not be able to take care of herself. That time has now come and she remains undaunted. Full of praise for the hospice and the quality of the care she is receiving, she hopes death will come quickly.

A few days later she senses her strength is ebbing away. Suddenly she clutches her granddaughter’s hand: “Don’t go! I’m suffocating!” She begs the nurses: “Please, breathe for me!” Elly Genthe needs morphine – a drug secreted by the kidneys – but because her kidneys have been consumed by cancer, her morphine levels fluctuate: sometimes she sleeps all day; and there are moments when she sees little men crawling out of the flower pots – they’ve come to kill her. “Get me out of here”, she whispers as soon as anyone holds her hand. “My heart will stop beating if I stay here. This is an emergency! I don’t want to die!”

Walter_Schels_Lauermann_10

Name: Michael Lauermann
Age: 56
Born: 19th August 1946
Died: 14th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Lauermann was a manager. A workaholic. One day he just keeled over. At the hospital they said: “Brain tumour, inoperable.” That was six weeks ago.

Lauermann doesn’t want to talk about death, he’d rather talk about his life. How he managed to escape the narrow confines of his native Swabia and go to Paris. Studies at the Sorbonne. Baudelaire, street riots, revolution, women. “I really loved life,” says Lauermann. “Now it’s over. I’m not afraid of what’s coming.” There is no one by his side, that’s his choice. That’s not the way his life was. But he has no regrets. He even derives a certain enjoyment from this advanced stage of the illness. Free and easy, a kind of weightlessness. He feels as if his body were fading away. He is not in pain. “I will soon die”, Lauermann says.

Three days later there is a candle burning outside the door of his room. It indicates he has passed away.

All images © Walter Schels

14:59 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : place net, arts, humoeurs |  Facebook

22
sep

mercredi entre apéro et nuit, il sera question d'ICI (de Christine Van Acker)

rencontre ICI 3 SD.jpg (cliquez sur ce que vous voyez)

21:45 22/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

18
sep

Des ateliers gratuits, voire pas chers...

Ateliers d'écriture et d'illustration pour toutes les générations... et petit déjeuner à la Librairie 100 papiers, Schaerbeek.

Dimanche 28 septembre, 10:00 – 12:30
Lieu: Librairie 100 Papiers/Papieren, Avenue Louis Bertrand 23, Bruxelles, Belgique (plan)
Cause: Soutien à la Librairie 100 papiers. Les fonds récoltés seront versés dans la cagnotte de la librairie.

Amélie Charcosset & Milady Renoir animeront un atelier d'écritures tous azimuts pour tout humain de 14 à 114 ans et Pauline Dunand un atelier de dessins pour tout humain de 4 à 14 ans le dimanche 28 septembre de 10h00 à 12h30 (un après-midi d'ateliers gratuits pour enfants et adultes peut se perpétuer à la Maison des femmes toute proche: http://www.schaerbeek.be/agenda/participez-gratiferia-maison-femmes)
 

gratiferia_affiche.jpg

Les 3 micro ateliers d'écriture que j'animerai à la Maison des Femmes suivent cette intention ci:

"Un atelier d'écritures peut être un petit espace d'expression libre et libérée, dans une ou plusieurs langues, avec des femmes, des hommes et d'autres genres, d'âges et de corps variés.
Cet atelier d'écriture s'attaquera aux stéréotypes et apprivoisera des archétypes pour en rire, pour en parler, pour se dire, pour évacuer, égaliser, interpréter et composer ensemble.
Chaque séance sera différente. Il est possible de rester pour les 3 séances (14h15 + 15h15 + 17h00).
Apporter ses livres, des textes courts ou longs pour nourrir l'atelier et le groupe est également possible.

En fait, tout y est possible. Écrire ET ne pas écrire aussi, d'ailleurs."

09:44 18/09/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

Lettres de Niki de Saint Phalle à son correspondant imaginaire, Pontus

Niki_de_Saint_Phalle_by_Lothar_Wolleh

“ Je passerais ma vie à prouver que j'avais le DROIT D'EXISTER."

Niki de Saint Phalle  (29 octobre 1930 – 21 mai 2002) est l’une des artistes les plus populaires du XXème siècle , plasticienne, peintre, sculptrice  et réalisatrice de films. Son œuvre est marquée par son féminisme et sa radicalité de pensée qui donnent lieu à des créations atypiques et originales, comme « Nanas ». Dans cette lettre autobiographique adressée à son ami imaginaire, cette femme dévoile sa personnalité passionnante, rebelle et féministe…

 
 
 

"Cher Pontus,

Quand devient-on rebelle ? Dans le ventre de sa mère ? A cinq ans, à dix ans ?

Je suis née en 1930. ENFANT de la DÉPRESSlON. Pendant que ma mère m'attendait, mon père perdit tout leur argent. En même temps elle découvrit l'INFIDELITÉ de mon père. Elle pleura tout au long de sa grossesse. J'ai ressenti ces LARMES.

Plus tard elle me dirait que TOUT ÉTAIT DE MA FAUTE. Les ennuis étaient venus avec moi. Je la crus.

Certaines cartes du Tarot me furent distribuées le jour de ma naissance : le Magicien (carte de la créativité et de l'énergie) et le Pendu (réceptivité et sensibilité à tout et à chacun). On me tendit aussi la carte de la Lune (imagination et son contrepoint : imagination négative).

Ces cartes deviendraient le matériau, le canevas sur lesquels je peindrais ma vie.

Je prouverais que ma mère avait TORT ! Je passerais ma vie à prouver que j'avais le DROIT D'EXISTER. Un jour ma mère serait fière de moi devenue riche et célèbre. Le plus important pour moi était de prouver que j'étais capable d'aller au bout de mes projets. Un jour j'accomplirais le plus grand jardin de sculptures jamais fait depuis le Parc de Gaudi à Barcelone.

O.K. Peut-être avais-je précipité la chute de la Banque de Saint Phalle mais je deviendrais beaucoup plus célèbre que la banque de mon père.

Oui je prouverais que ma mère avait TORT et je prouverais aussi qu'elle avait RAISON.

Un jour je ferais une chose impardonnable. La pire chose dont une femme soit capable. J'abandonnerais mes enfants pour mon travail. Je me donnerais ainsi une bonne raison de me sentir coupable.

Enfant je ne pouvais pas m'identifier à ma mère, à ma grand-mère, à mes tantes ou aux amies de ma mère. Un petit groupe plutôt malheureux. Notre maison était étouffante. Un espace renfermé avec peu de liberté, peu d'intimité. Je ne voulais pas devenir comme elles, les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde alors appartenait aux HOMMES. Une femme pouvait être reine mais dans sa ruche et c'était tout. Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d'autre.

Quand mon père quittait tous les matins la maison à 8 h 30 après le petit déjeuner, il était libre (c'est ce que je pensais). Il avait droit à deux vies, une à l'extérieur et l'autre à la maison.

Je voulais que le monde extérieur aussi devienne mien. Je compris très tôt que les HOMMES AVAIENT LE POUVOIR ET CE POUVOIR JE LE VOULAIS.

OUI, JE LEUR VOLERAIS LE FEU. Je n'accepterais pas les limites que ma mère tentait d'imposer à ma vie parce que j'étais une femme.

NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant.

Ma nature optimiste m'y aida.

J'avais besoin d'héroïnes auxquelles m'identifier. A l'école le cours d'histoire n'était qu'une longue litanie sur la supériorité de l'espèce mâle et cela m'ennuyait à mourir. On nous parlait bien de quelques femmes : la Grande Catherine, Jeanne d'Arc, Elizabeth d'Angleterre, mais il n'y en avait pas assez pour moi. Je décidai de devenir une héroïne.

Dans les innombrables contes de fées que ma grand-mère me lisait je m'étais déjà identifiée avec le héros. C'était TOUJOURS un garçon qui faisait toujours des bêtises.

N'écoutant que sa voix intérieure et ne perdant jamais de vue le but final, le héros, après bien des difficultés, finissait par trouver le trésor qu'il recherchait.

Je ne souhaitais pas rejeter entièrement ma mère. D'elle j'ai retenu des choses qui m'ont donné beaucoup de plaisir : mon amour des vêtements, de la mode, des chapeaux, des tenues de soirée, des miroirs. Ma mère avait beaucoup de miroirs dans sa maison. Des années plus tard, les miroirs deviendraient un des matériaux essentiels que j'utiliserais dans le Jardin des Tarots en Italie et dans le Cyclope dans la forêt de Fontainebleau, non loin de Paris. Ma mère était une grande amoureuse de la musique, de l'art, de la bonne cuisine. Toutes ces choses, je les ai reçues en partage et elles m'ont aidée à rester en contact avec ma féminité.

Ma mère avait un certain style et du charme. J'aimais sa beauté et le pouvoir qu'elle lui donnait, j'aimais son No 5 de Chanel, sa coiffeuse en verre des années 30 recouverte de crèmes, de poudres et de rouges à lèvres. J'adorais ses boucles brunes, sa peau lisse et blanche. Elle ressemblait à l'actrice Merle Oberon.

Ma mère, cette merveilleuse créature dont j'étais un peu amoureuse (quand je n'avais pas envie de la tuer) je la voyais comme prisonnière d'un rôle imposé. Un rôle qui se transmettait de génération en génération selon une longue tradition jamais remise en question.

Le rôle des hommes leur donnait beaucoup plus de liberté et J'ETAIS RESOLUE A FAIRE MIENNE CETTE LIBERTE.

Mon frère John fut encouragé à faire des études. Pas moi. J'étais jalouse et pleine de rancune que le seul pouvoir que l'on me reconnût fût celui de séduire les hommes. Personne ne se souciait que j'étudie ou non, du moment que je passais mes examens. Tout ce que voulait ma mère était que j'épouse un homme riche et socialement acceptable.

Adolescente, j'ai refusé mon père et ma mère comme modèles ; j'ai refusé aussi leur position sociale. La seule pièce de la maison où je trouvais confort et chaleur était la cuisine, auprès de la domestique noire.

A huit ans, tout mon argent de poche allait à l'achat de bandes dessinées de Wonderwoman et Batman. (Je n'avais pas le droit de les lire et les cachais sous mon matelas.) Une partie de l'argent que je volais à mon père et à ma grand-mère allait aux mendiants. J'aimais bien les mendiants. Ils avaient souvent l'air plus réels qu'un tas de gens circulant dans les rues de New York. C'était 1940 et j'avais dix ans.

J'allais à l'Ecole du Sacré-Cœur, école religieuse de filles, dans la 91ème rue. Tous les mois on donnait à la meilleure de la classe un superbe ruban rouge. Je ne l'ai jamais eu (quoi d'étonnant, je ne faisais rien). Un jour je décidai de sortir et d'acheter un ruban rouge que je fixai sur mon uniforme, comme si j'avais eu le prix d'excellence. Ce ne fut pas apprécié.

L'uniforme de l'école était vert, un vilain vert foncé avec une blouse beige et une cravate verte. Pas surprenant que je désire ardemment la décoration rouge.

Au Noël de 1940 les nonnes nous conduisirent à HARLEM pour apporter des cadeaux aux pauvres familles noires. Comme je me sentais gênée pour ces gens ! Nous étions une dizaine entourant une nonne qui fit un discours ridicule puis deux dames noires nous remercièrent. Je me rappelle avoir pensé : si j'étais à leur place, je vous haïrais. J'avais honte.

Les rues de New York et leur misère et leur agitation furent une vraie école de la vie.

Dehors nous parlions anglais alors que le français était de rigueur à la maison. En ce temps-là l'éducation française cela voulait dire que les enfants pouvaient se montrer mais pas se faire entendre. Pas de sottises. Finir ce que l'on a dans l'assiette (« Pense aux petits chinois qui n'ont rien à manger »...). Si je répondais (ce qui m'arrivait souvent) je recevais une gifle (pratique courante à l'époque).

Je fus exposée très tôt à des influences culturelles diverses et parfois conflictuelles, ce qui m'amena vite à me faire ma propre idée des choses. Et je choisis ce que je voulais croire.

Ma tante Joy (de Géorgie; donc du côté américain de la famille) était une adorable vielle dame qui me gâtait, me lisant des contes ou m'amenant à des fontaines de soda. J'étais une fanatique des glaces au chocolat arrosées de caramel. Nos sorties parfois se terminaient en drame. Il suffisait qu'il y ait un NOIR dans les parages pour que ma tante Joy batte en retraite à toute vitesse. Pourquoi ne me permettait-on pas de m'assoir à côté d'une dame noire quant à la maison nous avions une domestique noire que je considérais comme une grande AMIE ?

Après avoir rejeté mes parents et leur classe, je serais confrontée à l'ÉNORME PROBLÈME DE ME RÉINVENTER ET DE ME RECRÉER. Je ne ressentais aucun sentiment national. Je ne me sentais ni française ni américaine.

Une chose me sauva durant ces difficiles années d'adolescence : MA BOÎTE MAGIQUE SECRÈTE ET IMAGINAIRE cachée sous mon lit. Elle était faite d'un précieux bois sculpté, incrusté d'émaux aux riches couleurs.

NUL AUTRE QUE MOI POUVAIT VOIR LA BOÎTE.

Quand j'étais seule je l'ouvrais et il en jaillissait toutes sortes de poissons extraordinairement bariolés, de génies, de fleurs sauvages au parfum délicieux.

Dans cette boîte qui n'était qu'à moi je gardais mes premiers poèmes, mes rêves de grandeur.

LA BOÎTE ÉTAIT MON REFUGE SPIRITUEL, le commencement d'une vie où eux, mes parents ne pourraient pénétrer. Dans la boîte je déposais mon âme. Je m'entretenais avec elle. Puisqu'il m'était impossible d'avoir une relation profonde avec ma famille, je commencerais à communiquer avec moi-même. De là vient mon éternel besoin de SOLITUDE. C'est dans cette solitude que me viennent les idées pour mon travail. La solitude est aussi nécessaire à ma création que l'air à mes poumons.

Encore aujourd'hui, Pontus, ma boîte magique est sous mon lit. Je l'ouvre tous les jours. Ma structure, ma colonne vertébrale, mon squelette sont dans la boîte.

Parfois elle est remplie de sable, j'ai cinq ans de nouveau, construis des châteaux et rêve de palais.

Ma boîte remplace le monde des adultes auquel je me suis habituée avec difficulté et dont je ne suis pas folle.

La boîte m'a empêchée de devenir une personne cynique et sans illusion.

C'est la boîte de Pandore. Ce qui demeure en elle, c'est l'espoir."

09:37 18/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Rimes & Blues - 28/10/14

Rimes & Blues : Milady Renoir

Milady Renoir

Mardi 28 octobre 20h

milady-renoir

L’hôte de cette soirée mensuelle : Milady Renoir

Depuis une dizaine d’années, apprivoisant l’écriture par les formes de l’hybride, de l’expérimentation, sans léser le classique, sans nier les influences des autres artistes qu’elle respecte, admire ou abhorre selon la météo, Milady Renoir lit, écrit, performe, investit l’espace et le temps, élève un fils et des chats, fait bien la vaisselle, danse le makossa ou le buto, parle aux plantes grasses avec le même corps. Elle anime des ateliers d’écriture depuis 2003 pour faire écrire, questionner les modèles et investir les champs de création avec des gens. Elle exècre les mots: lâcher prise  / le vivre-ensemble / ouverture des shakras tout en pratiquant leurs applications intrinsèquement. Ses performances proposent une élaboration du lien avec le public, plaçant le curseur de la séduction à la provocation, du grandiloquent à l’intime. Elle est la CoUrBE du CUBE, aussi. Elle est parfois sympa, quand même.

Le trio de musiciens:  Fulvio Cannella (guitare), Farida Amadou (basse) et Lionel Aquilina (batterie).

 

Ce sera à Liège. Au Blues sphère, 37 rue Surlet.

Les mois suivants: Pascal Leclercq, Maxime Coton, ...

09:10 18/09/2014 | Lien permanent | Tags : act-u |  Facebook

25
aoû

L’entre-des-langues de camille toledo

Peter Fischli and David Weiss. From the «Equilibres» II.jpgL’entre-des-langues

 

Conférence donnée à l’occasion du congrès international commémoratif du 25e anniversaire de l’Association portugaise de littérature comparée, à l’université d’Aveiro, les 6 et 7 décembre 2012. Relu également lors du Cerisy Berlin, le 18 juin 2014, en présence de Heinz Wismann, Wolfgang Asholt, Cécile Wajsbrot, Patricia Oster-Stierle.




Résumé

Ce que je nomme « entre-des-langues » peut se comprendre et s’appréhender comme un pas de plus du tournant traductif /translation turn et ce, en suivant les trois propositions suivantes :


1. Afin de cerner ce que pourrait être une littérature européenne et/ou une littérature mondiale non hégémonique, au XXIe siècle, je propose de poser que la langue-monde est : la traduction. L’entre-des-langues peut s’entendre comme « antre-des-langues » et se comprendre comme un « refuge/antre » du multiple.


2. Dans l’entre-des-langues, on peut considérer « l’auteur » en suivant l’équation :
« l’Auteur = l’auteur + ses traducteurs ».
On rompt donc, dans cette nouvelle configuration littéraire, avec la construction romantique de l’original et l’idée d’authenticité, pour revenir à une conception stratifiée et rhizomique du travail d’écriture.


3. Cette poétique de l’entre-des-langues est une po-éthique de la diversité, car :
(a) en posant la traduction/entre-langues (in-between languages) comme langue-monde, elle met en mouvement des littératures multiples contre la domination d’un globish mondialisé et/ou la réduction communicationnelle.
(b) elle place les lecteurs face à l’impératif po-éthique de reconnaître un intraduisible – ce que l’on ne parvient jamais à traduire, ce que l’on nie de l’autre en traduisant (en lisant).
(c) car, enfin, elle met au cœur de l’analyse comparatiste la question du conflit et du déplacement, en déliant le couple langue/territoire.
L’entre-des-langues permet ainsi d’appréhender des écritures à l’âge d’une déterritorialisation générale des histoires, des contextes de langues et des cultures.
C’est afin de promouvoir ce nouveau territoire sans territoire et sans maître-mot que la Société européenne des auteurs a été créée au printemps 2008.

*


Avant d’entrer dans cet espace instable de « l’entre-des-langues », je voudrais dire un mot sur le moment politique de cette intervention. L’Europe traverse une crise profonde et l’Union européenne est en train de transformer ce qui fut un idéal (passer outre les identités figées des nations pour construire une citoyenneté européenne) en une machine réactionnaire où les champs les plus cruciaux de l’activité humaine – les arts, l’éducation, la recherche, la médecine, les programmes de solidarité – sont délaissés au profit de réalités comptables dépourvues de vision et d’imagination. Cette situation de crise s’accompagne de mouvements de ré-armements identitaires qui prennent bien souvent, hélas, des formes xénophobes et violentes. C’est dans ce contexte que je m’adresse à vous, et c’est parce que je tiens en très haute estime les puissances de la littérature que je me permets d’évoquer cet état des choses. La pensée comparatiste et les études littéraires ne sauraient être dissociées ou isolées de ce fond-là. Vous comprendrez ici que je m’inscris en rupture avec ce qui fut, je crois, une tentation bien française d’isoler la littérature. La Bovary, c’est fini ! pourrait-on dire.
Je ne veux pas signifier par là que la littérature soit forcément engagée, au contraire. Mais la question du temps et du lieu de l’écriture (autrement dit, le moment physique, social, scientifique, politique où nous nous tenons) est indissociable de la question littéraire : nous ne pouvons pas écrire ou lire de la même manière avant et après Auschwitz, comme nous ne pouvons pas écrire ou lire aujourd’hui après le triomphe de Hollywood, du divertissement et du jeu vidéo. Nous ne pouvons pas penser la littérature sans tenir compte, de même, de la dématérialisation du livre, du bouleversement des conditions techniques et industrielles de la circulation des œuvres. Nous avons besoin pour repenser la place de la littérature de prendre en compte toute l’économie narrative contemporaine. Autrement dit : voir et comprendre la littérature comme un mode parmi d’autres de mise en récit, en concurrence avec d’autres modes de récit plus déterritorialisés tels que le cinéma, les médias, le jeu vidéo, et comprendre ce que peut la littérature que ces autres modes de récit ne peuvent pas.
Avant d’en venir à l’entre-des-langues, dans ce texte qui est pour moi une première tentative de définition d’un espace que j’ai d’abord exploré dans mes œuvres de fiction ou dans des textes poétiques, je tiens à évoquer trois qualités du champ littéraire qui devraient remettre la littérature, la lecture, et l’écriture au cœur du XXIe siècle :

Première qualité : le non-scopique.

La littérature – et la lecture – est un art et une pratique qui maintient de l’intériorité – du non-scopique – dans une époque qui veut tout voir, tout extérioriser. Cela place nos disciplines et nos pratiques dans un rapport de conflit et de résistance par rapport aux flux dominants de la monstration, de l’exhibition. Quelque chose, en littérature, s’oppose à la vue, et cela doit nous réconforter quant à la position que nous occupons. Nous ne sommes pas du règne du visible ou, si nous y entrons, c’est en interrogeant le régime de la présence et de l’absence : une relation entre le visible et un texte de plus en plus marginal, qui survit et se maintient comme trame, dans, sous et derrière les images. Contre ce régime dominant de la vue, la littérature maintient des états d’intériorité. Les complicités qui se tissent autour d’une œuvre, surtout lorsque celle-ci relie des lectures par-delà les langues – en traduction –, offrent un modèle de contre-société : une politique et une poétique qui échappent au regard et donc, d’une certaine façon, au contrôle. Car la vue est, comme vous le savez, le sens premier des tyrans.

Deuxième qualité : le « hors-monde ».

Dans un temps de colonisation de l’imaginaire – ce que nous nommons productions de virtualités – et de quadrillage, de séquençage technique des activités humaines, la littérature maintient une fonction que je qualifierais de « respiratoire » car, en elle, persistent des hors-mondes, des lieux de langues qui échappent à la cartographie des espaces réels et virtuels. La littérature est une extra-territorialité – un hors-monde /outer-world – s’incarnant dans une langue-territoire. À cet égard, on peut considérer la traduction comme l’art qui déplace, dans une autre langue, des poches de « hors-monde » qui font dissidence avec le régime de la vue, de la présence et du contrôle. On peut se représenter la configuration littéraire – un texte + ses lectures – comme des brèches dans l’écosystème balisé du visible. Un texte littéraire n’a pas la même matérialité et n’occupe pas la même place que d’autres régimes fictionnels comme le cinéma ou le jeu vidéo. Étant en marge du régime des images – de l’hypnose fictionnelle où nous sommes tenus –, la littérature préserve des hors-mondes. On dit souvent qu’elle est en « marge » ou « marginalisée », mais il faut entendre le mot « marge » moins comme une relégation du littéraire que comme un rappel à ce qui court toujours à côté du récit principal : la marge d’un livre, la marge d’une page, dans la marge… C’est le lieu depuis lequel le récit principal – en l’occurrence, le réel médiatisé et fictionnalisé – est excavé et mis en tension. Si l’on accepte de se représenter le XXIe siècle comme un temps dominé par l’image, et l’écosystème médiatique comme une confiscation quotidienne du sentiment de l’existence, la fiction littéraire est, en rapport, une marge depuis laquelle il est possible d’entailler le réel, de percer la bulle fictionnelle où nous vivons. Voilà pourquoi vous trouverez toujours dans mes œuvres de fiction – Vies pøtentielles (2010), Vies et mort d’un terroriste américain (2007), En época de monstruos y catástrofes (première édition en 2004) – une forme d’excavation ou d’exégèse. Depuis le hors-monde qu’elle crée et entretient, la littérature est un des rares lieux depuis lesquels nous pouvons continuer d’interpeller le régime de l’hypnose : notre servitude de voyants.

La troisième qualité littéraire : Slow motion art

Ce qui conteste, enfin, le régime de nos sociétés, c’est le temps littéraire : son tempo propre. Art, je l’ai dit, d’une territorialité linguistique (l’ancrage dans la langue) créant une extraterritorialité spatiale (des hors-mondes/hors-champs), la littérature est non seulement une entaille, une percée, mais elle est aussi un réservoir de temps longs. Traduire, c’est se placer hors du monde de la vitesse, c’est demeurer dans le souci du corps des mots. Lire, c’est se délier, se séparer, pour expérimenter une autre forme de lien in absentia. Si l’on compare cette qualité littéraire à d’autres formes de l’industrie narrative ou à d’autres arts, comme la musique, le cinéma, ou encore à d’autres modes d’identification comme le jeu vidéo, on doit reconnaître que le champ littéraire a une inertie plus forte.
En termes physiques, on peut considérer les livres comme des masses plus épaisses, des corps lourds qui, par le simple fait qu’ils sont là, font obstruction ou déjouent des procédures d’accélération émotionnelle et dramatique. Le livre est une masse. Le texte une distance. L’existence littéraire tranche avec l’accélération des flux. C’est ici que nous devons observer, avec attention, les techniques qui dématérialisent les supports de lecture. En quoi l’industrie informatique qui s’empare des contenus littéraires est-elle en train de remettre en cause ce tempo littéraire – qui était en accord avec un certain rythme humain ? Comment, face à cette transformation, nous rendre maître et possesseur du code informatique pour faire perdurer le hors-monde littéraire et sa masse ? C’est pour répondre à cette question que nous avons lancé, il y a quatre ans, le projet TLHUB, translate the wor_d, afin de construire un hub pour les auteurs, les traducteurs, les éditeurs : un espace coopératif où lire, travailler, présenter ses œuvres et traduire. Ce réseau devra donner un corps technologique à ce que j’ai nommé : l’entre-des-langues. Œuvrer, écrire, traduire, penser dans l’entre-des-langues.

*


1. Une hypothèse de travail :

L’entre-des-langues est une hypothèse de travail. Une hypothèse qui postule qu’il n’y a qu’une seule langue-monde. Cette langue-monde, c’est la traduction. La traduction est une langue sans mot, sans verbe, sans adjectif. C’est une pratique et un art – je parle de la traduction humaine – qui naît de la tension entre deux contextes intraduisibles, irréductibles à un sens, deux contextes, deux différences, ancrés dans les mots. La traduction est donc une langue à la fois une et multiple. Elle est une, car elle désigne toujours une même position de médiation. Mais elle est multiple, car elle suppose au moins deux territorialités différentes. On peut dire aussi que son espace, sa nécessité, se déploient dans le fossé d’intraduisible qui sépare deux langues. En ce sens, nous ne la définissons pas comme un métier, un procédé ou un simple art du déplacement consistant à remplacer un plein (une langue) par un autre plein (une langue). Nous la définissons comme la Langue du trou, de l’interstice. La Langue portant la conscience de la séparation et de la différence. En tant qu’elle agit dans l’entre-des-langues, elle est aussi la Langue en laquelle se conservent et se perpétuent les langues. L’espace qu’elle dessine – son hors-monde, hors-champ, sa marge et sa lenteur – est aussi le lieu depuis lequel il est possible d’observer les implicites, les oublis, les fragilités dont les littératures et les écrivains ont la charge. Elle devient, dès lors, la langue principale d’une humanité souhaitant maintenir en son sein de l’altérité, de l’irréductible, de la diversité, du fragile, de l’humanité, contre des véhicules techniques, des flux, des procédures qui voudraient évacuer, vider l’humanité de sa langue, de son éthique, de sa politique.

2. Il s’agit d’un lieu : ou plutôt d’un non-lieu.

Il s’agit donc d’un lieu. Ou plus exactement d’un non-lieu. Entre, zwischen, entra, in-between languages. J’ai commencé à travailler sur cet entre-des-langues il y a maintenant huit ans. En 2004. Le terme a vu le jour, dans mon travail, à la fin du Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne. Puis l’expression est revenue dans un long poème, L’Inquiétude d’être au monde, où j’ai ausculté l’état de l’Europe après le massacre perpétré par Anders Behring Breivik en Norvège. L’entre-des-langues est d’abord le non-lieu de notre habitation, au XXIe siècle, après un siècle de meurtres, d’exils, de déplacements forcés.
Cette réalité – entre-les-langues – est palpable, dans les métros, les bus, les avions. Je l’ai encore observée à Berlin, où les Européens du Sud, d’Italie, d’Espagne, migrent pour trouver du travail et se trouvent dans l’obligation de se dire dans la langue de l’autre. Nous habitons entre une ou plusieurs langues-sources et une ou plusieurs langues-cibles. Ce non-lieu – zwischen las lenguas – est autant le fruit de l’histoire politique que de l’histoire économique et sociale. Nous vivons dans cet écart, dans la contrainte de ce déplacement, et la territorialité des langues fait de nous des déplacés, des exilés, jusqu’à ce que nous devenions – parvenions à devenir – les traducteurs de nos propres émotions, de nos propres sensations. Ce qui était, finalement, un corpus chez Steiner – la reterritorialisation linguistique de Nabokov, de Kundera – est en fait une réalité sociale du XXIe siècle, et c’est en cela, aussi, que nous pouvons nommer « l’entre-des-langues » comme Langue principale dans laquelle s’écrit le XXIe siècle.

3. L’entre-des-langues dans une Europe postcoloniale.

Nous vivons dans une réalité de l’entre. Et cette langue dans laquelle s’écrit la réalité du XXIe siècle s’oppose d’emblée au monolinguisme de la mondialisation en ce qu’elle repose sur une unité-multiple : elle est à la fois langue-monde et langue de la multiplicité des mondes, en ce qu’elle repose sur la conscience des territorialités poétiques divergentes des langues. Cette désignation « entre-des-langues » est née chez moi d’une réflexion sur l’Europe (quel est le commun poético-politique de l’Europe ?) en même temps qu’elle prend acte d’une réalité postcoloniale (quelle langue peut créer du commun entre des récits, des cultures, que l’Histoire a opposés et oppose toujours ?) L’entre-des-langues opère donc un double déplacement. Pour les pays d’accueil, reconnaître cet espace d’écarts où nous vivons, c’est diminuer l’hégémonie implicite de la langue d’accueil et se déplacer là où je suis aussi peu maître des mots que l’autre, où il me manque les mots pour me dire. Pour les déplacés, être accueillis à cet endroit, dans l’entre, c’est reconnaître l’effort qui a été fait par la langue-hôte pour se déplacer, et donc devoir s’astreindre à un effort semblable pour se traduire pour l’hôte et entrer dans sa langue. L’entre contraint ainsi à deux formes du déplacement.
L’entre-des-langues est une exigence à la fois postcoloniale, européenne, et humaine, car il se présente comme une fin de non-recevoir à toute tentation ou implicite hégémonique. (L’impératif du « Tu dois parler ma langue, car tu es dans mon pays » devient un « Nous devons nous efforcer de nous tenir dans l’entre-des-langues, là où nous sommes également “déplacés”. »)

4. Une question poétique et politique : Wo ist Europe, in welche idioma ?

L’entre-des-langues révèle en effet le grand impensé (l’angle mort) de l’Europe. L’absence de commun poétique. (Je renvoie ici à la Lettre aux nouvelles générations parue dans El País, Le Monde, Süddeutsche Zeitung et The Guardian, ainsi qu’au texte L’Utopie linguistique ou la pédagogie du vertige dans Le Hêtre et le Bouleau, éd. du Seuil, 2010.)
Les États européens ont jusque-là cru pouvoir construire un édifice institutionnel sans se poser la question de ce qui relie des gens qui ne parlent pas la même langue. La question est ici celle du commun nécessaire à toute construction politique.
L’« entre-des-langues » est donc, dans ce cadre, une expression qui désigne autant la réalité de l’Europe que le point aveugle, son point de faiblesse, à partir duquel tout doit être repensé et reconstruit : l’absence de commun linguistique.

5. Déplacer et décentrer la Weltliteratur.

L’entre-des-langues me permet aussi de repenser l’espace littéraire mondial contre les prétentions hégémoniques de la Weltliteratur ou de la World Literature. En mettant au cœur de l’attention la diversité des territorialités littéraires et poétiques – les langues, les déplacements, les oublis, les omissions, les intraduisisibles –, il s’avère en effet impossible d’effacer, de gommer ou d’ignorer les conflits, les rapports de forces qui sous-tendent la géopolitique mondiale des lettres, que le concept de littérature-monde ou de Weltliteratur tend, au contraire, à dissoudre. C’est en désignant l’entre – l’espace qui s’ouvre avec la traduction – que l’on peut appréhender avec plus de justesse un « comm-un » qui ne nie pas la multiplicité, la diversité et le conflit. L’entre-des-langues tient ensemble la déterritorialisation (le marché mondial de l’édition, les traductions, la nouvelle économie dématérialisée du texte) et la reterritorialisation des littératures (à rebours du marché, exigeant des efforts de traduction pour que les œuvres passent les frontières) qui survient chaque fois qu’un texte passe en une autre langue.

6. Saint Jérôme désanctifié

J’ai commencé à travailler sur cet entre-des-langues après un événement intime, dont j’ai mis du temps à voir quel rôle il avait pu jouer. Ce fut quelques mois après la mort de mon frère ; c’est-à-dire après l’évènement contourné, impensable, de la mort de mon frère aîné. Il avait pour prénom « Jérôme ». Jérôme est, comme vous le savez, le saint patron des traducteurs, celui qui fut chargé de traduire, c’est-à-dire, aussi, de trahir la Bible. Saint Jérôme fut donc l’un des premiers traducteurs à être confronté au paradoxe et à l’infirmité de l’Universel. Traduire le verbe d’un Dieu réputé Un en travestissant une langue (inspirée) en une autre langue (expirée). Jérôme est, dans cet ordre des choses, le prénom de l’écartèlement. En termes contemporains, il fut partagé entre l’aspiration déterritorialisante de transmettre le sens et l’impératif de reterritorialiser le sens dans une langue (Je renvoie ici aux travaux d’Antoine Berman, à l’insistance chez lui sur la « traduction de la lettre »).
Lorsque j’ai compris ce lien inconscient qu’il pouvait y avoir entre la mort de mon frère Jérôme et mon engagement pour explorer ce lieu de l’entre-des-langues, qui est le non-lieu où travaille le traducteur, j’ai ressenti un grand bouleversement. Ce fut pour moi comme si je découvrais la mécanique par laquelle nous fuyons l’intime pour lui substituer de la pensée ou une forme d’expérience poétique.
Il me semble que nos sociétés, nos littératures, nos cultures, linguistiquement centrées, pourraient faire un même type d’expérience en se pensant du point de vue de cet entre-des-langues, à l’endroit de l’infirmité, du fragile, à cet endroit aveugle où nul n’est maître de la langue (autrement dit, du réel), où chacun redevient l’ignorant, en même temps que celui qui doit faire l’effort de se traduire et d’être traduit (pour l’autre). Cette émotion qui m’a saisi, je la crois porteuse d’une poétique et d’une politique pour le XXIe siècle : une po-éthique de l’entre-des-langues. Cette éthique pourrait produire, il me semble, d’importants échos dans les disciplines des études comparées, car elle déplace cette frontière à laquelle se heurtent toujours les analyses comparées, c’est-à-dire la territorialité de la langue et la difficulté qu’il y a à relier des œuvres sans avoir accès au « back office » du traducteur, à l’exégèse que constitue une traduction.


7. Une hypothèse de recherche


Cette formule me conduit à proposer une hypothèse de recherche :
Il n’y a plus, au XXIe siècle, qu’une littérature dans l’entre-des-langues.
C’est-à-dire s’écrivant dans la Langue déterritorialisante et reterritorialisante, une et plurielle, qu’est la traduction.

Si je déplace cet énoncé, j’obtiens une situation conflictuelle nouvelle. Non pas des langues (diverses et défensives) contre Une langue (globish ou technique), mais Une langue porteuse d’un multiple, d’une éthique, d’une politique (la traduction comme langue) contre une langue ignorant le multiple, l’implicite, le fragile, la nuance, l’exil, le conflit. En ce sens, la traduction comme langue, ou l’entre-des-langues comme langue-monde dans laquelle se maintient et s’écrit l’humanité, ses cultures, ses attachements, ses territoires, s’opposent au tout-communicationnel et/ou à l’utopie technique d’une traduction automatique réduisant la diversité linguistique à un seul sens commun. Le champ littéraire, à cet égard et parce qu’il a conscience des contextes, des significations implicites, constitue un contre-monde.
Si, contre ce tout-communicationnel – ou sa réduction en globish –, nous nommons cet entre-langues et nous le définissons comme une attention humaine aux territorialités, aux corps des mots, aux rythmes, aux sonorités et à ce qu’ils produisent comme polysémies, nous obtenons une situation nouvelle où la multiplicité des poétiques fait front commun sur un mode offensif. Une langue-monde (la traduction) contre une langue mondialisée (le globish).
Chaque langue, dans sa territorialité, peut donc se reconnaître et se penser comme une branche de « l’entre-des-langues ».


8. Une po-éthique de la traduction, à rebours des langues universalisantes

L’Histoire occidentale a été, dans sa monstruosité, une succession de tentatives pour imposer une langue universelle. Chaque système idéologique d’exportation ou de domination culturelle, qu’il soit chrétien et normatif, capitaliste et communicationnel ou, comme au XXe siècle, communiste et historicisant, ou autrement, fasciste et biologisant, repose sur une forme de monolinguisme essentiel : celui par lequel une nation cherche à imposer des idées et des croyances valant pour le monde et pouvant s’étendre et s’appliquer au monde.
Dans les dernières années du XXe siècle, à la suite d’Edward Saïd et des pensées postcoloniales, un premier décentrement a eu lieu : ce fut le retour de flammes d’un texte occidental exporté, intégré et retourné contre lui-même par des penseurs et écrivains de territoires anciennement colonisés. Première entaille dans la manière qu’ont eue les langues occidentales de se penser porteuses de vérités universelles tout en véhiculant un système de domination. Il y eut un deuxième décentrement au cours des dix dernières années ; un décentrement qui intègre aujourd’hui la critique postcoloniale, mais qui a commencé de façon autonome comme une critique de l’essentialisme de la pensée occidentale et de la dichotomie entre le sens et le signe. C’est ce qui a pris le nom de « translation turn » et que l’on peut trouver à l’état d’ébauche dans les textes d’Antoine Berman, ou aujourd’hui dans l’œuvre collective dite des « Intraduisibles » initiée par Barbara Cassin.
Je ne peux m’empêcher de lire ce qui se passe là – le translation turn – comme une façon pour l’Occident d’expier ses volontés de puissance universalisantes. Car que nous dit Antoine Berman ? Que nous disent les Intraduisibles ? Nous devons être attentifs au corps de la lettre, au corps du mot. Nous devons être attentifs à ce qui se déplace, ce qui s’omet, ce qui s’oublie, quand nous passons d’une langue à l’autre, d’un système de signes à l’autre.
Ces travaux redessinent le rapport de l’Occident au monde. Ils désessentialisent la pensée. Ils remettent les sens – multiples – (et non pas l’essence) à l’intérieur des mots et les arrachent à ce ciel de pureté où la Grèce les avait mis. Ces travaux sont pionniers en ce qu’ils reterritorialisent les idées dans les langues. Ils font ce que l’Église n’a pas fait avec saint Jérôme : l’aveu de sa douleur, de son écartèlement. L’aveu qu’il trahit autant qu’il traduit. Cette conscience d’un Jérôme désacralisé, rendu à l’effort pour ne pas trahir, ne pas omettre, ni nier la part d’autre qu’il ne parviendra jamais à rendre dans sa langue – le latin – est une éthique du multiple, de la diversité et de l’altérité : une éthique de l’autre langue. Cette éthique du traduire, c’est aussi ce que je nomme : po-éthique de la traduction, car elle s’attache à penser ce que le traducteur ne cesse de nier en traduisant. Voilà en quoi il me semble que le translation turn est à la fois épistémologique, littéraire et éthique.


9. Histoire et éthique de l’entre : une langue fantôme

Il y a, en Europe, une histoire de « l’entre-des-langues », et cette histoire coïncide en partie avec l’histoire du judaïsme et de sa présence en Europe, puis de sa lente et finalement brutale destruction. J’en trouve des résonances dans mon nom, de Toledo, qui est celui des juifs d’Espagne et de Tolède, haut lieu de la traduction, et je me demande jusqu’à quel point, plus encore que par le prénom de mon frère, Jérôme, je n’ai pas été mis à cette place-là, dans l’entre, dès le premier jour où j’ai décidé de prendre le nom de ma famille juive pour écrire. Sur une période longue, les juifs d’Europe ont été les précieux échangeurs de signes, tant pour les monnaies que pour les langues. Ils ont assuré cette médiation nécessaire entre des espaces qui cherchaient, au contraire, à établir, repousser, contester des frontières, à renforcer, cerner, construire des États, à défendre et à promouvoir des identités et des langues nationales. L’Europe a donc mis le monde juif – mais aussi le monde tsigane – à la place où elle ne parvient jamais à se tenir. Dans l’entre.
À cet égard, ce qu’il est advenu du yiddish, langue européenne qui était parlée par des populations d’un bout à l’autre du continent, de la Russie à la France, est exemplaire. Si nous observons le XXe siècle et que nous nous demandons : en plus de ceux qui ont été exterminés, quelle langue a été anéantie ? Nous trouvons le yiddish.
La mort d’une langue n’est pas un événement sans suite. La langue morte laisse des fantômes, des spectres, des formes d’appréhension du monde qui ne trouvent plus de corps pour s’incarner et errent parmi nous. La mort d’une langue redouble la mort de ceux qui la parlaient, car elle emporte avec elle tout le monde de sensations, de souvenirs qui est attaché à ses mots, à la façon de prononcer les mots, de les écrire.
Les langues mortes hantent longtemps les langues vivantes, elles s’y taillent une place, y trouvent des refuges (antre). C’est ainsi que j’ai suivi la lettre h, que l’on retrouve dans le mot « honte » et la « hontologie » de Lacan ou chez Derrida, dans son hantologie, et dont j’ai fait cette forme de l’H-être européen : un être hanté par sa mémoire, un h-être. Le yiddish est cette langue disparue qui h-ante l’Europe du XXIe siècle. Elle est une langue hybride, pétrie de mots allemands, polonais, russes, ukrainiens, et s’écrit dans un alphabet hébraïque. C’est donc cette langue de l’entre qui a été anéantie.
Elle se tient, pour moi, à la place du h. Elle a laissé un h muet qui est désormais aspiré et expiré. C’est ce h oublié – l’absence de médiation, de langue commune – qui est aussi à l’œuvre dans le processus de désintégration du projet européen. Si l’Europe peine à s’incarner comme espace littéraire – et donc comme espace politique –, si elle peine à se territorialiser autrement que par la force de ses polices, de ses décrets, c’est parce qu’elle a laissé ce h inaperçu. Elle n’a pas voulu se poser la question de son incarnation poétique et de ce qui viendrait en remplacement de la langue morte. Elle est devenue cet espace abstrait, sans autre corps que celui de la mémoire et du fardeau. Je renvoie ici à ce que j’ai pu en dire dans Le Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne.


10. Penser, écrire, dans l’entre-des-langues.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de reconstruire ou de sacraliser la langue anéantie ou une identité plutôt qu’une autre. L’Europe souffre d’un trop-plein de mémoire, d’un rapport de plus en plus touristique à sa propre histoire. Il s’agit au contraire, à la suite du translation turn, de mettre au cœur de nos pensées, de nos écritures, de nos cadres d’analyse, ce qui, jusque-là, a toujours été ignoré ou méprisé ou violemment oppressé. Penser, écrire, à partir de l’entre ou autrement, dans l’antre : refuge du fragile, de l’hybride, de ce qui se croise. Entre où nous sommes, de plus en plus souvent, condamnés à vivre, au XXIe siècle, dans une réalité mobile des exils successifs et du déplacement. Entre de ce qui fait conflit, dans le rapport à l’autre, à la langue de l’autre, à l’autre langue.
On représente souvent saint Jérôme à sa tâche, paisible, touché par la lumière divine, au milieu de ses livres. Mais on ne le voit pas à la peine ou s’excusant ou portant en plein jour la conscience du traducteur, son fardeau et sa tâche : tout ce qu’il trahit, tout ce qu’il lisse, les aspérités, les particularismes, tout ce qu’il choisit d’ignorer pour universaliser, à la suite de saint Paul, le récit biblique, tout ce qu’il n’avoue pas et dont il a peut-être peur (son maître, Dieu, la volonté de puissance de l’Église, qui cherche, par cette traduction, à s’emparer de textes disparates).


Non, saint Jérôme, dans les représentations picturales [1], ne tremble pas. Il est comme les nations, comme les États, sûr de son geste. Il est là, au milieu de ses livres, dans sa bibliothèque, comme un prophète inspiré par la grâce et écrivant sous la dictée d’un Dieu qui soudain, par un retournement du pouvoir, aurait voulu s’exprimer en latin ! Il est important ici de comprendre à quel point l’entre-des-langues est, à cet égard, un espace de contestation de toute forme d’hégémonie culturelle, idéologique ou linguistique. C’est Jérôme désanctifié : un traducteur qui ne se présente plus comme celui qui sait faire de l’un avec l’autre, mais comme celui qui sait qu’il menace de tuer l’autre en se l’appropriant. (Je renvoie ici aux textes de Henri Meschonnic sur la traduction de la Bible et son exigence de rendre le rythme du texte original).
Il faut imaginer saint Jérôme éclairé, non par la lumière divine, mais par les travaux de Meschonnic. Ce ne serait plus alors le tableau d’un homme sanctifié, touché par l’inspiration divine, serein, au milieu de ses livres. Ce serait un homme paradoxal, écartelé, figure humaine se disputant lui-même pour tenter de se rapprocher du texte original, mais sans y parvenir.
Une conscience malheureuse redevenue une force créatrice.


11. Transmission, contestation, création dans l’entre-des-langues

Il y a là, dans cette désignation du non-lieu où nous sommes, où nous sommes appelés à vivre, à écrire, à lire, à penser, au XXIe siècle, une politique, une poétique, et une éthique triple de la transmission, de la contestation et de la création.
(a). La transmission, c’est celle de la langue fantôme, du spectre qui hante toute langue et tout texte. Nous écrivons donc in memoriam, en faisant de ce spectre un compagnon de l’écriture, une forme d’humilité. Nous faisons du passé un avenir. Nous faisons du fardeau historique de l’Europe une possibilité de renaissance culturelle non hégémonique, passant par la traduction, ou plus justement, par le fait de se tenir dans l’entre-des-langues.
(b). La contestation, c’est celle qui naît de la tension entre ce non-lieu et les règnes multiples de la maîtrise auxquels la langue nous initie. Il y a plusieurs fronts ou plusieurs édifices qui se mettent à trembler, si nous les observons du point de vue de l’entre-des-langues. Le premier, c’est celui de l’« auteur », qui soudain cesse d’être cette figure solitaire, romantique, mais redevient plutôt un multiple, hanté par des textes lus et des états antérieurs et/ou expérimentaux de sa langue, qui ont sédimenté en lui, et qu’il rend, à sa manière, en le ré-agençant. Le deuxième édifice qui tremble, c’est l’État qui voudrait s’approprier la langue – en faire une langue nationale –, mais qui dans l’entre est violemment mis en cause. Il cesse d’être cet édifice des certitudes pédagogiques imposées au nom de l’assimilation, de l’intégration, pour devenir un espace polyphonique, une collectivité reliée autour d’une citoyenneté de traducteurs, par l’effort de relier des identités multiples. Enfin, contre les langues à prétentions universelles, idéologiques, techniques, communicationnelles, l’entre-des-langues pense le tremblement, la faille, l’interstice, le déplacement.
(c). Enfin, la création : c’est là, à partir de cet entre, qu’une expérimentation peut avoir lieu, in-between languages, zwischen las idiomas, à la frontière du lisible et de l’illisible. Je m’y emploie, à ma manière, en m’entourant de mes traducteurs pour écrire directement en traduction, pour hybrider le texte original et chercher les voies d’un créole européen : un mélange de langues qui soit aussi l’héritier de cet espace-trou, hanté, de la Mitteleuropa, là où les frontières n’ont cessé de se déplacer.


12. Ce que je nomme entre-des-langues…

Je nomme entre-des-langues ce qui est à la fois une mémoire de la destruction (le h), une éthique de la traduction et une poétique pour le XXIe siècle, qui soit une réponse et une résistance à l’hégémonie de la langue anglaise ou à toute tentative universalisante et/ou hégémonique. Je nomme entre-des-langues une attention à la figure d’un Jérôme désanctifié, et il faut voir ici le jeu de substitution, chez moi, entre le corps de mon frère, Jérôme, et le corps des morts, des victimes de l’Universel. Je vois l’entre-des-langues comme une attention au geste longtemps caché, longtemps oublié, de la traduction conduisant à un regard nouveau porté sur ce qui est nié de l’autre en traduisant. Je nomme entre-des-langues une façon de tenir en même temps une géopolitique littéraire contestataire, et une écriture et une poétique de l’hybridation.


Camille de Toledo
Art by Peter Fischli and David Weiss. From the «Equilibres» II

23:32 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

la légitimité d'une colère

Chère Colère,

tu es comme dedans et comme dehors à la fois. Contre le contour qu'on nomme peau, le long des dermes et des poils, tu hérisses, tu t'échines, tu entames, tu traverses. Tu as appris les détours, les angles morts car il est souvent question de dominer ses passions, de revisiter la tension sous un rapport social, familial... attendrir les viandes, peaufiner le regard jusqu'à extinction des feux.
Finalement, pourquoi te nier. Comment te nier.

Entre les dents et les cordes vocales, souvent, je t'ai sentie gronder. Il y a vingt ans, aucune gêne ne me retenait. Je savais te mettre au service de l'inutile, du vertical et de l'immédiat. La salve était le moyen. Le suc, ton chemin. J'ai craché pour expectorer. Finalement, ce n'était ni venin, ni remède. Une simple question d'être exacte et juste à l'endroit du corps.

Là, tu vois, je te sens, derrière ou devant. J'ai reconnu tes émissaires, tes envoyés spéciaux. Dans la mère, dans l'homme, dans l'enfant, dans le moment, je te sens ourdir. brasser, tresser mes nerfs. Je te tais pour la paix, je te situe, je t'analyse, je te maîtrise, comme j'aime croire que je t'annihile. Je te vois encore, ne te méprends pas. Ne me vois pas endormie. En réalité, je t'aperçois et te perçois beaucoup mieux qu'avant. Je sais tes racines, tes conséquences et tes impondérables. Je pourrais te justifier à chaque poussée, à chaque germination.

Rien ne t'isole, rien de te camisole. Même pas les jouissances, même pas les intermèdes heureux, les délassements. Tout semble filtrer ton flux. Le leurre est sain, sûrement, même.
Mon corps te sait, virevolte de l'intérieur aux soubresauts de ta menace.
Si, c'est moi qui t'applatis, te mets au sol et te piétine, avec toute la bienséance vitale que l'esprit établit.

Tu arborres sûrement une couleur connue, une bile savante. Tu as la langue bien pendue. Les éclairs, ta foudre, ta lumière manquent, finalement. Finalement, je te préfère au moment où tu es plutôt que dans un formol que je chiade, bocal, feuille d'or pour l'étiquette. A chaque étouffement, déjà, mon regard de dessus de l'armoire te décortique, te défibrilise.

Ce soir, je t'écris, pour te dire que je t'aime, que je te désire violente et intense, pour te rappeler à moi, à tout ce qui fait moi. Que la tristesse ne t'arrive pas à la cheville, ni le pardon d'ailleurs.

Je te loue,

M.

3-viola-acceptance.jpg (art by Bill Viola - acceptance)

23:16 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
aoû

petit celles qui

entre celles qui ne sont pas rentrées, celles pas sorties, celles pas baisées, celles embrassées, celles boudeuses, celles râleuses, celles prêtes à tout, celles à cheval sur les principes, celles déterminées, celles en doutes perpétuels, celles peroxydées, celles qui ont le permis de conduire, celles qui ont été choisies, celles qui ont été élues, celles qui ont été maintenues à la surface, celles en chasse, celles en retard, celles en avant-garde, celles à gros arrière-trains, celles avec qui on aime prendre le train, celles qui dévient, celles qui viennent, celles qui vivent,celles qui sont en partance, celles qui n'obtiennent crédit qu'en remontrances, celles qui errent, celles qui gèrent, celles qui subsistent, celles qui résistent, celles qui ont le teint pâle, celles qui varient comme des femmes, celles qui causent comme des hommes, celles qui se foutent de la gueule du monde, celles qui se donnent un genre, celles qui annulent à la première minute, celles qui croisent les chemins comme du tricot, celles qui baisent à tire larigot, celles qui causent cru, celles qui préfèrent le vin cuit, celles qui ont des prunelles, celles qui font des étincelles, celles qui mangent de la merde, celles qui écorchent leurs chairs, celles qui prennent l'air, celles qui s'en donnent à corps joie, celles qui n'aiment rien, celles qui se contentent de peu, celles qui aiment mieux, celles qui aiment celles, celles qui boivent à la bouteille, celles qui creusent avec leurs mains, celles qui préfèrent les seins en poire, celles qui donnent le change, celles qui bouffent des yaourts après la date, celles qui se contrarient au moindre coup de vent, celles qui sont coupables, celles qui sont valables, celles qui ont envie de faire pipi chaque minute, celles qui pissent debout, celles qui ont des poils drus, celles qui pardonnent quand c'est mou, celles qui chantent des berceuses, celles qui se balancent sans réfléchir, celles qui sont fébriles à chaque battement de cil, celles qui n'ont aucune idée, celles qui terminent tout, celles qui ne savent pas dire oui, ...

body sculpté.jpg

19:23 22/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

13
aoû

let's be witches of modern times... (Thanxxx Violaine / Nathalie / Catherine)

Witches by Erica Jong / 1981, Harry N. Abrams:

(...) Erica Jong’s association with second-wave feminism or her best-known, controversial book Fear of Flying. In Witches, she uses poetry and prose to collect some of witchcraft’s mythology, spells, and rituals, and finds in its history a source of women’s power. It’s not the most thorough Wiccan resource (take a look at books by Starhawk or Scott Cunningham (...).

Ladies sharing a secret. French postcard, 1910.jpg

 

I N T R O D U C T I O N

" When I was researching Witches fifteen years ago, it was considered rather kinky to talk about the female aspects of divinity or to attempt to rehabilitate witches from the libels perpetrated on them by their inquisitors. Witchcraft was a bog of myth, misinformation and Halloween gear. There were people who called themselves contemporary witches or Wiccans -- and I met plenty of them -- but they seem as confused about their origins as anyone else. Some called themselves goddess -- worshippers or contemporary pagans. Some were feminists rediscovering the female roots of divinity, and their rituals were as muddled as they were sincere. Nobody could quite decide whether to be a white witch and do good with herbs or -- more exciting -- to be a bad witch and go to bed with devils.

The popular image of the witch reflected this confusion. There were both good and bad witches in picaresque movies like The Wizard of Oz, and only bad witches in scary movies like Rosemary's Baby. Did witches worship Satan or did they worship a benevolent mother goddess? Hardly anyone would have posed the question that way. It fell to this book to put the question to a popular readership for the first time -- and that has been a large part of its appeal.

The truth is that the witch is a descendant of ancient goddesses who embodied both birth and death, nurturing and destruction, so it is not surprising that she has both aspects. But when religions decay and gods are replaced, there is a consistent dynamic: the gods of the old religion inevitably become the devils of the new. If serpents were once worshipped as symbols of magic power, they will later be despised as symbols of evil. If women were once seen as all-powerful, they will become relegated to obedience to men and feeling pain in childbirth. The symbols remain but their values are reversed. The snake in Genesis is now the devil. The first female, Eve, has gone from being a life-giver to a death-bringer. Good and evil are reversed. This is the way the politics of religion work.

The contemporary image of the witch incorporates detritus from many religious sects over many millennia. Like the wall of a Crusader castle in the Middle East, it rests upon a foundation of remnants from a variety of periods. Like Hecate and Diana, the witch is associated with the moon and lunar power. Like Aphrodite and Venus, she can make love potions and fly through the air. Each attribute of the witch once belonged to a goddess. 

All over the ancient world goddesses were worshipped. These goddesses represented womanhood distilled to its ultimate essence. Ishtar, Astoreth, Aphrodite (as she was eventually known) held sway over love, procreation, fecundity -- and most of the gods obeyed her urgings. Many-breasted, in love with flowers, wheat, all blossoming, she echoed something primal in the human heart. Born of woman ourselves, we find godhead natural in womanhood. Any faith that renounces the mother is bound to see her creep back in another form-as Mary perhaps, the mother of the sacrificed god.

Witchcraft in Europe and America is essentially this harkening back to female divinity within a patriarchal culture. If you insist long enough that God is the father, a nostalgia for the mother-goddess will be born. If you exclude women from church-rites, they will practice their magic in the fields, in forests, in their own kitchens. The point is, female power cannot be suppressed; it can only be driven underground.

Take a little honey in a jar. Write your deepest wish on a bit of brown paper and hide it in the honey. Focus all your energy on your intention (which must be sweet) and eventually your wish will be granted. Intention counts for everything. It must be positive. And the more witches there are sitting in a circle practicing communal intention, the more potency the magic will have. The desire for magic cannot be eradicated. Even the most supposedly rational people attempt to practice magic in love and war. We simultaneously possess the most primitive of brainstems and the most sophisticated of cortexes. The imperatives of each coexist uneasily.

We may even prefer to see the witch as an outsider, a practitioner of the forbidden arts because that makes her even more powerful. Perhaps we are slightly ashamed of our wish to control others and would rather pay a maker of magic than confess to these wishes ourselves. Perhaps we would rather not be in charge of magic that might backfire.

Since we believe witches can make wishes real, we both need and fear them. If they have the power to kill our enemies, couldn't they also kill us? If they have the power to grant love, couldn't they also snatch it away? Witches remind us of the darkness of human wishes. That is why we periodically find reasons to burn them. 

In The White Goddess, Robert Graves asserts that all real poetry is an invocation of the triple goddess of antiquity -- she who controls birth, death, procreation -- and that it is the poet's fealty to her that determines the authenticity of his work. "The main theme of poetry" Graves says, "is the relations of man and woman, rather than those of man and man, as the Apollonian classicists would have it." The male poet woos the goddess with words in order to partake of her magic. He is at once her supplicant and her priest. Where does this leave the female poet? She must become an incarnation of the triple goddess herself, incorporating all her aspects, creative and destructive. This is why it is so dangerous to be a female poet. It is a little like being a witch.

Adelaide Crapsey's poem "The Witch," evokes this well:

When I was a girl by Nilus stream
I watched the desert stars arise;
My lover, he who dreamed the Sphinx,
learned all his dreaming from my eyes.
I bore in Greece a burning name,
And I have been in Italy
Madonna to a painter-lad,
And mistress to
a Medici.

And have you heard (and I have heard)
Of puzzled men with decorous mein.
Who judged--the wench knows far too much-
And hanged her on the Salem green.

 

Adolescence is a time when witchcraft exercises a great fascination. Disempowered by society and overwhelmed with physical changes, teenage girls fall in love with the idea of forming covens. Whatever bric-a-brac of magic is around, they will pick up and shape to their own uses.

This book has made me a heroine to my friends' daughters. It has also been the most banned of all my books -- probably because the idea of female godhood is still anathema to many people. Once, I received a Polaroid picture of this book showing it burned around the edges. The letter accompanying it said: "My father burned this book. Could you send me another copy?" So much for the efficacy of censorship.

The more disempowered people are, the more they long for magic, which explains why magic becomes the province of women in a sexist society. And what are most spells about? Usually procuring love, with the hexing of enemies running a close second. When men turn to magic, they are more likely to seek knowledge and power (Dr. Faustus), or immortality (Walt Disney). The men who spend fortunes to assure that their corpses will be frozen are not likely to be attracted to love spells. Their love is self-love. They want their own DNA to endure singly, not to commingle with a lover's.

So witchcraft remains a woman's obsession. John Updike captured the nature of the beast in his novel The Witches of Eastwick. Disempowered women use their coven to become the secret legislators of their little town. Their magic cannot be separated from their sexuality. That is, of course, the point.

I would love to be a witch. I would love to learn to control the uncontrollable by making secret spells. (Who wouldn't?) I believe I was really motivated to write Witches because I hoped I would learn to master my own fate through magick. In that I was like Fanny, the heroine of my third novel, who was also drawn into the study of witchcraft as a means of mastery. In Fanny, being the True History of Fanny Hackabout Jones, my eighteenth-century heroine is a powerless orphan, raped by her guardian, who turns to witchcraft in the hopes that it will equalize her power with men. I imagine a coven of proto-feminist witches who attempt to compensate for the female's lack of power by making spells and riding through the air. They initiate Fanny and her newfound power stays with her the rest of her life, though it helps her in different ways than she first expects. Witchcraft in Fanny proves to be the magic with which mothers inspire daughters and vice-versa. It proves to be women's wisdom -- ancient and life-giving.

We have come a long way since the days when it was impossible to imagine a female deity. Now the idea of an inspiring goddess has almost become commonplace. Yet women are still not equal to men politically or economically. Will we ever be? Is our power still the power to give life? And if so, will we never be forgiven for it? 

Since the goddess of birth is also the goddess of death, women are accused of bringing death into the world as well as life. This is why the witch is depicted both as young, beautiful and bedecked with flowers, and as a frightening crone covered with cobwebs. She represents all the cycles of life, and if she is terrifying it is because the cycles of life terrify. They are inexorable. They remind us of mutability and mortality.

In certain periods it seemed less disturbing to worship the beautiful young male -- Michelangelo's David, the perfect boys of Platonic discourse -- because they could be seen as detached from change and decay. Periodically, our belief systems go through this cataclysm, from the worship of the female cycles of birth and decline to the isolated perfection of young maleness. The Socratic notion that true love was only possible between males represents denial of woman and denial of death. The rejection of females' bloody cycles, mewling infants, and cthonic vendettas reasserts itself in many cultures. Woman is made the scapegoat for mortality itself, for nature red in tooth and claw, for the mutability that is human fate. Then she is punished as if she were responsible for all nature's capriciousness, as if she were Mother Nature incarnate -- which of course is partially true.

Since we inherit a worldview that sees man as reason and woman as nature, we are still in the grip of the beliefs that fostered witchburning. We have to understand the witch to understand misogyny in our culture. We  have to understand the witch to know why women have been denigrated for centuries. The witch is a projection of our worst fears of women. Whether fattening children for food in "Hansel and Gretel" or disappearing into a puddle of ooze in The Wizard of Oz, the witch inhabits a dimension where the primitive fears of children become the wishes of reality.

Love is only a love poppet away. Mountains of gold glimmer beneath the earth. Enemies disappear with one magic formula while blossoms spring up with another. The witch can vaporize people at will, keep spring on earth all year long, make the lion lie down with the lamb. She can fly and enable others to fly. She can abolish death.

Surely we would like to be like her, and a book can only be a beginning. Like all secret arts, witchcraft is learned by apprenticeship. Its deepest secrets are printed nowhere. One witch hands down her grimoire to her successor, who alone can decipher its coded spells and recipes. If a true witch were to publish her secrets for all to see, she would immediately lose her powers. "Power shared is power lost", say the witches. Legend has it that true books on witchcraft have at times been published, but the pages spontaneously combusted before they could be bound. So I have had to be very careful with Witches. Like the weaver of a great rug who does not wish to arouse the wrath of Allah, I have had to introduce small errors. I have had to code certain messages and print my recipes and spells with missing ingredients or missing steps. Otherwise the book would go up in smoke before it could be read. But the clever reader, the witch-to-be, the natural adept of magick will read this book holding in her hand a pen dipped in invisible ink. Guided by the unseen force, that hand will supply whatever is missing. With practice, with deep concentration, the hand of the proficient will fill in the missing formulae. Just as the Delphic Oracle uttered words whose import she could not divine, the hand of the true adept will scribble the truth. Watch for those words. They are all the witchcraft you will need to know."

+

www.reclaiming.org/

haka women.jpg

12:59 13/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

12
aoû

RITUELS (by Collectif H/F Couple): ce que je vis n'est rien.

Une aventure de jour comme de nuit.

HFdeuxyeux.jpg

Voyez là.

Des galets derrière. Des routes devant.
Un interstice entre deux temps réels.
Un inventaire minéral et humain.
Un rapport qualité prix équitable.
Une dimension amplifiée.

Là.
Un duo formé d'amoureux et de visions parallèles ou ambivalentes - une vidéo pour dire un peu du monde qu'ils traversent, avec amour et falaises, naïveté et rugosités.


Collectif H/F Couple est composé de UnVraiSemblant & Milady Renoir et vice-versa.

21:48 12/08/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, humoeurs |  Facebook

10
aoû

Feminist Science Fiction

Feminist Science Fiction Is the Best Thing Ever

Written by

Claire L. Evans

Futures Editor

Hello, ladies. Are you into science fiction? 

Consider The Female Man, a 1970 science fiction novel by the late Joanna Russ, which takes place in four worlds inhabited by four different women who share the same genotype and whose names all start with the letter J. There’s Jeannine Dadier, who lives in 1969 in an America that never recovered from the Great Depression; Joanna, also in 1969, but in an America like ours; Janet Evason, an Amazonian beast who lives in an all-female world called Whileaway; and Alice Reasoner, or “Jael,” a warlord from a future where women and men have been launching nukes at each other for decades.

The first time I read The Female Man, I felt like the hotel room carpeting had been ripped out from beneath my feet, revealing a glittering intergalactic parquet that had somehow been there all along. After all, I considered myself to be a sci-fi buff of the highest order, but I had come to it, like many young readers, through the space operas and adventure tales of Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, and Ray Bradbury. I still love these writers, of course, but the idea that science fiction—my genre of choice—could actually be written to me, about me, was unknown.

Those were boy stories. The Female Man is not a boy story.

Instead, The Female Man is one of the many wonderful, provocative, and maddeningly nonlinear science fiction novels which emerged alongside second-wave feminism in the 1960s and 70s. It might seem outré, but few mediums are as effective at articulating the aspirations of feminism. Science fiction is, after all, defined by its capacity to construct believable alternate realities: among these, why not worlds free of sexism, or utopias beyond gender? Such fabulations can be as exotic as lunar colonies and cities populated by androids. And, of course, women are aliens—who better to write alien stories?

Two classics of the feminist science fiction canon. 

Science fiction tells us more about the present than the future; any Trekkie will attest to the truth of this statement. For all its forays where nobody has gone before, the primary conflicts of the original Star Trek series were the conflicts of the 1960s: race relations, imperialism, and the Cold War. The same goes for feminist science fiction. Novels by Joanna Russ, Marge Piercy, Ursula K. Le Guin, and Octavia Butler were the literature of a movement, speaking to the fears and desires of women in the final decades of the 20th century. 

Science fiction has long been a boy’s club. Consider what endures from its first major appearance in popular culture, as lurid genre fiction printed in pulp magazines and paperbacks: zap guns, rockets, virile space colonists, and abducted women, caught in the writhing tentacles of some interchangeable extraterrestrial foe. The derring-do of Buck Rogers and the steely resolve of John Carter were sold to young men reading Popular Mechanics and pulp comics—not to their sisters or mothers. For the feminist science fiction writers of the early 1970s, the temptation to break in and subvert this playground, to tweak its phallic rockets and intergalactic imperialism, proved irresistible.   

It wasn’t without precedent, incidentally. Frankenstein, which according to many critics is the first true science fiction novel, was written by a 21-year-old woman named Mary Shelley. Women penning utopian literature in the nineteenth and early twentieth century often addressed the issues relevant to first-wave feminism; in the 1905 novel Herland, a single-sex utopia is described as the ideal social order, free from war.

Which is to say that there’s nothing objectively masculine about science fiction. There’s nothing objectively anything about it; science fiction is a blank slate. It often takes place in the future, after all, a place to which no gender, nation, doctrine, or technology can stake a true claim. 

Sure, there have always been women in science fiction, but they were frequently of the "damsel in distress" persuasion. Image via Pulp Covers.

Back to The Female Man. Although some of the book takes place in the future, no single woman’s reality is “our” past or “our” future. Rather, they’re all manifestations of the same woman, spread out over time. They are potentialities, the multitudes contained in every woman. As Russ writes, “to resolve contrarieties, unite them in your own person.” It’s a good metaphor for what literature does, too, which is give us access to the manifold strangeness of the world and its possibilities, to say nothing of the possibilities of a world without constraints determined by gender. 

Science fiction in particular offers us worlds so different from our own that we, as readers, can feel suddenly nauseous and disoriented; genre critics call this sensation “cognitive estrangement.” And yet it always crashes back down to confront the problems of the present in a specifically cognitive way.

That is its function. Its strangeness clarifies our normal—and makes it, too, seem strange. By giving us glimpses into alternate worlds, places where the cultural physics we take for granted are skewed 180 degrees, science fiction helps us to see our actual position without bias. “Feminist science fiction is a key,” writes the critic Marleen S. Barr, “for unlocking the patriarchy’s often hidden agendas.”

Alice B. Sheldon, a female science fiction writer who wrote under the male pseudonym James Tiptree, Jr. for decades. A literary prize is now given in her name for books that explore gender through science fiction and fantasy. Photo via NPR.

One particularly effective way to unlock those hidden agendas—or simply to worldbuild outside of the constraints of male-dominated society—is to imagine single-sex worlds. Beginning with the Amazons of Classical antiquity, there is a long tradition of female-only places in literature and mythology, and many canonical books from the slim but robust canon of mid-70s feminist SF take place in such worlds: 

The Female Man, of course, Marge Piercy’s Woman on the Edge of Time, Jayge Carr’s Leviathan’s Deep, where men are hapless concubines and errand boys, Sally Gearhart’s The Wanderground, where women have fled male-dominated cities for the wilderness, and the oeuvre of Suzy McKee Charnas. Other novels from the period, like Ursula K. Le Guin’s transformative The Left Hand of Darkness, about a planet of sexless androgynes, take a more fluid approach to gender. 

In all of these cases, the question is the same: what happens when men are removed from the equation? Perhaps there is world peace. Perhaps lesbian relationships become the norm. Perhaps dense matrilineal rituals replace our existing societal customs. Perhaps the reproduction of the species is achieved in a different manner, sexlessly—or through a new kind of sex. Perhaps it’s a dystopia.

There’s no way of knowing for sure, but the simple speculation forces us to reconsider the things we take for granted about our world. For example, imagine living in an all-female colony your whole life, raising only female children, accustomed to a government and an economy run by women, and seeing a man for the very first time. He would appear to be an alien, as in this description from Joanna Russ' iconic story When It Changed:

They are bigger than we are. They are bigger and broader...They are obviously of our species but off, indescribably off, and as my eyes could not and still cannot quite comprehend the lines of those alien bodies, I could not, then, bring myself to touch them...I can only say they were apes with human faces.

Talk about cognitive estrangement! It’s not surprising that science fiction has been variably discovered, in wave after wave, by communities seeking a creative tool for cultural critique. Its boundaries lie wherever the last person left them. Before the feminists, there were the New-Wavers, who ported literary techniques and the psychedelic insights of the early 60s over to the genre, in the hopes of refracting some light around the uptight establishment.

After them, the deluge: Afrofuturistscyberpunks, countless subgenre writers tinkering with the tropes of alienness to make a point. Regardless of the agenda, however, science fiction writers always use the same mechanism: change the world in some significant way, tip it on its side. What tumble loose are our preconceptions. Where they land, the ground is never quite so solid again.

 

00:17 10/08/2014 | Lien permanent | Tags : place net |  Facebook

9
aoû

witch and craft

The Malleus Maleficarum (Latin for “The Hammer of Witches”, or “Hexenhammer” in German) is one of the most famous medieval treatises on witches. It was written in 1486 by Heinrich Kramer and Jacob Sprenger, and was first published in Germany in 1487. Its main purpose was to challenge all arguments against the existence of witchcraft and to instruct magistrates on how to identify, interrogate and convict witches.

Some modern scholars believe that Jacob Sprenger contributed little if anything to the work besides his name, but the evidence to support this is weak. Both men were members of the Dominican Order and Inquisitors for the Catholic Church. They submitted the Malleus Maleficarum to the University of Cologne’s Faculty of Theology on May 9, 1487, seeking its endorsement.

While general consensus is that The Catholic Church banned the book in 1490 by placing it on the Index Librorum Prohibitorum (“List of Prohibited Books”), the first Index was, in fact, produced in 1559 under the direction of Pope Paul IV. Therefore such claims are dubious, at best. I believe people are confusing the fact that the Inquisition reportedly denounced Heinrich Kramer in 1490 as being a ban upon the Malleus Maleficarum. Thus far, I’ve yet to find the Malleus on any Index Librorum Prohibitorum (copies of which are available on the Internet – most notably the 1559 and 1948 editions).

The papal bull, which appeared at the beginning of the book, could rightly be said to be misleading, because it addresses Kramer’s and Sprenger’s authorities as Inquisitors in certain lands, not the creation of the Malleus Maleficarum. The Catholic Encyclopedia states “Innocent’s Bull enacted nothing new. Its direct purport was simply to ratify the powers already conferred upon Henry Institoris and James Sprenger, inquisitors, to deal with persons of every class and with every form of crime (for example, with witchcraft as well as heresy), and it called upon the Bishop of Strasburg to lend the inquisitors all possible support.” So Kramer treated the bull as if it was an endorsement of his book, but it was not. However, the inclusion of the bull certainly gave the impression that the Malleus Maleficarum had been granted approval by Pope Innocent VIII.

Some believe that the Letter of Approbation from The Faculty of Theology of the University of Cologne was a falsified document. General consensus is that Heinrich Kramer brought the Malleus Maleficarum before the University of Cologne requesting an endorsement, but was rebuffed. Tradition has it that Kramer forged the document that he included with his work, that he and James Sprenger parted ways on bad terms, and that Kramer was denounced by the Inquisition in 1490. One would expect, however, that had such a document been forged, Mr. Kramer would not have subsequently been able to conduct very popular lectures in Venice starting in 1495, much less be empowered to proceed against the Waldensians and Picards in 1500.

http://www.malleusmaleficarum.org/

13:27 09/08/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, place net |  Facebook

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The Man by G. Akechi (Black Magazine - Japan, 1971)

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20:15 16/07/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

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jui

Celan et le poème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«   Certes le poème - le poème aujourd'hui - se révèle, et cela ne tient, je pense, que de façon accessoire aux obstacles - qu'il ne faut pas minimiser - de son vocabulaire, à l'abrupt d'une syntaxe comme à un sentiment plus vif de l'ellipse - le poème se révèle, on ne peut en disconvenir, enclin forcément au mutisme.

 

   Il persiste - qu'on me passe, après tant de formulations extrêmes, celle-ci - le poème persiste aux confins de lui-même ; il se révoque, il se reporte sans relâche, afin de durer, de son Déjà-plus à son Toujours-encore.

 

   Ce Toujours-encore ne sera jamais cependant qu'un Parler.

 

   Non plus parole en soi que "concordance", je crois, fondée sur la parole uniquement. Mais parole délivrée, actualisée, sous le signe - radical - de telle individuation qu'avertie de ses bornes, comme de sa latitude, une parole impose.

 

   Ce Toujours-encore se découvre dans le seul poème de celui qui n'oublie pas qu'il parle dans l'angle d'inclinaison de son existence, dans l'angle d'inclinaison où créature s'énonce.

 

   Le poème serait dès lors - plus que jadis, ouvertement, parole d'un seul devenue figure, - et du plus intime de soi aspirant à une présence. Le poème est solitaire. Il est solitaire et sur le pas. Qui le trace s'avère à lui délié.

 

   Mais le poème alors n'est-il pas manifeste ici, dans la rencontre déjà   - dans le secret de la Rencontre ?

 

   Le poème est tendu vers un autre, éprouve la nécessité d'un autre, une nécessité du vis-à-vis. Il le débusque sans trêve, s'articule allant à lui. Toute chose, tout être, comme il chemine vers l'autre, sera figure, pour le poème, de cet autre.

 

   Le poème, dans l'attention qu'il voue à l'objet de la rencontre - à ce détail, couleur, structure, coupe,qu'il restitue, ces "tressaillements", ces "allusions", n'est en rien tributaire, je crois, de quelque avance du regard rivalisant avec des appareils chaque jour plus perfectionnés - ou avalisant leur progrès - : son attention, ici, à travers nos dates que, toutes, il maintient, est une concentration plutôt. L'attention - je citerai, ici, volontiers, d'après l'essai de Walter Benjamin sur Kafka, un mot de Malebranche - "l'attention est la prière naturelle de l'âme".

 

   Le poème tend - dans quelles conditions ! - au poème de tel qui - à nouveau, et sans trêve - prend garde, fait face à ce qui apparaît, interroge et interpelle ce qui apparaît ; il devient dialogue - il est souvent dialogue éperdu.

 

   C'est dans l'espace d'un tel dialogue que la chose interpellée se constitue, qu'autour de moi qui l'interpelle et lui donne son nom, elle peut se rassembler. Mais convertie - du fait de cette dénomination - aussitôt en un toi, elle introduit dans la présence son altérité. Même dans cette présence, ici, du poème - le poème tient toujours dans cette présence ponctuelle, unique - dans sa proximité immédiate même, elle concède à l'autre une parcelle de sa vérité : le temps de l'autre.

 

   Nous sommes, pour peu qu'avec les choses s'anime ce lien de la parole, sur une interrogation toujours, quant à leur provenance et leur destination : sur une interrogation "ouverte à jamais", "ne parvenant jamais à fin", qui ne désigne que l'accès, vacance, libre étendue - nous sommes loin - dehors. »

 

 

 

Paul Celan, Le Méridien, 1961 (discours prononcé à la réception du Prix Georg Büchner à Darmstadt, trois ans après le Discours de Brême), traduction André du Bouchet, Fata Morgana, 2008. P. 32-35.

 

10:34 14/07/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

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jui

Bons anniversaires mes ateliers

Il y a 12 ans, j'ai mis mes pieds et mes mots pour la première fois dans un atelier d'écriture. Je m'y étais ennuyée tout autant que j'avais découvert une précision à mon propos. Ecrire pouvait se faire simplement, là, devant moi. J'ai fomenté une révolution en mon corps. J'écrirais et j'écrirais avec / au sein des ateliers. Et si je pouvais aussi écrire en dehors, en plus, autour de ces ateliers, c'était bonus.

Il y a eu le Littéméraire, un site d'ateliers d'écriture, une dérive souhaitable de RDV.be. Nous y avons exploré le pire et le meilleur, de l'écriture et des commérages.

Il y a 11 ans, un samedi 14 juillet, j'ai animé mon premier atelier d'écriture vraiment pensé atelier d'écriture.
Il y a 11 ans, il y avait Marine, Suzy, Lalou, Clau, Roger, Waltaire, Caro, Titi, Olivier et d'autres. C'était dans le bel et grand appartement à Matongé que je partageais avec Marine, petite soeur de coeur et beurre.
J'avais compris la nécessité d'être animée (pour moi), la nécessité et la joie d'animer dans un cadre tourné vers l'écriture, la découverte, le jeu. Des choses évidentes, simples ou pas vraiment, finalement.

Il y a 8 ans, j'ai rencontré Réjane Peigny et Pascale Fonteneau et le réseau Kalame. La nécessité de me former, d'intégrer les connivences d'avec des pairs (et d'explorer mes impairs), de chercher à comprendre des méthodologies, des pratiques, d'assimiler une éthique, d'appréhender une philosophie personnelle ET collective.
Je suis devenue membre dite active. Mes ateliers se sont multipliés, renouvelés, amplifiés (qualité pas quantité).

Du café le Greenwich (ancienne version) au cellier du Moeder Lambic (Saint Gilles), d'une salle obscure de l'Arenberg (R.I.P) à une bibliothèque dégarnie à Namur, d'un ancien café de village en Gaume à la Cité de la Musique à Paris, du Château de la famille d'Amélie Nothomb à une caravane devant une église occupée par des réfugiés, d'un hôtel de passe (Le Neutre) à la Maison d'Erasme, d'un squat liégeois à la librairie 100 papiers, de chez Suzy à chez moi, des lieux m'ont ouvert portes et fenêtres et esprits.

Il y a 4 ans, j'ai hérité d'un drôle de poste au sein du réseau Kalame. J'ai même hérité d'un calame de 2 mètres en bambou qui trône dans mon bureau. Coordinatrice du réseau au sein de la Maison des Littératures Passa Porta. Avec ça et des gens bien, j'ai aussi conceptualisé, coordonné, produit, assisté des festivals (Passa Porta, Marathon des Mots, Au Bord Elle, FiEstival, ...) où les textes, les mots, les voix sont amplifiés.

Depuis un an et des..., Kalame réside à la Maison de la Francité, est devenue asbl en octobre 2013, attend son site internet avec impatience et est mon occupation à tête pleine (et à mi-temps).

J'anime des ateliers d'écriture pour:

- faire écrire
- garder mon oeil hagard ou ouvert sur mon processus d'écriture
- partager des marottes, en attraper d'autres
- étudier des textes, des auteurs, des concepts en plus des études que j'ai arrêté "tôt"
- rencontrer des gens en écriture
- assimiler des univers, les digérer, les transformer
- gagner quelques sous en plus
- visiter des espaces temps hors quotidien
- écrire
- lire
- entrer en connivence avec le monde
- écouter gronder ou ronronner des gorges d'autres
- traverser

Je remercie les centaines de participants, la possible cinquantaine de lieux, les livres et ma vie pour tout ça. EN écrivant ça comme si je parlais de moi morte, je me dis que je n'ai encore aucune raison d'arrêter.

C'était la séquence émotion juste avant la grande finale de la coupe du monde de football.

francis-picabia-sans-titre-projet I.jpg (portrait de moi réalisé par Francis Picabia)

19:14 13/07/2014 | Lien permanent | Tags : atelier, ego trip-e |  Facebook

Deux lieux d'à côté

Le blog de la CoUrBE du CUBE est aléatoire.
Il remplit ses fonctions d'agenda, d'archives de ce que j'ai vu et ce que j'aimerais voir.
En greffes, il y a les autres espaces nourris.

y compris Latérite&Trottoir (correspondance avec Perrine Le Querrec)
&
SonAutreOeil (photos d'un oeil oblique peu stratégique).

 

Si jamais.

18:10 13/07/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, place net |  Facebook

8
jui

tensions variables.

Andreas Vesalius .jpgà force de rage, on implose sur une table.

15:57 08/07/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

la chute comme tentative

 

Les feuilles tombantes ne sont pas des jeunes filles en fleurs. Il n’est jamais question d’aborder la chute comme l’absence ou l’innocence. Ça n’a rien à voir.

Le temps que les choses tombent, l’espace s’esclaffe, la pesanteur s’exclame et la vie ricane. C’est dur mais c’est vrai.

C’est très violent de quitter un lieu connu en haut pour atterrir en bas, aussi soyeux ou humide soit-il. Ce n’est pas parce qu’on dresse la table du sol depuis la naissance qu’il faut omettre l’importance de chaque affaissement, de chaque glissade, de chaque éboulement, de chaque fin de marche.

textes,humoeurs

Si on écoutait les choses de la nature qui tombent constamment, on relativiserait.
Pensez seulement l’incommensurable étendue de notre amertume à vivre, l’impalpable mélancolie qui nous abattrait si on s’entendait être aussi fragile, aussi dérisoire qu’une feuille morte, qu’un point de poussière, qu’un de ces petits principes de vie exterminés par leur propre nature.

Je dois vous dire, je suis beaucoup tombée. J’ai aussi beaucoup vu de choses tomber. Des hommes comme dit une chanson, mais aussi des cailloux lourds, des corneilles pimpantes, des arbres entiers, des exocets brillants, des idées précieuses, des élans et des erreurs, de l’eau en liberté, des étoiles aussi, comme tout le monde.  J’ai toujours été très sensible à la chute, dès le début de mes yeux.

(c) Milady Renoir

 

15:54 08/07/2014 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

30
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au bord d'un temps

2014 june 322.JPG

Le solstice a l'éternelle manière d'être un point de repère. Un entre deux appaisant ou aléatoire, mais un interstice diluant l'amont et l'aval.
Là, comme vous le voyez, au sein d'un sanctuaire de mouettes, sur un chemin sans balise, interdit aux inconnus, j'ai marché. Je me suis assise face à la mer, puis remise debout, comme une femme de marin. J'ai trouvé un chant, un espace entre la gorge et le ventre. J'ai murmuré. Rien n'a été entendu par personne. Ou tout le monde. Mon corps a eu peur. Il était question de vents, de falaise, de mon vertige du haut d'une chaise mais pas de cette.
Il y avait le coucher de soleil, des adolescents nus dans un bain d'avant minuit, et des amoureux sur les galets sous des plaids.
J'ai pris mes images intimes. Poussées dedans, elles sont agi. Sur moi, sur ma vision. La peur de tomber est arrivée. Je l'ai laissée passer. Un homme a crié du parapet à une cinquantaine de mètres de là, m'interdisant de. Je n'ai eu aucune envie de sauter, ni de le rassurer. Je me suis échappée des terres. Les mouettes dérangées striaient le ciel au dessus de mon scalp. Je suis descendue par l'herbe quand j'étais montée par le blé barbu et les ronces.
Ecrire le sauvage, l'intime, la densité n'est pas anodin; ça dit de soi de la manière la plus simple et la plus vulgaire. Sans le filtre du faire beau, ce sont des mots peu valides.
Je place ce contenu là pour ne pas l'oublier, surtout. Je me suis aimée au bord de ce temps.

23:43 30/06/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e |  Facebook

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jui

incorporer

DOSSIER CRITIQUE n°33

2014Mai 2014 (volume 15, numéro 5)
titre du numéro

Corpora corporis



Je veux gagner de l'argent dans ma vie et acheter un second cerveau et tous ces livres.

22:35 18/06/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

17
jui

GRAPHISTOLAGES - Atelier écritures et dessins - 5&6 juillet 2014

atelier graphistolages SD.jpg

Il reste des places pour cet atelier-ci.
Le lieu est à Schaerbeek (plus maison de la Francité)
inscriptions possibles / élans souhaitables.

22:36 17/06/2014 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

Once again and for ever, Saul Williams

Broadway’s Rebel, Tellin’ You to Hear It: A Portrait of Saul Williams

The mainstream Tupac musical Holler If Ya Hear Me is, in some ways, an act of defiance for the poet-actor-musician Saul Williams. Artists, after all, are here to disturb the peace.

Saul Williams, wearing a tattered long-sleeve shirt, his short dreads tilting off the right side of his head, is looking at a black-and-white photo of the late writer James Baldwin. The picture is leaning on the corner shelf inside Williams’s third-floor dressing room, tucked away in the south side of the Palace Theater in midtown Manhattan. In the photo, Baldwin is staring longingly into the camera, his eyes like two giant marbles, his chin resting in his hand.

“I don’t know if I have to read Baldwin right now,” says Williams, as he continues to gaze at the picture. “I feel like I sleep in the bed of Baldwin. I’ve read so much. So now I just look at him and everything comes at this point.”

Below Baldwin’s portrait are two paintings Williams did himself. One is of Tupac, the other of Miles Davis. Both are filled with vibrant blues, greens, yellows, and reds––a cornucopia of color, as varied as the additional artists and authors he’s selected to accompany him in his dressing room, from Allen Ginsberg to August Wilson to Howard Zinn. They’re all here to help inspire him and keep him occupied as he prepares for a new chapter in his constantly shifting oeuvre. This time, it’s for the lead in a Broadway musical called Holler If Ya Hear Me, a production that many have referred to as the “Tupac Musical.” But that’s a bit of a misnomer. The show, opening June 19, is not about the late rapper’s life. There is no character named Tupac, nor is there a Suge, a Dre, a Snoop, an Afeni, or a Biggie. Instead, Holler If Ya Hear Me is its own tale, one soundtracked by Tupac’s music. At the center of it all is Williams, a 42-year-old actor, poet, and activist.

Williams is a seasoned performer. He’s recited poems on thousands of stages, from the Sydney Opera House to London’s Queen Elizabeth Hall; released four full-length albums and five books; and collaborated with the likes of Trent Reznor and Rick Rubin. But Holler If Ya Hear Me is his first Broadway musical. The casting choice by Tony Award-winner Kenny Leon speaks to the magnitude of Williams’ previous work. Normally, if you’re casting a virgin Broadway lead, you go for a big-name actor who can sell tickets. While Williams may have a wealth of experience on stage and in front of the camera, he’s never been considered mainstream. (He’s had bit roles in major movies, like Lackawanna Blues and K-PAX, and one of his songs showed up ina now-infamous Nike commercial from 2008, but that’s about it.) The casting itself—and Williams’s acceptance of the show—has a rebelliousness to it, bringing to mind the words of Baldwin: “Artists are here to disturb the peace.”

 

***

Saul Williams was born in 1972 in Newburgh, New York. His mother was a schoolteacher and his father was a preacher. (Legend has it that his mom went into labor while at a James Brown concert.) Williams was interested in acting from an early age. Growing up outside New York City, he would often travel to Manhattan with his mother to watch some of the biggest shows of the era.

“I saw everything on Broadway in the ’80s,” says Williams, “so it’s always been something I’ve been connected to.”

 

140616-suskind-tupac2-embedHoller If Ya Hear Me (Joan Marcus)

Even before he was a teenager, Williams harbored dreams of being an actor. His goal was always to perform at Shakespeare in the Park, a production done each summer at the Public Theater. Williams continued to pursue that goal after high school, studying acting at Morehouse College in Atlanta, and then at New York University, in the Graduate Acting program at Tisch. At NYU, Williams finally felt like he was in his element—a place where he could study acting for 12 hours a day.

 

“I remember Saul as a very charismatic actor with a highly individual style and a poetic soul,” says Ron Van Lieu, a teacher of Williams’ at NYU and the current acting chair of the Yale School of Drama. Van Lieu, however, admits that the rigors of college may not have always coexisted with his student’s individuality. “I don't know that he was always happy with the rather narrowly prescribed curriculum of a classical theater training program,” he says. “There was a lack of opportunity for him to express his own unique artistry. Of course, many young artists find themselves through rebellion against the status quo.”

 

For Williams, that rebellion came through poetry and music. He soon began performing at open mic nights in the East Village. In 1996, after graduating, he was crowned the Nuyorican Poets Cafe’s Grand Slam Champion, which opened up even more avenues, and led to his role in Slam, an indie film that he helped co-write.

 

“I stand on the corner of the block slangin’ Amethyst Rocks / Drinkin’ 40s of mother earth’s private nectar stock dodging cops,” Williams’ character, Ray, screams in one of the movie’s most memorable sequences. The poetry, written by Williams himself, was raw and energetic. It had a rhythm that stuck to your bones.

 

“Saul’s poetry is in an elite class,” says Sonja Sohn, Williams’s co-star in Slam, who went on to star as Kima Greggs in HBO’s The Wire. “A lot of people miss what he’s saying because they don’t know where he’s pulling stuff from. You’ve got to know history, you’ve got to know Egyptian mysticism, you’ve got to know Dogon cosmology, you’ve got to know African-American history and literature, you’ve got to know so much to actually read into all of Saul’s work. He cross-pollinates references like no one I know, and then can still give it to you in a way where you can jump on the bike and ride it.”

 

‘Oh c’mon, they’re gonna cast Will Smith. The fuck do they care about authenticity?’

Slam went on to win the Grand Jury Prize for a Dramatic Film at the Sundance Film Festival, as Williams seemed poised to move to the next level of his acting career. However, he never did. While the number of roles he was offered increased, the parts and projects always felt like insults, more about the paycheck than the art.

“The number of opportunities I had to play drug dealers or detectives was absurd,” he says, matter-of-factly. “It was not necessarily work to sink my teeth into. And that kind of freaked me out, because I always loved acting, and the so-called opportunities that came were opportunities just to make money. But because of my publishing and speaking engagements and recording, I was making money.”

 

By then, Williams had moved down a different path. Soon enough, Rick Rubin was calling about producing Williams’s first album, Amethyst Rock Star.

“My life was hijacked by music and poetry,” he says with a smile. “In a cool way. In a very cool way.”

***

Williams first got a call about Holler If Ya Hear Me in April. It was 5 p.m. on a Thursday. The casting agent asked him whether he was interested in auditioning for the role the next morning. But Williams had a show that night, with the poet Carolyn Forché, and said he would only be able to give them a cold reading.

Williams wasn’t sure about the idea of a Tupac Broadway musical in the first place. At that point, he was mostly jaded about the industry, equating it to the Hollywood nonsense he had scraped the surface of years earlier. What does a major Broadway production care about getting Tupac right? he thought. What do they care about his music and his message? Williams mostly saw the audition invite as lip service.

“I was very much like ‘Oh, c’mon, they’re gonna cast Will Smith. The fuck do they care about authenticity?’” says Williams. “Not to say that he’s not authentic in the roles that he plays, but, you know what I mean?”

 

Though Williams was asked to audition the next day, the crew eventually pushed it back; Williams wouldn’t be seen until Friday the following week. However, the time he spent in between proved to be beneficial, as he began crawling through Tupac’s catalog, listening to old songs and dissecting his lyrics. His re-acquaintance with Pac, along with the few pages of the script he’d been handed, helped illuminate the show’s potential. “The first big surprise was they didn’t take any of the ‘niggas’ and the ‘motherfuckers’ out,” Williams says of the story. “So I was like ‘Fuck yeah, that’s what I am talking about.’”

By the time the audition came, he was hooked.

“I told [my wife], ‘I think I am in a position right now that if I don’t get it, it’s going to fuck me up.’ And I never wanted to be in that position,” says Williams. “I had a week to prepare. And by that time I am thinking ‘Who the fuck else are they gonna choose?’‘

 

He never got a chance to find out. The Monday after he auditioned, Leon asked Williams if wanted to play the role of John, a recently released prisoner who returns to his Midwest hometown and attempts to reintegrate himself into the community. When he heard the news, he did what any human being who’s just reached a lifelong career milestone would do. He cried.

***

One of the many books Williams keeps with him in his dressing room is called Atlas of the Transatlantic Slave Trade, which is described as “the first comprehensive, up-to-date atlas” of the 350-year history of slavery. It’s a large, detailed book, featuring hundreds of maps and lists recounting the path of the millions of kidnapped Africans who were brought in ships across the ocean. Of all the books he has on hand, Williams seems most enamored with this one.

“Every country where slaves came from, how many died on the ships, where they went in the Americas—we thought we didn’t have this stuff. Turns out we have all of it,” says Williams, as he flips through the pages. “And no one has seen it because this book has gotten no press in America. I have it here really for the people who come through, just so they can see it.”

 

Williams himself has spent plenty of time in Africa. In 1994, he traveled with his mother around the continent. While they were in Gambia, the country experienced a coup d’état. Williams and his mother were told to seek shelter with the American ambassador. However, instead of protection, they encountered hostility.

“I was there with the delegation of African-American teachers, and the CIA guy opened the door and was like ‘May I help you?’ And we were like ‘We’re American, we’re supposed to come here,’” recalls Williams. “He said, ‘Oh, well if I knew you guys were coming I would have put all the grits out the pantry.’ And we said, ‘Fuck you,’ and went back to our place.”

 

That revolutionary state of mind went hand-in-hand with Tupac’s message––an unwillingness to bow down to racists and hypocrites. Williams already understood the power of Tupac before he went overseas (that power was bolstered by the fact that images of Pac were all around Africa when Williams was there). While at Morehouse, Williams met the daughter of Assata Shakur. Assata, a former Black Panther currently on the FBI’s Most Wanted Terrorist List for her role in the murder of two New Jersey state troopers, was the sister of Tupac’s stepfather, Mutulu Shakur. Williams had read Assata Shakur’s biography when he was 18, but had never made the family connection until he got to school.

 

“When I realized more about his family around that time, then I really started paying attention,” says Williams. “This guy, his parents were Black Panthers. So when he talks about the criminal justice system, it’s not just because he’s been to prison, he’s learned extensively what has happened… That’s someone who’s reading the fuck out of a book and understanding extensively what Howard Zinn is talking about or Noam Chomsky or any of these characters... I was always enamored by [Tupac]. I thought he was brilliant.”

 

Like Tupac, Williams has spoken extensively about slavery and the systemic discrimination of blacks in America. In “Panther Power,” Tupac raps, “They kept my ancestors shackled up in slavery / And Uncle Sam never did a damn thing for me / Except lie about the facts in my history.” For Williams, in “Amethyst Rocks,” he states “Stealing us was the smartest thing they ever did / Too bad they don’t teach the truth to their kids.”

After joining the show—and before he had met the rest of the cast—Williams began to worry about his co-stars’ ability to recite Tupac’s lyrics on stage. Pac may not be as verbose as other rappers of his time, but his flow is intricate, and complicated to replicate. Fortunately for Williams, he “fell in love with the ensemble immediately.” He even found a kindred spirit in co-star Christopher Jackson, who trades many of the rapper’s most cherished verses with Williams during the show.

 

“This guy, his parents were Black Panthers. So when he talks about the criminal justice system, it’s not just because he’s been to prison, he’s learned extensively what has happened.”

“I got to make sure I eat my Wheaties every night,” says Jackson, about performing with Williams on a daily basis. “When he’s spitting you feel like you’re in the presence of greatness. His writing voice is so dynamic and filled with so much power and heart and passion and truth. He just goes in and you can’t help but stand there in awe.”

Jackson has been following Williams’ career for years (he admitted to watching Slam an estimated 10 times). The chemistry came easy between them. A bonus for Jackson is the privilege of collaborating with an artist whose work he’s always admired. In fact, during one of the last rehearsals, Jackson and the cast got a special treat, as Williams recited “Ohm,” a meditative account of life and hip-hop culture, along with Jackson’s favorite piece. A brief excerpt from the poem:

 

Through meditation I program my heart

To beat breakbeats and hum basslines on exhalation

Ohm

I burn seven day candles that melt

Into twelve inch circles on my mantle

And spin funk like myrrh

Ohm

“I wish I could rewind that moment at that time,” says Jackson. “It captured everything that we as a company were feeling as we were about to head into the theater and leave rehearsals to start tech. I couldn’t think of a more fitting verse than he recited. It was exactly what we needed to hear and move onto the next stage collectively.”

 

***

For Williams, the road after Holler If Ya Hear Me is already partially mapped out. After the show closes, Williams plans to continue working on his own hip-hop theater piece, one he’s worked on for a year and a half. Called Martyr Loser King, it’s a multimedia work that includes a performance component, original music, and a graphic novel with illustrations from artist Ronald Wimberly.

 

Though Williams spent the last four years of his life living in Paris and moved back to New York to do work on Martyr Loser King, he’s once again taking a detour. In the meantime, he will continue to use the same training and techniques that he learned when he was in school. Even as a poet, Williams considered himself an out-of-work actor creating a musical character, like he does in his third album, the Trent Reznor-produced The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust!  

 

"I always felt like that’s what informed me in the poetry world, my theater training," he says. "I have never been shy on stage, and I knew everything about presence and connecting about your audience... basically how to rely on technique when the muse doesn’t strike. Otherwise you just learn how to be free and open and not fall into the traps of constricting your voice or losing connection."

 

Of course, like anything Williams has trained for, it’s about repetition. For now, he is using it to recite some of the greatest rap lyrics ever written eight times a week. The goal is to teach Broadway audiences about the message of Tupac Shakur and to continue to showcase the influence and authority rap can have on the masses.

“It’s like the power of prayer,” Williams says of hip-hop. “There is a reason priests say a million Hail Marys, because the process of saying that mantra, the idea of saying it aloud, and the sound vibration has that sort of effect. And hip-hop is so much about Say it with me, say it again, put your hands up and say it again!”

from http://www.thedailybeast.com/articles/2014/06/17/broadway-s-rebel-tellin-you-to-hear-it-a-portrait-of-saul-williams.html

22:34 17/06/2014 | Lien permanent | Tags : arts, humoeurs |  Facebook